On s’est entrenu avec Yixi Chen pour tout savoir sur la marque adulée par les amoureux de vêtements techniques, C2H4.
Née dans la plus grande métropole de Chine, Shanghai, Yixi Chen quitte l’Empire Celeste pour Los Angeles en 2011. Elle n’a alors que 17 ans. Inscrite à l’Université de Californie du Sud, elle étudie pendant deux ans le cinéma. De cette expérience, elle développe non seulement un regard artistique affiné tout comme l’envie de raconter et de faire vivre une histoire. Finalement, son amour pour la mode l’amène à fonder son propre business, C2H4 en 2014. « J’ai toujours été très sensible aux vêtements et à la créativité. Du plus loin que je me souvienne, je faisais très attention à ce que les gens portaient autour de moi, aux looks que je pouvais croiser. J’ai aussi toujours été très pointilleuse dans mes choix de pièces. » Pourtant, la jeune femme qui grandit en Chine dans les années 90 se souvient de cette période où nombreuses étaient les marques au-dessus de ses moyens. « Je convoitais les grosses marques de sportswear comme Nike, adidas. J’observais les vitrines de ces boutiques avec beaucoup d’admiration. Une de mes premières paires était une fausse adidas. j’étais trop heureuse ! » Yixi est une rêveuse déterminée, un personnage complexe à l’image des pièces qu’elle propose.
Lorsqu’elle s’adresse à nous, ses yeux balaient constamment le plafond de la réflexion car chaque mot prononcé a son importance. Le story-telling devient aussi l’élément primordial dans tout ce qu’elle entreprend. « Pour ma marque et mes concepts, j’essaye de tout imaginer comme une séquence. Je fais en sorte qu’il y ait une histoire forte derrière chaque collection. » Lorsque C2H4 Los Angeles naît, elle choisit d’emprunter le nom de la formule scientifique de l’éthylène, un hydrocarbure. « Mélanger différentes substances pour créer quelque chose est le rôle d’un chimiste, c’est comme ça que nous aimons travailler. L’idée, c’est d’utiliser des éléments auxquels les gens ne s’attendent pas à voir ensemble. C’est aussi une manière de donner une nouvelle fonctionnalité aux éléments. »
En découle une marque aux accents graphiques futuristes où les poches, les sangles, les cordons de serrage et les empiècements sont entièrement réinterprétés. Dernier exemple en date, la collection automne-hiver 2019 présentée à Londres où les tons et les couleurs se composaient de blanc, de noir, de gris et de bleu clair et misait essentiellement sur les coupes et les textures. C’est aussi à cette occasion qu’était dévoilée une collaboration avec Nike : une inédite Air Force One en cuir noir munie d’un laçage technique outdoor et d’une multitude de détails réfléchissants. « Cette saison nous avons créé une histoire autour d’une nouvelle société au nom de code FM-2030. » Une collection faisant référence au cheminement de pensée de l’utopiste futuriste américain Fereidoun Esfandiary. Ce dernier théorise qu’autour de 2030, grâce aux technologies, l’humanité pourra augmenter ses capacités corporelles, télécharger sa conscience et vivre éternellement. Yixi parle ainsi « du temps qui deviendrait une monnaie » ce qui n’est pas sans rappeler le film Time-Out réalisé par Andrew Niccol dans lequel Justin Timberlake et Amanda Seyfried tiennent la vedette. « L’humanité arrive à un point où tout progresse très vite. Si on y pense, les humains existent depuis des millions d’années et imaginez ces deux cents dernières années les énormes progrès que l’on a fait ? Je pense que tout pourrait arriver donc je ne me limite pas dans l’imagination » insiste t-elle.
Inspirée principalement par les comédies dramatiques ou les long-métrages science fictionnels, la créatrice évoque Stanley Kubrick, Quentin Tarantino et Christopher Nolan comme ses incontournables. « J’aime regarder un film plusieurs fois car à chaque visionnage, je le perçois différemment et je me concentre sur de nouveaux éléments. Un bon film, c’est une histoire où tous les détails comptent et l’interprétation de cette histoire peut sans cesse évoluer. C’est ce que j’essaye de retranscrire à travers le vêtement. Lorsqu’un client porte les pièces, je fais en sorte qu’il découvre des détails, des textures, des surprises. » se rejouit-elle. Porté par de nombreuses figures telles que Kendrick Lamar, Joey Bada$$, A$AP Ferg ou Kylie Jenner, le label a su tirer son épingle du jeu en se faisant remarquer par son évolution au cours des différentes fashion weeks new-yorkaises et londoniennes. En 2018, Yixi donne aussi naissance à Chemist Creations, un studio créatif plus large (campagne photo, vidéo etc) travaillant pour C2H4 comme pour d’autres marques. Le studio se détachera d’ailleurs doucement de C2H4 afin de développer d’autres gammes de vêtements puis des produits plus lifestyle. « On aimerait créer des produits de qualité sans qu’ils soient particulièrement brandé avec des gros logos superflus. On mise sur une esthétique minimaliste.»
L’an dernier, avec le statut de Chemist Creations, une petite collection intitulée « Workwear » sous le thème de l’uniforme revisité voyait le jour. Chemist Creations s’est d’autre part associé avec la marque nippone ASICS pour créer plusieurs silhouettes footwear qui sortiront en fin d’année 2019. « Nous sommes très honorés de ce partenariat. Nous voulions un concept labo expérimental autour de la silhouette Gel Kayano- 5. Nous avons ajouté des matières qui rappellent le gel à même l’empeigne, nous avons retravaillé les lacets et nous imaginons aussi un packaging très spécial. Vous découvrirez ça bientôt ! » Des produits qui nous invitent à la réflexion et à se laisser porter vers cette ère post-humaine tant fantasmée.