DAÏ DAÏ TRAN SNEAKERS FEVER

I N T E R V I E W

SNEAKERS
FEVER

TEXT : OLIVIA PEYRONNET
PHOTOS : RICHARD BANROQUES
VIDEOS : DAÏ DAÏ TRAN

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L’artiste parisien Daï Daï Tran s’est penché sur le sneaker game qui se joue désormais au niveau mondial.Un travail minutieux à coup de billets de banque apposés sur des œuvres représentant ses sneakers préférées pour un message fort.
Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours ? Artistiquement d’où viens-tu ? Qu’as-tu fais avant ?
Au départ je n’étais pas du tout parti là dedans mais depuis ma plus tendre enfance j’aime dessiner et je ne savais pas qu’on pouvait vivre de ça. Je viens du sud de la France et il n’y avait pas de grandes écoles proches d’où j’habitais. C’est au moment où je suis arrivé à Paris que j’ai compris que je pouvais vivre de cette passion.
 
De quelle passion parles-tu ?
C’est le dessin, être créatif, essayer d’illustrer certains propos de manière personnelle. La réelle transition s’est faite il y deux ans pendant une période de chômage où je me suis retrouvé à me demander où je voulais aller vraiment et comment y arriver. Le billet ça va faire deux ans et avant c’était principalement de la peinture.
 
Comment en es-tu venu à travailler le billet alors ?
À force de regarder ce médium. Je me suis rendu compte qu’il y avait une réelle richesse dans le billet, que ce soit le dollar ou autre c’est vraiment une œuvre d’art à part entière. J’ai voulu exploiter cette richesse de manière différente, exprimer différentes idées.
Quels objets as-tu commencé à créer avec des billets ? Et comment en es-tu arrivé à la basket ?
Je suis extrêmement influencé par la culture afro-américaine donc j’avais commencé par les pochettes d’albums, Doggystyle de Snoop Dog , Dr.Dre, 2Pac. Et je trouvais qu’il n’y avait pas beaucoup de gens qui exploitaient cette matière première. Quand je faisais de la peinture j’étais plutôt épanoui mais je sentais que j’avais besoin de passer à autre chose donc ce nouvel outil est tombé à pic. Le travailler avec le scalpel m’a aussi beaucoup plu, je trouve que cela me ressemble : beaucoup de précisions et beaucoup de détails, ça demande de l’attention et de la patience. C’est un vrai travail sur soi. Pouvoir m’évader et ne réfléchir à rien.
 
En venir à faire des baskets avec des billets, ne serait-ce pas deux passions que tu as réuni ?
Si ! Pour les baskets, ça a commencé quand j’avais 10 ans avec les Air Max 90. J’ai économisé pendant un an pour me les payer. Elle coûtaient 600 francs chez Décathlon.

Te considères-tu comme un sneaker addict ?
Oui on peut dire ça mais je ne suis pas un sneakerhead. Je ne connais pas toutes les histoires liées aux modèles etc.
 
Tu es collectionneur ou tu portes tes baskets ?
Les deux. Je les porte la plupart du temps. Après c’est un petit luxe de me dire que j’achète une paire et que je vais la porter dans un ou deux ans. Je les garde au chaud et j’attends le bon moment.
« C’est un petit luxe de me dire que j’achète une paire et que je vais la porter dans un ou deux ans. »
Combien as-tu de paires aujourd’hui ?
Je dirais 60, 70 en sachant que j’en porte seulement vraiment cinq ou six paires.

 
Pour en revenir à ta création, pourquoi avoir appliqué le billet sur une basket  ?
Je pense que c’est l’évolution du « Shoe Game » qui m’a donné envie de mettre en avant ce rapport économique avec un objet du quotidien. On a vu l’évolution, au départ quand on voulait vraiment une paire de Jordan par exemple il fallait voyager aux États-Unis, c’était compliqué il y a 20 ans sans Internet.
Le game a clairement changé aujourd’hui ?
Oui, exactement. J’essaie de marquer une époque et je trouve que ça a encore évolué. On est passé du voyage pour acheter sa paire au camp out (le fait de rester toute la nuit pour acheter des paires) et maintenant les applications ou les listes. Je marque une période de folie. J’ai repensé à ce mec de 16 ans de Houston qui a tué quelqu’un pour sa paire de Air Jordan 11. Il s’agit bien de relater cette folie quasi meurtrière où les gens se battent, se marchent dessus à la sortie d’une de ces paires. On a passé un stade. Et la plupart des gens qui portent des baskets ne s’en rendent pas compte. Ça méritait de mettre une loupe dessus au moins pour signaler cette dérive. Mais je ne pointe pas forcément du doigt celui qui les vend, mais plutôt celui qui les achète.

« J’ai voulu exploiter cette richesse de manière différente, exprimer différentes idées. »
 
Tu n’as utilisé que des dollars ?
Non à l’intérieur j’ai utilisé de la monnaie du Vietnam. Je voulais mettre en avant aussi les personnes qui les fabriquent. Je voulais un effet « kiss cool », un double effet où tu passes de l’extérieur à l’intérieur de la basket avec une autre réflexion. J’ai voulu les faire comme si elles avaient déjà été porté donc usé. Sur la semelle on voit une couche qui apparaît.

 
Tu es d’ailleurs originaire du Vietnam ?
Tout à fait. C’était un petit clin d’œil.
 
Chaque détail a une signification ?
J’essaye de planquer des détails un peu partout. Comme ça, si les gens regardent d’un peu plus près, il y a une première approche puis un deuxième regard qui questionne, une lecture à la fois visuelle et informative.

La Jordan 11 c’est un modèle que tu kiffes aussi personnellement, hormis l’histoire que tu m’as raconté ?
Oui c’est l’un de mes modèles préférés parce que je le trouve ultra moderne. Au niveau du design elle pourrait toujours être actuelle alors qu’elle est sortie en 95. Tinker Hatfield s’est inspiré d’une tondeuse à gazon. C’est d’ailleurs la Air Force 1 qui lui a donné envie de designer des baskets auparavant il était architecte. C’est Bruce Kilgore, créateur de la Air Force qui lui a envoyé une paire pour qu’il joue au basket. En la voyant il a halluciné et a voulu lui même se lancer.

Combien de temps passes-tu dessus ? Combien de billets ?
150 heures à peu près. C’est difficile à chiffrer. Il y a un peu de tout, un billet de 100 dollars à l’intérieur du talon. C’est aussi un clin d’oeil, le talon d’Achille de Nike c’est la contrefaçon et ce billet justement qui était en circulation est un faux. La personne à qui on l’a donné ne pouvait pas l’utiliser donc il me la filer pour que je le ré-exploite.
 
Une anecdote sur la Air Force 1 ?
C’est le premier type de semelle qui facilite le mouvement rotatif propre au basketball. Avant les semelles étaient toujours plates alors que là cette semelle est inspirée des chaussures de montagne. Mais en fait, la Air Force 1 est le modèle que j’ai le plus acheté, je dois en avoir 20 facile. Et je pense qu’elle ne se démodera jamais. La white on white et la black on black sont iconiques.
 
Un top 5 de tes 5 paires préférées ?
La adidas NMD. Ces dernières années il y a eu beaucoup de releases ou de réinterprétations, alors que là ce modèle a un vrai nouveau design, tout de suite reconnaissable, de nouvelles matières, là je dis bravo !
La Air Force 1 white on white low
La Air Max 90, modèle OG. Première paire achetée avec mon propre argent. Petit côté nostalgie émotion.
Une paire de Jordan 3, 4, 5 ou 11.
Une Insta Pump Fury.

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