Texte : Chloë Fage Photos : Richard Banroques

Text: Olivia Peyronnet Pictures: Richard Banroques

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Damso cœur de plomb

Révélation rap signée sur l’incontournable label de Booba 92i, Damso manie avec finesse punchlines bien senties et prods abouties. À la veille de la sortie de son nouvel album Ipséité, retour sur notre entretien avec un puissant parolier que nous avions rencontré il y a deux mois.

He’s one of the rap revelations of 2016, and he’s signed to 92i, Booba’s label. Damso is currently under every spotlights with his thorough punchlines and his well-thought productions. On the eve of the release of his new album ‘Ipséité we come back on our interview with the powerful lyricist we met two months ago.

Quand as-tu commencé à t'intéresser à la musique ? Avec quel genre ? Quels artistes ?

When did you start getting interested to music, and which genre did you first get into? What were your first favorite artists?

Je suis né dans la musique et j’ai toujours baigné dans cette atmosphère : ma mère écoutait beaucoup de musique religieuse et mon père des trucs du bled comme la rumba congolaise. C’est dans ce contexte que j’ai commencé à écrire. Mais ce qui me plaisait au départ c’était de faire des prods. Le problème c’est que quand j’ai commencé à rapper il n’y en avait pas vraiment donc je me débrouillais. Je prenais la fin des sons de 50 Cents et je les mettais en boucle pour rapper. Puis sont venus 2Pac, Biggie, Snoop Dogg.

I was born into music, and just always was surrounded by it. My mother would listen to a lot of religious music, and my father would listen to stuff from the Homeland, like congolese rumba for instance. That’s how I started writing. What I did like first, though, was producing, beatmaking. The thing is, when I started rapping, I didn’t have any beats, so I’d just take the empty parts from 50 Cent or 2Pac, Snoop or B.I.G. songs and would just loop them up so they made beats.

Ce qui ressort de cet album c'est le côté double facette : egotrip et plus conscient où tu te livres plus. Tu avais conscience de cette dualité ?

What really stands out on this opus, is this double sided face that you have : bravado mixed with more conscious lyrics. Are you aware of that?

Non pas vraiment, j’écris juste sur tout en fait et sur ce que je kiffe surtout. C’est une passion. Mais je n’ai pas de ligne de conduite, ou alors seulement l’humeur dans laquelle je me trouve quand j’écris.

Not really, I just write about tons of things and about what I like. It’s a passion. But I don’t have a code or anything like it. Maybe my only code is the mood I’m in at the moment I’m writing.

Tu accordes énormément d’importance à l’écriture de tes textes. D’où cela te vient-il ?

You seem to really put the emphasis on the writing part of the process. Where does that come from?

J’écris depuis que j’ai 7 ans. J’écrivais tout et n’importe quoi tant qu’il y avait du sens. Même dans le non sens ça devait avoir du sens donc en jouant avec les mots, les sonorités. Après je fais attention à l’équilibre texte/prod. Ca va de paire pour moi. Et c’est tant mieux parce que si j’ai du mal sur un texte je me rabat sur la prod et inversement.

I’ve been writing since I was 7. I would write about everything and anything, as long as it made sense for me. Even in the nonsensical tunes I have, I would try and find a way, by playing with the words and the sounds. But I also am very carefull to balance between the beat and the content. The two come together, and that’s good because if I don’t feel a verse or a song, I just go all in on the beat, and vice versa.

Avec un album qui s’appelle "Batterie Faible" et des sons comme Poseidon ou Periscope, le thème technologie/réseaux sociaux semble assez présent. Quel est ton rapport à cette technologie, tu t’y intéresses ?

With an album called ‘Batterie Faible’ and tracks like Poseidon or Periscope, the social media theme seems to be omnipresent. What is your relationship with technology looking like? Are you interested in that?

Non pas vraiment, je n’ai même pas d’iPhone ! Je suis encore sur Blackberry alors tu vois la technologie (rires). Le nom de mon album Batterie faible fait en fait référence à un truc un peu prétentieux : je venais recharger le game. Et d’un point de vue plus artistique je voulais proposer quelque chose qui n’existait pas, donc recharger les batteries de manière plus intellectuelle. Après tout ce qui touche à mes références sur les réseaux sociaux, c’est souvent du hasard ou un contexte précis plus qu’un véritable intérêt de ma part. Si tu prends « Periscope » par exemple, c’est juste que j’ai tout fait en live sur cette appli, la prod, les textes etc…

Not really, no. I don’t even have an iPhone. I’m still on a Blackberry so you can guess how much I care… The name of my album may sound a bit cocky at first, but I wanted to charge the game up. On a more artistic note, I wanted to give something that didn’t exist, in my eyes. In a way, I wanted to reload everything, in a spiritual; philosophical manner. But then, everything I write about like the social media and stuff like this, is more random and due to certain circumstances and a context, more than a true interest from me. If you take ‘Periscope’ for instance, it’s just that I simply made that song while on Periscope : the beat, the text etc.

« J’écris depuis que j’ai 7 ans.

“I’ve been writing since I was 7.

J’écrivais tout et n’importe quoi

I would write about everything,

tant qu’il y avait du sens.»

as long as it made sense for me.”

Tu insistes sur le fait que tu es un artiste indépendant, comment vois-tu la suite de ta carrière en étant chez 92i ? Tu n'as pas envie de monter ton propre label in fine ?

You insist on the fact that you’re an independent artist. How do you see the rest of your career, now that you’re part of 92i? Don’t you want to found your own label?

Ce qui m’importe le plus pour le moment c’est la musique, indépendant ou non. Je ne vais jamais me dire absolument « il faut que je sois indépendant » ! La première et seule règle que je m’impose c’est de faire du bon son. Et si être indépendant ça me permet de réussir alors oui mais au contraire si c’est pour créer des vieux sons sans moyens alors là non je ne peux pas. J’ai signé sur mon label pour ça d’ailleurs, je savais que sans lui je n’aurais jamais pu sortir ces chansons et ces clips.

What matters most to me right now is the music. Whether I’m indie or not. I’ll never think or say something like “I have to run independent at all cost”! The one and only rule that I have is : make good music. If being indie helps me do that, then hell yeah. But if I turn out doing wacky stuff with nothing, then I can’t. I’ve signed to a label for this exact reason. I knew that without one, I could have never released these songs and these videos.

Quel est ton processus d'écriture ? Tu écris rapidement ? Sur ton téléphone ou avec le bon vieux papier stylo ?

What’s your writing process like? Are you a fast writer? On your phone or on the good ol’ writer’s block?

J’écris sur mon BlackB. J’ai différentes sections « Punchlines », « Punchlines noires », « Punchlines très noires », « Punchlines album ». Pour les sons plus sérieux, je marche beaucoup, je trouve l’inspiration en marchant. Mais je reviens énormément sur mes textes, plusieurs fois après écriture et lorsque je pose.

I write on my Blackberry. I got different sections : ‘punchlines’, ‘dark punchlines’, ‘very dark punchlines’, ‘album punchlines’. For the most serious shit, I try to walk a lot, I find inspiration walking. But I also come back a lot on my texts, sometimes several times after I’m done, and I also correct some things when I’m in the booth, recording.

Tu associes le rap et son processus d’écriture à une forme de poésie ?

Do you associate rap and its writing process to poetry?

Pour moi le rap est beaucoup plus poussé que la poésie. Je vois le rap comme un travail beaucoup plus complexe, avec une rythmique, un BPM à suivre sur lesquels tu dois poser des vers réfléchis en respectant des temps. Chose qu’il n’y a pas forcement dans la poésie qui a souvent des temps ouverts ou des schémas prédéfinis. Le flow, le texte, l’intonation, l’ambiance, les backs, il y a tellement de choses à prendre en compte ! Quand tu vois « XY » de Kerry James par exemple, c’est tellement technique, on est au dessus de la poésie là clairement ou plus loin du moins ! Et ça les gens n’oseront jamais le dire parce que ça reste de l’urbain.

To me, rap is far more than just poetry. I see rap like a way more complex body of work : it has rhythm and a BPM pace to follow. You have to lay your verses while respecting your timeline. Things you don’t have in poetry necessarily, as it has predefined blueprints, in a way. The flow, the text, the intonation, the mood, the ad-libs, there’s just so many things to be careful to if you want to make a great track. When you see Kery James’ XY for instance, it is very technical, it is beyond poetry. People will never say it though, because it is ‘urban’.

«Le nom de mon album

“The name of my album

Batterie faible fait en fait référence

may sound a bit cocky

à un truc un peu prétentieux :

at first, but I wanted to

je venais recharger le game. »

charge the game up.”

Tu travailles sur des thèmes ou plutôt sur des moments de ta vie ? Parce qu’avec des sons comme « Amnésie » ou « Graine de sablier » le caractère personnel est très présent.

Do you work on themes or just on eras from your life? Because with tracks like ‘Amnésie’ or ‘Graine de Sablier’, the personal side is very visible.

Je vois ça plutôt comme des tableaux. Il y a toujours différents plans derrière avec des images et des métaphores, exactement comme mes textes. Il faut les écouter avec du recul. Mais avec mon second album qui arrive courant 2017, le public comprendra surement mieux mon propos, il est beaucoup plus poussé.

I just see it as paintings. There always are different stuff on the background, with images and metaphors, just like in my texts.You got to listen to them with perspective. But with my second album, that’s coming in 2017, people will understand this a bit better. It’s far more advanced.

On ne pouvait pas finir cette interview sans quelques questions sneakers donc premier passage obligé : ta première paire de sneakers ?

We just couldn’t finish this interview without a few questions about sneakers… What was your first pair?

Des Dennis Rodman (ndlr : Nike). Mon père les avait ramenées des states quand j’avais 7 ans !

Some Dennis Rodman (Nike) joints. My father brought them back to me from the states when I was like 7!

Un modèle fétiche ?

Your favorite model?

Les Jordan 12 en noir et rouge mais il n’y a jamais eu ma taille pour ce modèle malheureusement.

The black and red Jordan 12s, but I never got them in my size, unfortunately.

Un créateur ou une marque que tu affectionnes ? Avec qui tu voudrais designer une paire.

A designer and a brand that you love? Who would you want to design with?

Je suis Jordan à fond !

I am Jordan, to the fullest.

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