Vous lisez :

L’after party d’Orelsan

Partagez sur :

orelsan_HERO NEWS

music

Posté par Mélodie Raymond - 22 décembre 2017

L’after party d’Orelsan

La fête est finie. Après six ans d’attente, son nouvel album est sur toutes les lèvres. À 35 ans, le rappeur de Caen offre un chef d’œuvre d’autodérision des plus personnels. Le moment était bien choisi pour un after avec un artiste touche à tout accompli, un Orelsan au sommet.

TEXTE – STYLE – PHOTO : SHOES UP team
MUA : Odile Jimenez
Orelsan

J’ai lu que tu as déclaré que tu n’étais pas devenu vraiment un « San »  (ce qui veut dire monsieur en japonais) mais finalement c’est quoi la définition d’un San selon toi ?
Je dirais qu’il y a une forme d’apaisement, en fait en japonais, il y a trois étapes « San », « Sensei », « Sama ». Sama, c’est carrément un rang au dessus et Sensei, c’est quand tu es passé maître dans un art. Par exemple, les mangakas, ils les appellent Sensei. Et donc « San » c’est juste monsieur. Je sais pas pourquoi j’ai dit que j’étais pas vraiment un San, je me sens un peu San, pas Sensei et pas encore Sama. Pour moi la définition, c’est quand tu sais à peu près où tu en es dans ta vie, où tu veux aller et où t’es plus ou moins prêt à passer le stade de l’adolescence. Au point où t’es au tiers de ta vie !

orelsan
PANTS: Napapijri          SOCKS: Uniqlo          FOOTWEAR: Y-3

Pourquoi avoir débuté avec Basique ?
Je trouvais que ça reflétait bien musicalement l’album, le côté un peu 140 bpm, grosse basse, flow aéré, pas énormément de débit. Et on trouvait ça intéressant de revenir en disant : « bon faut qu’on revoit les bases » ça sonne comme un début. Je trouvais ça plus pertinent que de revenir avec San par exemple, où je revenais en trentenaire pommé, c’était trop personnel. Je voulais un truc large qui représente le mieux ma démarche sur l’album.

Le titre de ton album La fête est finie est interprété de mille et une façons, quel message mets-tu derrière ces mots ?
C’est justement parce que ça peut être interprété de mille et une façons. Le titre d’un album, c’est toujours compliqué. L’album s’appelait San dans ma tête pendant longtemps. Puis j’ai aimé le double sens de La fête est finie, le premier sens, c’est que je n’avais vraiment plus envie de faire la fête et le second sens, c’est « je me prends en main et vous allez voir ce que vous allez voir ». En plus, le premier album c’est Perdu d’avance, c’est déjà une expression toute faite où tu peux mettre plusieurs sens. « Perdu d’avance parce que c’est mort » ou « Perdu d’avance donc je peux kiffer et faire n’importe quoi ». Le Chant des Sirènes n’a pas vraiment de double sens mais c’était un album qui parlait des tentations et qui est aussi une expression toute faite.

D’ailleurs, le titre La fête est finie  semble être la suite de Soirée ratée, comme si tu avais gagné en responsabilité et que c’est comme une note à toi-même.
Oui c’est ça, exactement ! Soirée ratée  c’est typiquement le genre de truc dans mon premier album où je subissais beaucoup. La fête est finie t’es plus au début de la fête mais tu kiffes pas trop. C’est plus la conclusion parce qu’après avoir écouté  Soirée ratée tu n’en tires aucune conclusion ! (rires) C’est vraiment t’es dans la soirée, il y avait moins de recul !

orelsan
CAP: Umbro x Avnier          JACKET: Napapijri          CREWNECK: Napapijri          

En quoi ton approche de la construction d’un album a t-elle changée ? Il y a une évolution incontestable dans ta musique de Perdu d’avance sorti en 2009 jusqu’au second Le Chant des Sirènes puis ce troisième.
Je pense que j’ai plus de recul, je maîtrise mieux la manière dont les gens prennent les choses. Et musicalement et en termes de flow, je voulais plus un truc qui m’appartient. Premier album, c’était « un track, un style », Par exemple Pour le Pire est une chanson un peu en mode Supertramp rigolo, Changement, c’était une instru très rap basique, Soirée ratée c’était la chanson un peu électro Ed Banger influence Uffy, tu vois ce que je veux dire ? (rires) et donc sur le nouvel album, je mélange tout ça avec ce que j’ai appris depuis. J’ai moins de mal à jeter des morceaux aussi, je suis plus libre, j’ai plus confiance. Et je maîtrise mieux ma voix aussi, sur Perdu d’avance j’ai une seule façon de rapper, là j’ai plus un panel large.

Ton album a déjà établi des records. Disque d’or en moins de 72 heures, tu t’attendais à un tel engouement ?
Pas du tout, double surprise car je ne m’attendais pas à ce que Basique prenne autant et l’album c’est pareil. On s’en rend pas compte en fait parce qu’on est dedans. Par exemple, le clip Basique : un plan séquence avec 350 figurants, ça fait genre plus de quatre mois donc on l’a digéré. Et je suis pas du tout un mec des chiffres mais Skread me fait un peu réalisé tout ça. C’est quand j’ai vu un média titrer « Quand t’es disque d’or en 3 jours », je me suis dit « Ah ouais, quand même. »

orelsan
PANTS: Olow          SOCKS: Uniqlo          FOOTWEAR: Paraboot Michael

Il y a une question que tout le monde se pose : Marion Maréchal Le Pen te suivait-elle vraiment sur Twitter ?
Merde, j’ai pas mon téléphone pour te montrer ma capture d’écran ! Il y a un vrai mystère car j’ai l’impression, attention je veux pas de polémique, mais je pense que c’était un compte qui se faisait passer pour le compte officiel mais je me demande si c’était pas l’officiel car ça en avait vraiment l’air. Depuis il y a une mention précisée « ceci n’est pas un compte officiel » mais il y a eu une magouille ! En tout cas, ce qui est vrai, c’est qu’un jour j’ai halluciné en recevant cette notification !

Comment vont se passer les fêtes de fin d’année après avoir sorti un son comme
Défaite de famille ?
C’est clair ! Ecoute je crois que ça va bien se passer. J’attends la prochaine vraie cousinade avec toute la famille. Je sais qu’ils vont rien dire parce qu’ils ont de l’humour et c’était un truc classique de film français que je pense que tout le monde a intégré. Mais je pense quand même que ça va être que des allusions à ça en mode « Alors ? Je fais ça ? » avec un fond de sarcasme… (rires)

orelsan
PANTS: Y-3          SOCKS: Uniqlo          FOOTWEAR: adidas Consortium Twinstrike A//D

Est-ce que Bonne meuf et Tout va bien sont des titres réponse à la polémique de Sale pute ? Il y a un côté féministe dans ces titres, notamment quand tu fais référence au harcèlement de rue ou à une femme battue.
Bah ouais il y a grave quelque chose de féministe. Je ne dirais pas que c’est une réponse car je n’y ai pas pensé, en tout cas sur Bonne meuf à aucun moment. Mais tu vois avec la série Bloqué, on a aussi fait un sketch qui décrit bien le féminisme même si on joue des personnages de connards, on essaye de faire en sorte que ça ne soit pas niaiseux mais ça personne n’en parle. On me ressort toujours le titre Sale pute alors que cette chanson est juste drôle, je suis pas un mec mauvais.

orelsan
CAP: Avnier          PULL OVER: Olow          SHIRT: Hast Paris          

C’est donc une bonne chose que ça puisse être interprété comme tel ?
Bah carrément. Le couplet de Tout va bien, j’y ai certainement un peu pensé mais limite ça me fait chier parce que je n’ai pas besoin de répondre alors que j’ai raison. Mais t’as bien résumé le truc.

Tu as invité les sœurs Ibeyi qui ont un côté très féministe. Comment en êtes-vous venus à collaborer ?
Oui, c’est vrai qu’elles le sont. Il y a même un sample de Michelle Obama sur leur album ! On s’est rencontré dans une émission France Inter et depuis on est pote ! Je kiffe à mort ce qu’elles font, elles ont un peu les mêmes sensibilités qu’on trouve sur mon album : un peu d’électro avec une touche de world music, des harmos avec un côté rythmique lente. C’est la musique que j’aime.

Orelsan

Pourquoi avoir fait référence à Christophe Mae et Keen V sur ton feat avec Maître Gims ?
Il y a plein de gens qui ont pris ça pour un clash mais pas du tout. Je les ai choisi car ils font de la musique qui est inspirée des musiques du monde, il ne font pas de la chanson française quoi. Et du coup t’en as un qui est inspiré du reggae et plein d’autres choses puis l’autre qui s’inspire de la musique de la Nouvelle Orléans. Et ces artistes sont super populaires en France donc c’était une manière de dire « Arrêtez de faire des clichés sur quelle communauté doit écouter quelle musique ». J’ai écrit l’album pendant les élections où il y a eu une grosse remontée du racisme et je ne comprends même pas le concept du racisme, ça n’existe pas pour moi !

orelsan
CAP: Carhartt          HOODIE: Avnier

Vous lisez :

MHD lance sa collection chez Puma

Partagez sur :

mhd-puma

mode

Posté par Mélodie Raymond - 22 décembre 2017

MHD lance sa collection chez Puma

Le rappeur spécialiste de l’Afro-Trap, ambassadeur Puma depuis plusieurs mois approfondit son partenariat avec la marque et lance sa première collection intitulée Pukiwaga.

On se souvient plus tôt cette année, lors du tournois street-foot à la Gaîté Lyrique organisé par Puma, de l’annonce qui en réjouissait plus d’un : MHD était nommé ambassadeur Puma. Depuis le rappeur originaire du 19ème arrondissement multipliait les apparitions dans les campagnes, notamment présent dans le lookbook de la collaboration avec Daily Paper.

Cette nouvelle collection inspirée de la Cité Rouge dont MHD alias Mohamed Sylla est originaire rend hommage à son passé. En effet, MHD, auparavant livreur de pizzas, aura même établi un parcours dans Paris sur un scooter de fonction lors du lancement de la collection.

Dans son communiqué, Puma explique « MHD le dit : sa collection sera une collection qui « nous » ressemble. A lui mais aussi à sa génération. La fameuse génération « hustle », celle qui casse les codes en mettant des petits ponts, celle qui assume son ambition et qui propose à l’avenir, une réussite en featuring, diffusé sur YouTube. Véritable ambassadeur de cette génération, MHD est aussi méticuleux dans l’élaboration de sa collection que dans l’écriture de ses textes. Précis comme lors de l’écriture d’un texte ou le tournage d’un clip, Mohamed parle de ses inspirations – le quartier, l’Afrique, les félins -, touche des échantillons de textiles, griffonne un logo. Comme si la mode était comme le football ou la musique, un langage universel, les gestes et les sourires remplacent l’anglais, le français et l’allemand. C’est le début d’une belle aventure et d’un long processus de travail avec, comme première échéance, le 20 décembre 2017″. 

Lancée ce mercredi dans un magasin Courir à Paris, cette collection largement inspirée du football est également disponible ici.

Vous lisez :

Chilla, du rap et de l’aplomb

Partagez sur :

CHILLA

music

Posté par Mélodie Raymond - 22 décembre 2017

Chilla, du rap et de l’aplomb

Des titres comme Si j’étais un homme, Sale chienne ou encore le dernier en date Aller sans retour extrait de son EP Karma ont définitivement placé la rappeuse et chanteuse Chilla sur la carte du rap français. Féministe assumée mais pas seulement, la Franco-Malgache de 23 ans issue d’une formation de violoniste a encore bien d’autres cartes à jouer. Un début de carrière encourageant qui pourrait bien ouvrir les portes à un peu plus de féminité dans le rap, là où les pays anglophones ont une sérieuse longueur d’avance.

TEXTE – STYLE – PHOTO : SHOES UP team
MUA : Fanny Maurer
CHILLA

 

Tu es Malgache du côté ton père. Comment est-il arrivé en France ?
C’est appréciable de commencer une interview avec une question que l’on ne m’a jamais posée ! Écoute avant d’être éducateur, mon père était stewart donc il a beaucoup voyagé. Il est arrivé en France car sa famille était franco-malgache donc il y a de base un gros métissage dans ma famille. Souvent à Madagascar, les gens qui ont entre guillemets les moyens font leur lycée là-bas puis viennent faire leurs études en France donc c’est ce qu’il a fait. Il a d’abord fait des études d’opticien, puis il est repartit à Madagascar pour revenir ensuite, tout un périple.

Est-ce comme ça qu’il a rencontré ta mère ?
Oui ils se sont rencontrés en France mais des années plus tard ! Mes parents avaient 18 ans de différence donc c’était un véritable couple intergénérationnelle. Ils se sont rencontrés dans le cadre du travail dans le milieu social, mon père était donc éducateur spécialisé et c’est lui qui a formé ma mère.

 

CHILLA

 

As-tu encore des attaches ou de la famille à Madagascar ?
Oui j’ai encore beaucoup de famille à Madagascar après forcément l’héritage de mes origines m’a été transmis mais c’est un pays compliqué, particulièrement pauvre. La première fois que j’y suis allée, j’étais gamine et j’ai chopé le paludisme donc j’ai mis des années avant d’y retourner. D’ailleurs j’y suis retourné une seule fois, en 2011, je connais donc très peu le pays mais du peu que je connais, j’ai effectivement quelques attaches.

Tes parents étaient musiciens amateurs, ton père était notamment pianiste. C’est eux qui t’ont initié ?
Carrément mon père était pianiste et ma mère jouait un peu de guitare donc dès très jeune, j’ai baigné dans la musique. Très tôt, on m’a proposé de jouer un instrument donc voilà, à 6 ans j’ai commencé le violon et c’est eux qui m’ont transmis cet amour.

Tes parents se produisaient ou était-ce vraiment pour le plaisir ?
Mon père, c’était essentiellement pour le plaisir mais quand il a vécu à Paris, il se produisait tous les week-ends dans les cafés concerts jazz cultes comme Le Petit Journal Montparnasse et bien d’autres lieux dans cet esprit. Je ne voudrais pas m’avancer sur des noms mais je sais qu’il a accompagné de grands artistes et qu’il a joué sur le piano de Coluche par exemple.

 

CHILLA
DRESS: Y-3          FOOTWEAR: adidas Originals x Overkill EQT

 

À quel moment commences-tu le conservatoire ?
À 6 ans, j’étais en école de musique mais dans ma région, (ndlr : Chilla grandit dans la petite ville de Gex dans la région Rhône-Alpes) le conservatoire était trop loin. J’ai commencé le conservatoire en première quand je suis partie à Annecy pour faire mes horaires aménagés avec le lycée. Mon école de musique avant ça était en partenariat avec le conservatoire de Genève car je jouais dans un orchestre à cordes.

Tu n’étais apparemment pas prédestinée à devenir rappeuse pourtant c’est devenu un passe-temps que tu affectionnais. Comment Bigflo et Oli t’ont-ils repéré ?
Il y a eu toute cette période où j’ai commencé à écrire pour le plaisir puis je m’y suis mise plus sérieusement. J’ai commencé à poster quelques vidéos, ça m’a ouvert quelques opportunités comme Talent street et finalement ça m’a aussi permis de faire des premières parties, donc j’ai fait celle de Big Flo et Oli à Annecy et ils étaient là avec S.Pri Noir pendant les balances et c’est là où le lien s’est créé. Ils étaient assez étonnés de voir une petite meuf qui rappait et chantait donc ils m’ont recontacté trois mois plus tard pour faire leur planète rap et tout s’est enclenché.

Aujourd’hui tu vis à Paris et tu as sorti ton premier EP intitulé Karma en novembre dernier. Qu’est-ce que ce projet représente pour toi ?
Il représente l’aboutissement d’un an et demi de travail ainsi qu’une évolution très rapide de mon univers. Chaque son représente une période et le temps a été décuplé durant cette année. Le fait de travailler en studio avec des professionnels, de choisir mes prods etc, ça m’a ouvert une identité musicale que je n’arrivais peut-être pas à palper auparavant. Première carte d’identité, premier projet dans lequel on a essayé de mettre une cohérence entre les titres même s’ils ont chacun leur univers.

 

CHILLA

 

Tu y mêles différents thèmes et émotions. Un titre est dédié au décès de ton papa, plusieurs détruisent le sexisme ambiant, d’autres sont plus dans l’égo-trip. Quelle importance donnes-tu aux messages que tu souhaites véhiculer ?
Je dirais qu’il y a plusieurs aspects. Il y a le côté revendicateur engagé qui pour moi est important, avec notamment certaines valeurs que l’on m’a transmises dans mon éducation. Comme je te le disais, mes parents étaient dans le social donc j’ai toujours eu ce lien très humain avec l’autre et cette notion d’égalité. Je suis métissée et ma mère a pris le rôle du père lorsqu’il est décédé. On m’a inculqué des points forts concernant la justice. J’aime transmettre des valeurs positives mais en même temps, je fais des constats sur la société, sur les comportements que j’estime nécessaire. Ensuite, il y a l’aspect égo-trip, ironique, et second degrés que je trouve très important car c’est un des codes du rap que j’aime le plus car je suis beaucoup dans l’humour noir, je n’aime pas forcément me prendre au sérieux donc c’est important pour moi de rééquilibrer la balance et d’avoir des titres où je suis dans le lâcher-prise, où je n’oppresse pas mon public. Puis il y a l’aspect introspectif et personnel où forcément je parle de mes sentiments, de mes proches. C’est une forme d’écriture assez égoïste où j’écris pour moi, où je me livre et qui se veut thérapeutique. Et malgré ça, des auditeurs s’identifient parfois à mon histoire donc c’est incroyable. On voit que des connexions peuvent se faire à travers la musique au-delà d’une discussion, d’une rencontre.

À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, tu as sorti le titre #BalanceTonPorc, un hashtag qui faisait suite à la polémique #metoo. Est-ce important pour toi de t’impliquer ?
Pour moi c’était important car c’était avec cette association FIT Une femme, Un toit. On voulait faire une collaboration car forcément, en tant que jeune femme, ces sujets me touchent. Sortir ce titre, c’était mettre en valeur ces jeunes filles qui sont incroyables. Certaines ont décidé d’apparaître dans le clip, d’autres étaient juste là et ont participé. Ça montre cet aspect battant et c’est un combat que je mène et j’ai envie de défendre. Ici, c’était un morceau contextualisé et je suis ravie de voir que Vin’S ait sorti le titre #Metoo. Je n’ai pas non plus envie de paraître opportuniste ni trop oppressante donc j’essaye de trouver un équilibre et qu’on ne réduise pas mon univers uniquement à ça.

 

CHILLA
TRACKSUIT: adidas Originals by Alexander Wang          FOOTWEAR: Vans x Karl Lagerfeld SK8-Hi Laceless Platform

 

Justement, beaucoup de médias considèrent essentiellement que tu viens « bousculer le milieu machisme du rap » alors que catégoriser le rap comme un milieu machiste est assez réducteur même si cela existe bel et bien.
En fait le problème comme tu le dis, c’est qu’on me réduise uniquement à ça. Je revendique ma position car je suis une jeune femme qui fait du rap en France et ça interpelle car il y en a peu. Artistiquement, je fais ce que j’aime, je fais ce que je suis et l’aspect féministe, je m’en suis rendu compte quand ça a commencé à ressortir en gros sur les médias. Ce n’est pas un combat que j’ai envie de réduire en disant qu’il n’y a pas de machisme dans le rap : il y en a, je ne veux pas le dédramatiser mais c’est vrai que je n’en peux plus qu’on le surligne et d’entendre : tu es la rappeuse anti-sexisme. Je le suis mais ce n’est pas que dans le rap et ça ne se met pas en opposition avec les rappeurs. Bien-sûr le sexisme dans le rap est cru et brut mais quand on voit à quel point il est sous-entendu dans la plupart des milieux ou même à la télé, dans les médias etc… Ce qui m’a fait comprendre la dureté du sexisme, c’est l’exposition donc j’ai eu besoin de m’exprimer en conséquence. C’est toujours compliqué car à cause de ces médias qui mettent en avant seulement cet aspect de mon travail, j’ai peur qu’ils empêchent l’accès aux auditeurs au reste de mon univers même si j’espère avoir un public curieux. C’est difficile aussi d’accorder mon discours alors que je fais de la musique, que je suis une jeune femme, que j’écoute du Damso.

 

TOP: Diadora          PANTS: Y-3          SOCKS: Weekday          FOOTWEAR: adidas Originals

 

Il y a aussi dans le rap des subtilités difficiles à percevoir. Si on prend l’exemple d’Orelsan attaqué par des associations féministes et qui gagne son procès, on se rend compte que ce n’est pas quelqu’un de misogyne du tout.
Bien évidemment, c’était une image en fait. Je pense que les gens ont encore du mal à palper la force de la punchline. Dans le rap, le principe d’une punchline, c’est de faire ressortir un propos de la manière la plus hardcore possible, toutes les punchlines ne sont pas forcement comme ça, mais c’est généralement résumé en une phrase, un évènement, un fait et parfois t’as besoin de faire des grosses comparaisons qui peuvent être difficiles à entendre pour comprendre l’intention que tu veux y mettre.

Bien des médias t’ont fait remarquer qu’il n’y a pas eu une énorme liste de rappeuses qui ont percé en France mis à part Keny Arkana et Diam’s. Est-ce qu’aujourd’hui, tu te verrais être considérée comme la relève ?
Cette question est compliquée car quand je vois l’effervescence qu’il y a autour de mon projet, avoir autant de soutien et de bons retours, c’est vraiment cool mais je suis seulement au début, il me reste beaucoup de travail sur l’aspect musical comme sur l’écriture. Je n’ai pas la prétention de dire que je suis la relève. Je l’espère mais je pense qu’il y a plein de rappeuses talentueuses qui ont les capacités d’atteindre un jour le niveau d’une Keny Arkana ou d’une Diam’s. C’est juste une question de temps avant que de plus en plus de nanas se fassent entendre dans l’art du rap. En tout cas de mon côté, j’espère bien entendu évoluer et avoir une carrière sur la durée.

 

CHILLA

 

Dans « Sale chienne » tu dis une phrase très intéressante « le hip hop hybride entame sa renaissance » et c’est vrai qu’aujourd’hui le hip hop ne cesse de varier. Penses-tu que tu arrives dans le mouvement au bon moment ?
Bizarrement, oui ! Je pense que si j’étais arrivée il y a dix ans, ça aurait été plus compliqué. Par exemple, quand j’avais fait Talent Street, Joey Starr m’avait dit la toute première émission « le chant ou le rap, il faut choisir », c’était en 2014 et ce métissage commençait à émerger alors qu’il est présent aux Etats-Unis depuis des années, le R’n’B, Lauryn Hill, Fugees, Eve. Et petit à petit, il y a de plus en plus de gens comme Nekfeu, PNL qui ont réussi à faire accepter des choses qui ne l’étaient pas forcément auparavant, où ces rappeurs auraient pu être qualifiés de fragiles. Je suis très contente d’arriver à ce moment là.

Quels sont les artistes que tu écoutes le plus en ce moment ?
IAMDDB, Jorja Smith, Kali Uchis, SZA, M.I.A, Princess Nokia : j’écoute toutes ces meufs. Sinon j’écoute beaucoup de rap belge, que ce soit Caballero et JeanJass, De La Fuentes, Damso. J’écoute un peu tout ce qui se fait en ce moment !

Tu n’écoutes que du rap ?
Bah ce matin j’écoutais Yann Tiersen (rires) donc non pas uniquement mais beaucoup !

 

CHILLA

 

Parlons un peu mode. Comment qualifierais-tu ton style ?
Si je peux le qualifier, je dirais « en recherche », « loading ». (rires) Je ne suis peut-être pas encore assez à l’aise avec mon image ou mon corps pour avoir un style affirmé. J’adore la mode mais sur les autres ! Je peux porter du vintage, du très classique mais ce que je préfère c’est le all black, je passe inaperçue, no risk ! (rires) mais j’y travaille !

La première paire de sneakers dont tu étais fière ?
J’avais eu une paire de Drift Puma, c’était l’époque collège où tout le monde portait la Puma Ferrari. Les miennes étaient marron/kaki mi-cuir, mi-daim et c’était la première fois que j’avais une paire de baskets qui valait un prix qui me paraissait monstrueux et que je pouvais arriver au collège super fière de montrer mes pieds !

Un modèle récent qui t’a marqué ?
Les Air Max 97 mauves que je porte aujourd’hui !

 

CHILLA
OUTERWEAR: Galeries Lafayette         HOODIE: Weekday          FOOTWEAR: Nike Air Max Plus