Credits

Team Shoes Up
  • Rédacteur en chef : Olivia Peyronnet
  • Journaliste : Mélodie Raymond
  • Photographe & retoucheur :
    Richard Banroques
  • Styliste : Opie Wood
  • Directeur de création : William Roden
  • Directrice artistique digital: Floriane Raux
Contributeurs
  • Développeur : Léo Chéron
  • Merci : Hassan Ibrahim

Jok’Air

N’a pas joué toutes ses cartes

On l’a découvert au sein de la MZ, le groupe qui a conquis la toile pendant des années et dont la récente séparation a secoué les plus fervents de rap français. Jok’Air invente un nouveau genre, en solo cette fois, avec son EP Big Daddy Jok teinté de sentiments et de sincérité.

Jok'Air
Jok’Air

Tu as très vite rebondi suite à la séparation de la MZ. Votre album était censé sortir en février, finalement ton premier EP est sorti le 24. Comment ça s’est passé ? Es-tu tout de suite rentré en studio après votre séparation ?

J’ai toujours des morceaux en stock. Même si mon projet est sorti le 24, j’ai déjà commencé à enregistrer des morceaux de la mixtape qui sortira en mai ou juin. Je suis constamment en studio donc ça ne m’a pas dérangé plus que ça mais il y a quand même des morceaux que j’ai commencé à enregistrer la semaine d’après la séparation.

Comment vis-tu cette carrière en solo ? Te sens-tu plus libre ?

Je le vis vraiment comme une nouvelle aventure. C’était déjà en projet suite à l’album la dictature. Mes producteurs et managers, Isma et Davidson ont voulu qu’on refasse un album avec la MZ mais la vie a voulu que ce soit le dernier album de la MZ finalement. Aujourd’hui je me sens plus libre sur un point de vue musical, sans cracher sur ce que j’ai fait avant.

Si on fait un petit retour en arrière, comment est né ton blaze Jok’Air ?

Jok’Air, c’est le nom que j’ai adopté lorsque j’étais au collège. Avant je m’appelais Jok’Air AK47 et ensuite je l’ai transformé en Jok’Air par rapport à une marque de baskets que j’affectionnais et que j’affectionne toujours.

« Je suis né (…) là où le crack est le moins cher de Paris »
Jacket : Carhartt
T-shirt : Y-3
Glasses : Waiting For The Sun
Pants : Y-3
Shoes : Vans SK8-Hi
Outfit : HOON
Sneakers : Nike Air Max 1 Anniversary

Et quelle est la signification derrière Big Daddy Jok ?

C’est vraiment comme ça qu’on m’appelle, c’est plus crooner que Jok’Air. J’ai eu pas mal de pseudos en fait, j’ai même eu une période où on m’appelait Jokpololo en référence à John Pololo qui est l’équivalent de Mesrine en Côte d’Ivoire.

Et est-ce qu’il t’arrive de puiser ton inspiration dans la musique traditionnelle ivoirienne?

Oui complètement. La musique traditionnelle c’est le Zougoulou et ceux qui ont complètement explosés internationalement avec ça c’est Magic System, même si aujourd’hui ça ressemble un peu moins au Zougoulou traditionnel. Une chanson de Zougoulou doit vraiment raconter une histoire, il faut que la musique ait un début et une fin, comme une fable chantée. C'est quelque chose qui m'a beaucoup inspiré dans ma manière d'écrire mes chansons.

Le chant est-il devenu ton nouveau terrain de jeu ?

Oui en ce moment je prends des cours de chant. J'ai commencé à vraiment y penser il y a environ deux ans et ça s'est concrétisé en décembre, j'ai trouvé le temps pour m'y consacrer vraiment. J'ai deux profs qui ont des techniques très différentes, c'est super intéressant.

« Je n'ai aucune limite, je refuse de me mettre des barrières. »
Shirt : Volcom
Glasses : Waiting For The Sun

Dans la mélodie des quartiers pauvres, tu parles de ton histoire de manière très mélancolique. Peux-tu nous parler un peu de ton enfance ?

Je suis né dans le 19ème arrondissement de Paris, rue Petit, la rue où le crack est le moins cher de Paris. Ensuite j'ai déménagé dans le 13ème dans la cité Chevaleret, tout au sud de Paris sur les bords de Seine collé au 94. J'ai passé toute ma jeunesse là-bas, je suis allé à l'école jusqu'au bac et j'ai vécu la vie d'un jeune de cité.

À la fin de ce morceau, tu as fait intervenir une chorale. D’où vient-elle ?

C'est mon manager Isma qui a eu l'idée, et ça s’est fait par le biais de son amie Nelly qui fait partie d’une chorale. J’ai trouvé l’idée terrible, surtout que finalement on entend assez peu ce genre de choses en France. La dernière fois que j'ai entendu quelque chose dans cet esprit, c'était Kerry James sur son titre « Banlieusard » mais nous, nous l’avons exploité autrement. Dans les albums précédents, j'avais fait appel à des saxophonistes aussi, j'aime que la musique s'ouvre et je suis ravi de pouvoir amener des choses que je ne pourrais pas apporter seul.

Ce n’est pas la première fois que tu fais participer des gens sur tes morceaux, on se souvient notamment des enfants de cité qui chantaient sur le morceau Bendo. C’est important pour toi de pouvoir donner la parole aux anonymes ?

Bien entendu. Pour Bendo, j’ai fait appel à des enfants de ma cité, avec notamment la petite Chloé de sept ans. C'est très important pour moi de donner la parole à tout le monde, la musique c'est quelque chose qui se partage.

« Cinq jours par semaine, j'ai une paire de Air Force One aux pieds »

Aujourd’hui tu sembles très à l’aise dans un univers où tu traites de sujets sentimentaux, tu sembles avoir mis un peu de côté la violence, comment s’est faite cette transition ?

Oui les titres comme “Abdomen”, “C'est la guerre” et “Indépendante” reflètent bien tout ça et cela est certainement dû au fait que je pense avoir mûri. J’associe beaucoup les choses que je chante à ma vie. J'ai voyagé, j'ai découvert des gens alors que dans le passé, j'étais plus renfermé dans mon quartier.

Est-ce que ça te plairait de devenir le R. Kelly du rap français ?

Carrément ! R. Kelly c'est très fort ! Même si être le Jok'Air du rap français, ça serait déjà génial ! (rires)
R. Kelly c'est un mec qui m'a beaucoup perturbé notamment avec un morceau qu’il avait sorti en plusieurs chapitres « Trapped it in the closet ». Dans le clip, il y a tout une histoire d’adultères complètement folle. R. Kelly est l'amant de la femme d'un pasteur, on apprend ensuite que le pasteur est un homosexuel qui trompe aussi sa femme avec un homme, et lorsque R. Kelly rentre chez lui, il se rend compte que sa propre femme le trompe avec un policier qui l'avait arrêté sur la route, une histoire de fou ! (rires)

Qu’est-ce que tu écoutais d’autres pendant ton adolescence ?

J'écoutais beaucoup de son du sud des Etats-Unis comme Crime Mob, c’était un groupe assez underground à l'époque et, aujourd'hui ça a été repris par Zay Hilfigerrr & Zayion McCall avec le titre “Juju on that beat”. Sinon j'ai beaucoup été influencé par Lil Jon et The East Side Boyz, Bone Thugs N Harmony, 50 Cent aussi, c'est le boss et après 50 Cent vient Drake.

« On entend assez peu ce genre de choses en France »

Qui sont les artistes avec qui tu rêverais de collaborer ?

J'aime les artistes qui ont une histoire, dernièrement j'ai été touché par Lacrime avec son histoire de cavale. Sinon je dirais Booba car comme pour la plupart des rappeurs de mon âge, c'est l'exemple à suivre.

Tu as fait un featuring l’an dernier avec Madame Monsieur et Ibrahim Maalouf (Morts ou vifs) dont l’univers est beaucoup plus pop, en janvier on t’a découvert sur un morceau plus dance avec S. Pri Noir. On a le sentiment que tu élargis au maximum ton univers…

Je n'ai aucune limite, je refuse de me mettre des barrières. Je fais de la musique pour les gens sans leur demander leur avis. La musique est aussi faite pour éduquer. Beaucoup d’artistes font en sorte de plaire aux gens, sans expérimenter quoi que ce soit. Ils sont plus dans l'optique de suivre un mouvement, c’est ce dont j'ai horreur : quand quelque chose marche et que tout le monde fait la même chose.

Tu as aussi été annoncé sur un titre du premier album de Deen Burbigo « Grand Cru », on peut en savoir plus ?

Le morceau s'intitule « Ma bande » et comme son titre l'indique, on parle de nos bandes respectives, c'est un putain de morceau ! C'était super de travailler avec lui, c'est un mec qui connait beaucoup le son et qui connait très bien le rap. Ça fait plaisir de bosser avec quelqu’un qui a de telles connaissances !

Instagram : @bigdaddyjok
Itunes : Big Daddy Jok

Pour changer complètement de registre, on se demandait si tu as des affinités avec la mode ?

Oui j'aime bien les belles sapes, je porte du Nike depuis que je suis gamin même si je ne suis pas toujours vraiment à la pointe non plus.

Et côté sneakers, quelle est la paire que tu as le plus usé ?

La Air Force One, c'est la paire que je porte depuis la 6ème. J'alterne toujours entre les noires et les blanches, je ne me pose même plus de questions, je prends toujours les mêmes : cinq jours par semaine, j'ai une paire de Air Force One aux pieds.

Est-ce que tu as quand même une autre paire que tu mets pour certaines occasions ?

J'aime bien porter une paire de Sebago pour les grandes occasions, sinon j'aime bien les Jordan, mais surtout celles que l'on a pu voir aux pieds de Michael Jordan en personne.

Quelques mots sur tes projets pour conclure cette interview ?

J'ai un album en préparation qui sortira l'hiver prochain et voilà je vais bosser dur. L'EP du 24 février, c'est le meilleur EP qui est sorti jusqu'à présent, puis viendra la mixtape, certainement la meilleure mixtape qu’on ait jamais entendu puis enfin l'album et je ferais tout pour que ça soit le meilleur album du rap français !