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La mode n’a jamais été aussi multiculturelle, et c’est beau

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Posté par Osain Vichi - 14 janvier 2019

La mode n’a jamais été aussi multiculturelle, et c’est beau

Toujours inspirée d’horizons pluriels, plus ou moins lointains, la mode n’a cessé d’accroître son champ des possibles au cours des trois dernières décennies, notamment depuis que sa relation avec la culture urbaine s’est intensifiée. À l’image du streetwear actuel, les créateurs et les marques dominantes ou novatrices n’hésitent pas à entremêler les mouvances, les esthétiques et les époques. Un hétéroclisme qui peut aussi bien redonner vie à la tendance logobox new-yorkaise des années 90 que tourner son regard vers le futur ou les étoiles.

L’ARRIVÉE FRACASSANTE DU STREETWEAR

À la fin des années 80, la mode sort de sa tendance fluo et bariolée, teintée de disco et de funk, tandis que les looks hip-hop s’imposent dans les rues et bientôt sur les podiums américains. Si les défilés présentent des pièces et des ensembles plus sobres, plus élégants, entre autres les maisons de luxes telles que Louis Vuitton, Gucci, Versace, Balmain, Givenchy ou encore Prada, le streetwear issu de New York abonde de logos Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, Fila, Kappa, Kangol, Nautica et autres Carhartt. Pourtant, l’attraction n’est pas réciproque et ces grandes enseignes ne répondent pas à ces premiers appels. Seul le trio Run-DMC arrive à forcer le destin et décrocher un contrat avec adidas dès 1986 : invité par Lyor Cohen, exécutif de Def Jam, à un show du groupe au Madison Square Garden, Angelo Anastasio, alors cadre chez le géant allemand, est impressionné par la démonstration de force du revendicatif My adidas.

Il faut attendre le début des 90s pour observer l’apparition des enseignes Karl Kani, Fubu, Sean John, lancée par P.Diddy, Enyce, Phat Farm et Pelle Pelle, qui proposent leurs propres lignes composées de tees oversize, vestes XXL, baggys et tracksuits décontractés. Des créations qui allient confort, nouvelles matières et coupes novatrices et envahissent l’univers rap : LL Cool J se mue en porte étendard de Fubu, Biggie devient l’ambassadeur mondial du crewneck polychrome Coogi, création australienne fondée en 1969, Karl Kani symbolise l’affirmation identitaire de la communauté afro-américaine et Aaliyah séduit Hilfiger pour une collaboration inédite. Tupac, quant à lui, parvient à briser momentanément le plafond de verre qui existe à cette période entre haute couture et hip-hop, et défile en 1995 pour Versace à l’occasion de la collection Fall/Winter 1996.

De son côté, le désormais mythique Dapper Dan reprend les insignes Gucci, Louis Vuitton ainsi que Fendi et s’approprie les codes du luxe pour réaliser et diffuser des collections bien plus street. La prise de pouvoir est foudroyante : en quelques années les marques urbaines les plus innovantes s’immiscent sur les podiums new-yorkais, puis nord-américains, aux côtés des maisons de haute couture qui s’inspirent de l’esthétique transalpine, en particulier l’imaginaire mafioso, mais aussi de la culture méditerranéenne. Lors de la fashion week new-yorkaise en 1999, l’emblématique survêtement en peau de pêche signé Sean John côtoie ainsi les costumes trois pièces de Givenchy et les trench coats de Prada. Quelques mois plus tard, ce sera au tour de Karl Kani et Coogi.

Sur la côte ouest, les années 80 voient le géant Converse et l’enseigne workwear Dickies être repris par les protagonistes rap et les membres de gang, autant crips que bloods. À l’image de son climat et de son soleil ardent, l’esthétique urbaine californienne, qui poursuit son expansion la décennie suivante, est colorée, épurée, et laisse par exemple place à l’émergence de l’univers du skate. Comme les sneakers Jordan au sein des playground, Vans et Stüssy sont omniprésents dans les skatepark. Les coupes sont plus cintrées, les pièces plus proches du casual et les designs moins sophistiqués. Le streetwear américain devient pluriel, s’imprégnant par moment du workwear ou du sportswear, et ouvre de nouvelles perspectives à la mode. Pour autant, malgré quelques pied-à-terre en Asie, les créations urbaines sont toujours sous-estimées, voire dénigrées en Europe. À l’aube du nouveau millénaire, ce renouveau prend du temps à se dessiner. 

OUVERTURE MONDIALE ET AUDACE

Si l’avènement des mêmes Coogi, Fubu, Sean John et autres Karl Kani, tourne court, le streetwear hante de plus en plus la haute couture. Tant Alexander McQueen, Rick Owens, Raf Simons, Yohji Yamamoto que Hussein Chalayan reprennent ces codes pour des shows toujours plus spectaculaires et des collections toujours plus ambitieuses. Une hybridation qui imprègne les silhouettes spectrales de Rick Owens pour ses réalisations de Fall/Winter 2002 ou Spring/Summer 2003 mais également les tenues fantasmagoriques de Raf Simons, notamment son œuvre Virginia Crever (2002) et ses oppressantes conceptions de Fall/Winter 2006. Les puffer sont amplifiés, les hoodies retravaillés, les jeans transformés et les sneakers dénaturées. Dans une recherche constante de singularité et d’innovation, ces mêmes créateurs et d’autres vont chercher leur inspiration chez les esthétiques africaines, asiatiques, orientales, spatiales et futuristes.

“J’utilise simplement des choses que les gens ne veulent pas exprimer. Des choses qui évoquent la guerre, la religion, le sexe, des choses auxquelles nous pensons tous mais que nous ne mettons pas au premier plan. Mais je les oblige à les regarder. Et puis, ils commencent à dire que c’est dégoûtant et je réponds : “En fait, mes amours, vous pensiez déjà à tout ça, alors ne me mentez pas.” déclarait en 2002 McQueen lorsque Owens explique 15 ans plus tard “Quand je fais du sport ou que je prends le métro, j’ai les écouteurs vissés aux oreilles et je choisis des morceaux aussi violents et bruyants que possible (…) Je peux aussi m’inspirer de dessins d’enfants, de sculptures africaines… On pourrait s’amuser à retrouver une par une toutes les références que je convoque dans mes créations. Car c’est ce que font les créateurs : nous travaillons à partir de strates historiques. Nous n’inventons rien de très nouveau, nous trouvons simplement de nouvelles façons d’assembler des choses existantes.”

Dans une démarche similaire, le streetwear japonais mêle les imaginaires humains, aussi bien les fantasmes que les peurs, et séduit le rap nord-américain. Le duo Clipse, composé de Pusha-T et Malice, et Pharrell Williams arborent Bape avant que le phénomène Lil Wayne popularise la marque à la tête de singe en 2006. Si l’enseigne fait face à un succès par intermittence, elle connaîtra un regain presque dix ans plus tard à travers les artistes admiratifs de Wayne. Et dans son sillon, les labels Comme Des Garçons, Undercover ou Needles prennent de l’envergure tandis que Yohji Yamamoto affirme son avant-gardisme, et que Uniqlo et Edwin confirment leur savoir-faire. Au travers des années 2010, le métissage culturel de la mode, et surtout urbaine, est ainsi plus vrai que jamais grâce à ces nombreux travaux d’expérimentation et à cet essor commun. 

LE MULTICULTURALISME À SON APOGÉE ?

À nouveau, le rap qui sévit aux États-Unis rythme l’évolution du streetwear mondial : si Kanye West marque les esprits avec Yeezy, et ses tons nude, le binôme A$AP Rocky-Travis Scott devient une référence pour beaucoup pendant que Young Thug transgresse les codes, jouant de son androgynie et de l’avancée des lignes unisexes. À l’instar de Lil B, artiste californien, et Lil Wayne, ce dernier permet aux émergents Lil Yachty, Trippie Redd, Smokepurpp et Lil Uzi Vert d’assumer une excentricité qui se détache de la culture urbaine. L’expressionnisme fluo du disco, voire de la funk, mais également la noirceur du punk ou du grunge sont revendiqués. Symbole d’une revanche sociale, le trident Migos anime quant à lui ce riche mélange en prônant une exubérance assumée à travers Versace, Gucci et autres Louis Vuitton. 

Dans le même souffle, Supreme, fidèle à son identité visuelle depuis sa création en 1994, démocratise à l’échelle planétaire l’univers skate lorsque Virgil Abloh s’appuie sur l’ergonomie des hi-vis workwear avec Off-White. Plus récemment, les franchises plus grand public que sont COS et Weekday subliment la mouvance casual, parfois à un pas des collections no gender signées American Apparel. Parallèlement, Stone Island, Northface et Columbia étoffent leurs collections techniques, dérivées du vêtement militaire. Sans oublier la spatialité impressionnante de Heron Preston, les propositions inclusives de la marque hollandaise Daily Paper qui convoquent le tribal africain alors que les labels coréens comme Ader Error perfectionnent le futurisme de leurs voisins nippons et synthétisent cette effervescence culturelle. “Le streetwear a toujours été une grande influence pour moi, surtout être capable de le mélanger à la haute couture et d’avoir une dynamique de juxtaposition. Je pense que cela devient encore plus perturbant parce que les marques de luxe jouent vraiment dans ce domaine et font beaucoup de collaborations. C’est un peu déroutant pour l’industrie, mais c’est excitant parce que cela fait vraiment changer les mentalités et pousse les marques à penser différemment.” confiait Alexander Wang à Highsnobiety en septembre 2017. Un multiculturalisme foisonnant qui laisse présager de beaux jours à un genre en perpétuelle mutation. 

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adidas Nite Jogger : la silhouette réfléchissante est disponible

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Posté par Mélodie Raymond - 14 janvier 2019

adidas Nite Jogger : la silhouette réfléchissante est disponible

La marque aux trois bandes a fouillé dans ses archives et dévoile une silhouette aperçue pour la première fois en 1979 : la adidas Nite Jogger Black Carbon.

Cette silhouette à l’allure rétro est la première sneaker high vis imaginée par le géant allemand et n’a finalement pas pris une ride à l’heure où les détails réfléchissants font parties des plus grosses tendances Fall Winter 18-19.

Redesigné à l’aide de nouvelles matières, Nite Jogger se pare de la technologie Boost sur toute la longueur de la semelle, de renforts en nylon ripstop et d’une conception en mesh et en daim : sensation de légèreté assurée. Pour un hommage en bonne et due forme à l’édition OG, on retrouve les détails orangés parfaitement mixés sur une tige noire intense.

La adidas Nite Jogger Black Carbon est disponible sur adidas.fr au prix de 150€.

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La mode est-elle déjà dans le futur ?

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La mode est-elle déjà dans le futur ?

Posté par Mélodie Raymond - 11 janvier 2019

Des pièces tout droit sorties d’un film de science-fiction sur les podiums, des labels streetwear avant-gardistes ou encore des influenceurs androïdes sur Instagram : l’industrie de la mode fait des nouvelles technologies son eldorado. 

ESTHÈTE SCI-FI ET MODERNISTE

Retour vers le futur, Matrix, Le Cinquième Elément, Blade Runner, Alien, Avatar ou Interstellar : autant d’œuvres de science-fiction classiques qui inspirent les designers et qui, par conséquent, façonnent le monde de la mode. Si le septième art est en grande partie responsable des tendances d’hier, d’aujourd’hui et de demain, le streetwear de 2018 semble de plus en plus proche du futur que les visionnaires avaient imaginé. Mai 2017, tous les pieds se parent d’une silhouette Nike dévoilée en grande pompe pour célébrer les 30ans de la Air Max. Les Vapormax et leur semelle en bulle d’air visible sont partout. L’automne suivant, la marque au swoosh frappe de nouveau un grand coup en présentant l’HyperAdapt : une sneaker auto-laçante munie de panneaux LED, après avoir dévoilé l’année précédente la Nike Mag. Les smartshoes ont-elles un véritable avenir devant-elles ? Difficile à dire mais elles alimentent le fantasme qui a marqué plusieurs générations : entrer dans la peau de Marty McFly. Les avancées technologiques et les designs avant-gardistes marquent sans équivoque les esprits et les styles.

Sans surprise, les fashions weeks parisienne, londonienne, milanaise et new-yorkaise emboitent le pas lors des présentations automne-hiver 2018-2019. Fascinées, les marques se lancent à corps perdu vers des graphismes, des matières et des coupes innovantes, bien décidées à séduire les générations millénials. Avec le retour des couleurs néons, des silhouettes cyberpunk et des looks galactiques, la mode de 2018 s’est vue embrassée par les tendances de demain. Marine Serre, lauréate du prix LVMH 2017, parle de « Futurewear » comme en témoignent plusieurs pièces qui arborent fièrement le terme lors de son défilé FW18 à Paris. Même schéma avec Miuccia Prada à Milan qui relance sa ligne sport Prada Linea Rossa : des pièces fluos faites de tissus intégrant des nanotechnologies, du nylon 3L ou encore du graphene font leur parade.

Iris Van Herpen présente ses pièces découpées à l’Imprimante 3D dont la robe architecturale « Syntopia » composée d’acier inoxydable et de coton noir, thermocollés à de la soie. Chez Maison Margiela, les anoraks oversizes sont en PVC holographiques tout comme les sacs. Le PVC s’affiche aussi chez Jeremy Scott accompagné de matières lamées métallisées, également accaparées par Balmain. On plonge dans la dystopie de Matrix avec Alexander Wang pendant que Calvin Klein nous propulse dans l’espace avec une collection prêt-à-porter aux accents cosmiques. Quant à Philipp Plein, il ne s’impose aucune limite en présentant un show aussi bling-bling que spectaculaire. Le défilé s’ouvre sur une soucoupe volante dans une ambiance digne d’une Rencontre du troisième type et se clôt par l’arrivée d’Irina Shayk accompagnée d’un énorme robot tout droit sorti de Transformers. Un défilé qui rappelle celui d’Alexander McQueen en 1999 où la top Shalom Harlow, clôturait le show, immobile sur une plate-forme tournante autour de laquelle deux robots projetaient de la peinture sur sa robe immaculée. Dans une démarche un peu différente mais tout aussi surprenante, le défilé Dolce Gabbana présentait en février dernier sa collection de sacs à main à l’aide de plusieurs drônes. Impossible également de ne pas citer les nombreuses collaborations de la NASA avec les marques de prêt-à-porter pour célébrer leur soixantième anniversaire. Parmi elles, on notera l’union avec Mercer Amsterdam, Vans mais surtout Heron Preston qui n’a pas hésité à envoyer un mannequin de vitrine se hisser aux portes de l’atmosphère avec plusieurs pièces de la collection.

TECHNIQUES & INNOVATIONS

Dans cette mouvance irrépressible, les labels streetwear et techwear comme Do not bend, Ader Error, Me-di-cal, Guerrilla Group, Avalone, Acronym, A-COLD-WALL, Neuro Studio ou encore C2H4 font leur apparition dans le monde entier et mettent au premier plan une esthétique futuriste comme des vêtements de plus en plus techniques. Fondé par le designer chinois Yixi Chen, C2H4 reprend le nom de la formule moléculaire de l’éthylène et explique surfer sur un travail de chimiste en mélangeant différentes substances afin de créer de nouvelles matières. « Nous sommes des visionnaires et des scientifiques qui créent l’avenir » affirme la marque. En résulte des pièces aux technologies avancées graphiques, sans coutures et texturées. Outre leur aspect, ces pièces s’inscrivent dans une constante quête d’innovation de confort et d’utilitarisme. Mais quelles sont les véritables motivations de ces marques, qui contrairement aux maisons de luxe, ont tout misé sur cette identité ? Le label allemand ME-DI-CAL créé par Joe Urbais s’inspire de la vision cyberpunk des années 2000 tout en recherchant des matières innovantes. Sa volonté ? « Combiner l’électronique et le vêtement » comme « trouver un moyen d’obtenir les couleurs les plus étranges possibles » nous confie t-il. Véritables experts en ce domaine, le japonais Yohji Yamamoto, fondateur de la griffe Y-3 par adidas et l’italien Stone Island au savoir-faire réputé depuis 1983 proposent chacun de leur côté des pièces où chaque détail est pensé pour une fonction précise et dont l’esthétique dépasse parfois l’entendement (matières réflectives, nylon métal ou matières thermo-sensible).

Les vêtements connectés aussi appelés “wearables” ont un bel avenir devant eux et devraient dépasser les 50 milliards de dollars de chiffres d’affaire d’ici à 2022 selon l’entreprise new-yorkaise Comtex News Network. Derniers exemples notables ? La veste en denim issue de la collaboration entre Levi’s et Jacquard by Google munie de capteurs pour contrôler des applications smartphones ou la collection Tommy Jeans Xplore par Tommy Hilfiger dont les pièces se paraient d’une puce Bluetooth. D’autre part, la marque Neuro Studio, fondée il y a un peu plus de deux ans par le français Clément Balavoine nous explique s’être lancée après avoir murement réfléchi à “l’industrie de la Mode et à son processus de fabrication. En travaillant dans ce domaine, je me suis rendu compte au fil du temps que ce processus était très mal optimisé, désuet et extrêmement polluant. J’ai donc décidé de m’inspirer d’amis Concept Artists qui travaillent dans l‘industrie du Jeu Video et du Film afin d’utiliser leurs techniques et softwares de modélisation et visualisations pour réinventer un processus et le rendre entièrement digital.” Neuro Studio propose ainsi une collection intitulée SOLVENTUS 2019 mêlant la couture, le découpage laser et l’impression 3D sur certaines parties de ses pièces. Pour présenter cette ligne novatrice, la marque nous interroge aussi sur le nouvel essor d’un phénomène observé chez les marques comme sur Instagram : les mannequins sont désormais des avatars 3D des plus réalistes.

ICÔNES DIGITALES

“Pour cette collection, nous avons scanné notre amie Gia Seo et nous avons ensuite designé la collection directement sur son avatar virtuel, cela nous a permis d’avoir des mensurations très précises et de voir comment nos pièces évoluaient quand elles étaient en mouvement. On a utilisé le scan de Gia pour notre campagne et notre lookbook. Pour les autres, la plupart de nos mannequins ont été créés grâce au logiciel daz3d puis resculptés avec ZBrush. On trouvait cela intéressant d’avoir une vraie personne scannée aux côtés “d’êtres digitaux”.” précise Clément Balavoine. Ces êtres digitaux sont en effet de plus en plus sollicités dans la stratosphère mode. Quoi de mieux que de présenter des tendances à travers des modèles CGI (“computer generated image”) impeccables avec tout ce que cela implique dans la stratégie marketing ? En 2016, à l’heure où l’édition brésilienne du magazine Elle dévoile une cover avec Sophia, l’un des robots les plus avancés du monde, Nicolas Ghesquière chez Louis Vuitton créé l’événement en choisissant Lightning, l’héroïne du jeu vidéo Final Fantasy pour sa campagne intitulée Series 4. En octobre 2018, la Maison Kenzo fait appel à l’entreprise Traum.inc pour designer deux modèles qui arborent la Collection Memento No.3. De leur côté, Izhi, Margot et Shudu incarnent la « virtual army » chez Balmain et deviennent égéries d’une campagne en août dernier. Si Izhi et Margot ont été créées pour l’occasion, @shudugram compte quant à elle une communauté de 153 000 followers, qui a explosé le jour où Rihanna a décidé d’en faire une égérie Fenty Beauty. Celle qui se revendique comme la «First Digital Supermodel» a été créée de toute pièce par l’artiste-photographe Cameron-James Wilson et s’inscrit dans l’affolante effervescence des influenceurs virtuels. Ses homologues ne sont autres que @Lilmiquela (1,5 millions de followers), @Blawko22 (136 000 followers) ou encore @Bermudaisbae (124 000 followers), tous trois imaginés par la start-up californienne Brud, spécialisée dans la robotique et l’intelligence artificielle. Egalement adoubés par de nombreuses marques, les codes de la communication 2.0 semblent parfaitement maîtrisés.

Or, le mouvement divise les internautes. En cause : les détenteurs de ces comptes Instagram et leur manque de clarté sur la nature des modèles, laissant planer un doute sur leur identité fictive ou réelle. Certains commentaires iront jusqu’à les accuser de faire de l’ombre aux réels mannequins qui subissent de manière draconienne la course aux mensurations ou le manque de diversité. Lil Miquela, elle aussi, décroche plusieurs covers de magazine tels que Highsnobiety, 032C et se retrouve dans les pages de Vogue US. Ce mouvement affectera t-il vraiment la planète mode ? « Même si ces êtres ont quelque chose de cool, je préfèrerais toujours les personnes réelles » nous soutient Joe Urbais, créateur du label ME-DI-CAL. Comment la postérité vivra-t-elle toutes ces révolutions qui jalonnent la planète mode ? Clément Balavoine a sa théorie. « Dans dix ans notre identité sera presque à 100% digitale, et nos vêtements le seront aussi car il faudra bien habiller nos « virtual self ». Je pense qu’il y aura un mouvement encore plus grand que le streetwear qui verra le jour où chacun aura le pouvoir de créer ses propres vêtements avec des softwares de plus en plus simples à prendre en main ; un mouvement de milliers de créateurs qui, même individuellement, pourra créer une tendance en un instant. » conclut-il. Rendez-vous en 2028.