I N T E R V I E W

Nusky
&
Vaati

PHOTOS : Richard Banroques
STYLISME : Opie Wood
TEXTE : Riff Raff

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Prenez un emcee décomplexé, ajoutez-y un beatmaker prodigieux, vous obtiendrez Nusky & Vaati. Rencontre avec le duo francophone maitre du second-degré et de la mélancolie qui sortira déjà son troisième EP intitulé « Bluh » le 17 février prochain.

Vous avez tous les deux grandi en banlieue parisienne,
quel genre de musique crachait vos écouteurs quand
vous étiez plus jeunes ?

Vaati : Je crois que c’est une des choses que l’on a en commun : on écoutait de la musique des sixties tous les deux. Que ce soit de la soul, du rock ou de la pop de l’époque, les Rolling Stones, ce genre de truc…
Nusky : D’abord du rock puis j’ai découvert le hip-hop vers mes 17 ans. Quand on dit « rock » c’est très large, on parle de la musique des sixties en général.

La musique des sixties anglo-saxonne ? Pas française ?

Vaati : Non, surtout américaine. Ça pouvait aller de quelque chose de très pop à du rock plus « blues », jusqu’au blues originel américain même.
Nusky : Moi je commence à peine à apprécier la chanson française mais c’est totalement nouveau.

Comment s’est initiée votre rencontre musicale ?

Nusky : De manière virtuelle, j’ai envoyé un message sur Facebook à Vaati il y a trois ans. À l’époque je venais de tomber sur un de ses sons, je l’écoutais en boucle… On s’est vus plusieurs fois puis ça s’est fait assez naturellement.
Vaati : On avait tous les deux des potes qui formaient des groupes de rap et on savait mutuellement ce qu’on faisait mais c’est avec ce message « Hey si on faisait de la musique ensemble ?» que ça a commencé.

Nusky, tu te rappelles du nom du morceau en question ?

Nusky : C’est un son qui s’appelle L.O.H et dans lequel il avait samplé I Say a Little Prayer for You d’Aretha Franklin. Il se trouve que la semaine où il a sorti ce son avec ce sample, j’avais passé des heures à écouter cette chanson. Du coup je me suis dit que c’était un signe et je l’ai contacté.

Toi Vaati, à l’époque, tu étais déjà beatmaker pour des rappeurs ?

Vaati : Oui je bricolais quelques petits trucs, c’était des mauvais morceaux, de mauvaises choses… Les débuts disons !

Vaati
Jacket Cheap Monday
Nusky
T-shirt Our Legacy

Votre musique a-t-elle évoluée depuis votre premier EP ?

Vaati : Oui, d’un point de vue technique. Moi dans la composition et Nusky dans l’écriture. On est touchés par de nouveaux artistes. Je suis tombé amoureux du jazz il y a un an et demi. Ce n’était pas le cas avant. Il y a plus de soul dans notre musique aujourd’hui, et on assume aussi davantage nos influences rock. Avant, on avait un côté rap et r’n’b plus marqué.

D’après toi, les enjeux du rap français se situent-ils dans la prod aujourd’hui ?

Vaati : Les prods c’est ce qui a toujours fait avancer le rap français car c’est ce qui fait évoluer les styles. Par exemple récemment il y a eu la trap, l’afro-trap aussi… Ce ne sont pas les rappeurs qui créent les sonorités mais les beatmakers et les ingénieurs du son.

Vous pensez que le travail des beatmakers n’est pas assez mis en avant ?

Vaati : Ça, c’est une question de communication et de marketing. Les albums ne sont pas vendus en leur nom alors forcément, on s’y intéresse moins.
Nusky : Il y a quelques beatmakers « stars » aujourd’hui mais pour le public « lambda » ça reste quelque chose de trop pointu.
Vaati : Ça ne devrait pas d’ailleurs ! C’est aux médias de rendre les gens « pointus » justement, de leur faire découvrir tout le travail qu’il y’a derrière un morceau.

Et la scène rap actuelle, elle vous parle ?

Vaati : Il y a des choses qui m’intéressent mais dans l’ensemble ça reste assez rare. Si je suis sincère et que je passe tout en revue, il y a peu de choses qui me parlent vraiment.
Nusky : Moi ce que j’aime bien en ce moment, ce sont les mecs qui arrivent de nulle part et qui ont la rage en eux. Là, j’écoute un gars qui s’appelle « Kyng ». C’est une sorte de « faux Young Thug » qui joue sur le fait qu’il lui ressemble physiquement et dans la manière de rapper. À mon avis il a son propre truc à faire, j’aime son insolence !

Qu’est ce que ça fait de faire la première partie de Doc Gynéco ?

Vaati : C’était super intéressant de se retrouver avec un public plus âgé. C’était la première fois que l’on se retrouvait à jouer devant des trentenaires et de quarantenaires. De Georgio à Vald, avec qui on a déjà été sur scène, le public était très jeune.
Nusky : Tout le monde trouve des points communs entre Doc Gynéco et nous.

Quel genre de points communs ? Le même style un peu planant ?

Vaati : J’ai l’impression que « planant » c’est l’adjectif qui marche à tous les coups pour décrire la musique en ce moment (rires).
Nusky : Ils trouvent des similitudes dans les paroles, comme lui on parle de filles. En revanche les prods, elles, n’ont rien à voir. Mais on a peut être parfois le même rendu funky.

Le mois denier vous avez sorti le très joli clip de votre morceau « Aux souvenirs oubliés ». Il a une identité visuelle très mode…

Vaati : À vrai dire ça on ne l’a pas vraiment calculé ! C’est venu du réalisateur Victor Poullain qui a eu envie d’engager une styliste sur le clip pour avoir ce point de vue. On s’est dit « pourquoi pas » et on est assez contents du résultat.

Nusky, j’ai vu des adidas x Raf Simons à tes pieds…

Nusky : Oui, c’est le réalisateur qui a insisté pour qu’on les prenne… (rires)
Vaati : Moi je ne savais pas du tout ce que c’était. Ces Raf Simons ne me disaient rien ! J’aime ce qui est beau mais j’avoue que je ne m’y connais pas vraiment.
Nusky : D’ailleurs quand on a compris que Shoes Up était un magazine consacré à la sneaker… On s’est dit qu’on n’allait pas savoir de quels modèles parler. (rires)

Justement, on y arrive ! Parlons un peu de vos pieds.

Nusky : Je suis assez fan des Clarks, que ce soit les boots ou les wallabee. Sinon j’aime bien les bottes, le genre que tu vas garder des années. J’ai appris à aimer ça, il y a encore un an j’avais de vieilles Air Max.

Et si vous deviez passer le restant de vos jours avec la même paire ?

Vaati : Je dirais des grosses chaussures de marche d’une marque comme « Quechua », un truc comme ça, solide ! Il peu y avoir des modèles cool d’ailleurs qui sont de base un peu…agressifs. Si tu vas chez Décathlon au rayon montagne, il y a quand même moyen de tripper.

Vous pensez à quelque chose pour conclure ?

Nusky : J’ai envie de te parler de mes opinions politiques mais ce sera pour une prochaine fois.
Vaati : On sort Blue le 17er février, il sera disponible en digital et en CD. Et on fait la release party le 1er mars au Badaboum à Paris !


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