Après une belle aventure avec le Panama Bende, lors de laquelle le rappeur parisien n’a cessé de monter en puissance, PLK s’est lancé sans hésiter dans le grand bain pour naviguer seul. Soutenu par la structure de Flonky Flav’, Panenka, il envoie deux mixtapes entre septembre 2017 et mars 2018, Ténébreux et Platinum, et prépare le terrain pour son premier album, intitulé Polak. Sorti le 5 octobre dernier, ses 14 morceaux véloces et ciselés présagent de beaux jours à la nouvelle égérie Puma.
La dernière fois que l’on s’est rencontré, c’était pour l’album ADN avec Panama Bende. Entre temps, deux mixtapes et maintenant un album qui attaque fort. Comment s’est passée l’année ?
Beaucoup de travail, j’ai encore la tête dedans et je ne me rends pas vraiment compte. J’ai le sentiment d’avoir bien travaillé, mais il ne faut pas se relâcher. J’ai envie de continuer sur cette dynamique.
Est-ce que l’album ADN a été une sorte de déclic dans le principe d’aller plus loin en solo ? Vous aviez déjà bien engagées des carrières chacun de votre côté.
Oui on peut dire ça, j’avais kiffé cette idée de “sortir dans les bacs”. Cette sortie m’a motivé à passer le cap pour m’engager dans une direction solo. On a tous été boostés au final, que ce soit Zeu, Ormaz ou Aladin 135. Chacun essaie de garder cette rigueur de travail.
Peux-tu nous expliquer qui a joué un rôle important dans ton évolution ? J’imagine que Panenka en fait grandement partie.
Panenka a été le tremplin. Ça a été la bonne structure au bon moment. De toute façon, c’était prévu depuis mes 13 ans que je signe là-bas, grâce à Fonky Flav’, on attendait juste le bon projet, et il s’est avéré que c’était Ténébreux. Aujourd’hui, on continue ensemble et on va bientôt signer le contrat à vie je crois (rires).
Tu as une date à l’Olympia le 18 janvier, qu’est-ce que ça représente pour toi ?
Rien que d’en parler, j’ai la pression (rires). Ce sera mythique une fois qu’on l’aura fait, un cap de franchi. Surtout que c’est en bonne voie pour qu’il soit complet.
Te rappelles-tu du premier artiste que tu as vu sur scène là-bas ?
Ah mais je n’y suis jamais allé (rires). (Il réfléchit) Que je ne dise pas de conneries… Non je n’y suis jamais allé. De toute manière, je n’avais jamais assisté ou participé à un concert avant d’en faire un, je ne savais pas comment ça se passait. Mais pour l’Olympia, on prépare des trucs de fou, le feu !
As-tu déjà ton outfit de scène ?
On veut être accordé avec mon backeur et mon DJ. On ne sait pas encore quelle tenue on portera, mais on aura la même, c’est sûr !
Côté texte, quelles étaient tes intentions pour cet album ? On a le sentiment que tu as cherché un équilibre entre l’aspect egotrip et l’auto-analyse.
C’est vraiment mon style, puisque j’écris à l’instinct, mes textes peuvent parfois se ressembler, donc je me force à me diversifier. Et désormais je commence à me définir, entre egotrip et morceaux thématiques. D’autant plus que pour moi, les titres à thèmes sont plus simples à écrire. En 10-15 minutes, c’est bouclé. La musique est instinctive chez moi, on travaille assez vite avec mon équipe, on enchaîne.
Quels sont les albums que tu as saignés pendant la préparation de l’album et comment fait-on abstraction de ces écoutes pendant la production ?
J’ai écouté à peu près tout ce qui sort. Grâce au Daily Mix de Spotify, j’ai aussi pu faire de belles découvertes mais chacun à sa personnalité, son histoire, donc tout ce vécu se sentira dans ton écriture. Puis, j’écris depuis mes 12 ans et je pense avoir réussi à personnaliser mes textes. Par contre, si j’écoute un album en boucle pendant trois mois, il est possible que je sois influencé, que ce soit les textes ou les mélodies. Il faut alors faire attention, éviter d’écouter un morceau ou un album en boucle trop longtemps. Par exemple, pour le morceau AAA, j’ai demandé à tout L’Entourage si l’un d’eux n’avait pas déjà entendu ce flow-là, je me suis dit que j’avais trouvé la mélodie du refrain trop rapidement. Au final, ce “A-A-A” ne disait rien à personne (rires).
JACKET : STONE ISLAND
SWEAT : ECKHAUS LATTA
PANTS : STELLA MCCARTNEY
SNEAKERS : PUMA THUNDER DESERT
SUNGLASSES : RAY-BAN WAYFARER
“CEUX QUI UTILISENT PÉJORATIVEMENT LE TERME POLAK, ON LES EMMERDE”
Tu fais écho à tes origines avec le nom de ton album. Pourquoi ce terme qui peut facilement être connoté comme péjoratif voire raciste ?
Depuis tout petit on m’appelle de cette manière, je n’ai jamais vraiment pensé à la connotation négative. Puis, nous, les polonais, nous ne sommes pas vraiment victimes de racisme à proprement parler, si l’on compare avec ce que subissent les noirs ou les maghrébins. Aujourd’hui ce terme me fait plus rire qu’autre chose, on pourrait dire que j’ai inversé la connotation, j’en ai fait une force. Ceux qui l’utilisent péjorativement, on les emmerde.
Pour les feats, on retrouve les deux grands invités Nekfeu et SCH mais il y a aussi l’artiste polonais Paluch. Comment la connexion s’est-elle faite ?
Il m’a contacté après la sortie du titre Pas les mêmes (ndlr on retrouve le drapeau de la Pologne dans le clip) pour me dire qu’il étaient tous très fiers de moi. J’étais vraiment content parce qu’il est l’équivalent de Booba là-bas, chaque projet il vend au moins 150 000 disques physiques ! Et seulement dans le pays, puisque le polonais n’est parlé qu’en Pologne. Je lui ai donc proposé de collaborer sur un son de l’album. On s’est rencontré lors du Hip Hop Polish Festival mais on a fait le morceau via mails, c’était plus simple. À ce sujet, je commence vraiment à m’intéresser au rap polonais mais, à la base, j’écoutais grave Paluch.
Avoir des invités d’une telle notoriété est un luxe auquel tout le monde n’a pas forcément accès, surtout pour un premier album. Est-ce synonyme de bon présage pour la suite ?
Je ne m’attache pas tant que ça au featuring et je prête vraiment attention au rapport humain. Nekfeu, on se connaît depuis petit, tandis qu’avec SCH, le feeling est passé immédiatement, et l’histoire n’est pas finie, d’autres collaborations devraient arriver. Hier par exemple, on est allé manger ensemble, on s’est même vu pendant les vacances. On s’est vraiment trouvé.
JACKET : ASOS
SWEAT : CHEAP MONDAY
SUNGLASSES : TOD’S
Était-ce important pour toi de reprendre les couleurs du drapeau de la Pologne pour la pochette de l’album ?
On voulait vraiment marquer le coup visuellement pour ce premier album, surtout que depuis jeune, je savais que je voulais l’appeler Polak. L’ours amplifie la puissance artistique de la cover même si ce n’est pas un symbole de la Pologne. Au départ, on voulait utiliser un aigle, qui représente vraiment la Pologne, mais Niska avait déjà réalisé une pochette de ce genre pour Zifukoro. Pour éviter toute polémique, on est alors parti dans cette optique. Cet ours joue par ailleurs dans certains films ou certains clips, Les Kaïra mais aussi Beely de Jul. Il s’appelle Valentin.
Avec Ténébreux et Platinum, on a l’impression que tu as testé ton public sur ce qu’ils attendaient de toi et le titre Pas les mêmes qui a cartonné a finalement donné le ton de l’album.
Exactement, ces mixtapes ont permis de mieux me définir et me connaître musicalement pour arriver en pleine confiance avec l’album. Au début on avait 60 morceaux et après le tri, on était sûr de la qualité de tous les morceaux. D’ailleurs avant sa sortie, on n’aurait jamais imaginé un tel engouement, le clip a été une véritable claque, on n’a pas compris. Après sa publication, il prenait un million par semaine !
On sent aussi que tu t’es challengé sur ce projet concernant ta technique et tes différents flows. Travailles-tu constamment cet aspect ?
C’est comme un footballeur, il faut travailler ses gammes pour garder un haut niveau, c’est important. C’est aussi ce qui mène au succès : même si tu es très fort, tu ne peux pas te permettre de ne pas travailler. Autour de moi, toutes les personnes qui rappent s’entraînent quotidiennement. Le cerveau en a besoin pour perfectionner encore et encore tous ces mécanismes.
“MON GRAND CLASSIQUE C’EST LE SURVÊT’ DU PSG QUAND MÊME (RIRES)”
Tes clips sont de plus en plus travaillés, quelle est ton implication dans leur réalisation ?
Le dernier je l’ai à moitié réalisé. J’en ai réalisé d’autres à moitié mais on ne l’a pas forcément notifié parce que je préfère mettre le réalisateur en avant. Pour Ténébreux, c’est moi qui ai filmé la moitié du clip, caméra à l’épaule. J’adore m’impliquer dans ce domaine mais je laisse la place aux vrais professionnels.
À partir de quel moment et comment tu as décidé de travailler ton identité visuelle ?
Dès le moment où on a eu les moyens, j’ai toujours voulu le faire mais on manquait surtout d’argent. Les clips coûtent très vite des prix de voiture, et il fallait d’abord vendre et faire un peu de monnaie avant de pouvoir investir. Puis, il fallait être sûr d’avoir retour sur investissement, depuis qu’on est sûr de notre rentabilité, on se lâche bien plus.
JACKET & SHIRT : ASOS
SWEAT : ANDREA CREWS
PANTS : AVNIER
SNEAKERS : STELLA MCCARTNEY
SUNGLASSES : TOD’S
Depuis quand tu t’intéresses plus spécifiquement au monde de la mode ?
Je n’ai jamais vraiment fait attention à ma tenue et à mon image, mais plus je grandis et plus je m’y intéresse. Quand j’étais plus petit, le manque de moyens ne me permettait pas de me poser la question.
Comment s’est faite la connexion avec Puma ?
J’ai la chance depuis mes 16 ans d’être suivi par ddifférentes marques : à mes 18 ans, c’était Reebok, puis New Era, avec le Panama… Mais ce contrat d’égérie avec Puma je ne l’ai pas vu venir. La collaboration s’est faite grâce à mon manager, et je suis très heureux parce qu’on vient de signer pour une deuxième année.
Que penses-tu du récent travail commun entre Puma et Atelier New Regime ?
J’ai reçu la collection et franchement, je trouve les produits très beaux et inventifs. Chaque pièce a ses petits détails qui la différencient, c’est incroyable, j’aime vraiment.
Tu aimerais participer au processus créatif de la marque ?
Pour être honnête, j’aimerais bien mais je ne sais pas si j’ai le talent pour (rires). Sinon, bien sûr ce serait un kiff’ si on pouvait collaborer, on en a déjà parlé d’ailleurs.
Y a-t-il des marques moins connues que tu apprécies et soutiens ?
Je ne peux tout évoquer mais je soutiens complètement Wrung, je porte à fond. Ce sont des anciens de mon quartier qui ont fondé et développé la marque il y a un moment. Ils nous ont toujours donné pas mal de sappes et c’est la seule marque que Puma tolère, puisque ce n’est pas une marque concurrente.
À part les tracksuits et les vestes en cuir, que tu arbores souvent dans tes clips, quels sont tes pièces classiques ?
J’ai toujours des t-shirts noirs manches longues avec moi, toujours (rires). Depuis tout petit en plus, ça passe avec tout. Je prends toujours des pièces sobres et simples, mais mon grand classique c’est le survêt’ du PSG quand même (rires).
PANTS : DICKIES
SNEAKERS : STELLA MCCARTNEY
“L’OURS QUI APPARAÎT SUR LA COVER A JOUÉ DANS LES KAÏRA ET BEELY DE JUL”
Tu as l’impression que les rappeurs sont aujourd’hui les meilleures égéries pour représenter les marques ?
Les marques ont également sauté sur l’occasion parce que le rap ne cesse de monter et de s’étendre. Si on était au fond du trou, je ne suis pas sûr qu’elles seraient venues nous chercher. Aujourd’hui, puisque le rap peut facilement s’associer à la mode et que la dynamique est bonne, tout va pour le mieux et ça va continuer je pense. Sinon, personnellement, j’aimerais particulièrement collaborer avec une marque de voiture. On a été déjà approché mais pour l’instant ça n’a rien donné. Un de ces jours j’espère que ça pourra se faire. Mon rêve ce serait Mercedes, j’y ai été formé et j’ai travaillé là-bas pendant quatre ans.
D’après toi, la culture hip hop continuera de dominer les tendances dans les années à venir ?
Ce n’est que le début, on est en train de passer un cap en France parce que tout le monde commence à accepter le rap et sa vision de la société. Il y a tellement de branches différentes que chacun peut y trouver son bonheur, avant c’était moins diversifié. Surtout qu’il reste tellement de choses à créer ou mettre en place… Je pense qu’on arrive à un nouvel âge d’or du rap.