Le regard artistique avisé de Sopico

Histoire

Alors qu’il nous parlait d’un projet mode avec North Hill lors de notre rencontre en 2017, le prolifique Sopico ne s’octroie aucune limite lorsqu’il s’agit de laisser parler sa créativité. On a discuté avec l’auteur de YË, son rapport aux vêtements techniques, de sa jeune expérience en tant que designer graphique et de ses projets à venir. 

La dernière fois que l’on s’est vu, c’était en 2017. Comment ça va ?

Très bien ! Plein de choses en cours, comme d’habitude. Je suis en train de préparer mes prochaines sorties, mon projet, tout va vraiment pour le mieux !

Est-ce que ça arrive bientôt ?

Sans avoir de date précise, ça arrive avant la fin de l’année 2019.

À cette époque là, tu me parlais d’un projet créatif mode à mi-chemin entre la marque et le merchandising. Comment ça s’est passé ?

On a fait plusieurs pièces en exemplaires ultra limités. J’ai fait un manteau et un long sleeve.North Hill s’est occupé de toute la fabrication. Le sleeve était très simple : blanc avec des patchs fluos. J’ai aussi fait une veste technique. C’était un genre de K-Way molleton à l’intérieur et l’extérieur a été conçu en néoprène. On retrouvait aussi un grand col qui prenait la forme d'une cagoule grâce à la capuche. Dans un vêtement, j’aime le fait qu’il y ait un aspect technique, pratique et qu'il se justifie esthétiquement.

J’ai une écriture très cinématographique et synesthésique : j’ai un rapport musique/couleur perpétuel. J’ai une écriture très cinématographique et synesthésique : j’ai un rapport musique/couleur perpétuel.

Tu me parles de North Hill. On a aussi évoqué lors de notre dernière rencontre Walk In Paris, Drone et ces marques que tu soutiens. T'es-tu depuis entouré de nouveaux labels ?

Les marques avec qui je bossais quand j’ai commencé le rap étaient des marques qui commençaient à se développer. Je les suis toujours à la trace. Depuis j’ai rencontré d’autres marques dont KidSuper. Il y a aussi Daily Paper que j’ai repéré il n’y a pas si longtemps et que je kiffe de ouf.

Et côté grandes marques ?

J’ai pas mal travaillé avec Reebok Classic que j’adore. Je suis aussi très intéressé par NikeLab et ACG. J’ai de plus en plus d’amour pour les marques qui reprennent l’esthétique des standards japonais, qui puisent dans le streetwear coréen. Stone Island est une marque de fou qui joue avec les matières et le minimalisme, tout en faisant des pièces hyper pointues.

Quels sont tes derniers coups de cœur ?

Une veste ACG que l’on peut porter de cinq ou six façons différentes. C’est une sorte de K-Way lightwear avec une cagoule intégrée et plein de poches, que l'on peut porter en perfecto. C’est un vêtement qui trouble l’œil. J’aime aussi Club 75, qui entoure beaucoup la scène électro parisienne. Je suis toujours à la recherche de la pièce originale.

"J’ai de plus en plus d’amour pour les marques qui reprennent l’esthétique des standards japonais et qui puisent dans le streetwear coréen."

Tu évoquais tout à l’heure le streetwear coréen. Suis-tu cette mouvance qui évolue constamment ?

J’aime beaucoup Ader Error. J’ai l’impression que la mode coréenne utilise des codes très américains et qu’elle les traduit mieux pour le gabarit asiatique. Ils sont très inspirés par l’architecture. Ils n’hésitent pas à jouer avec l'oversize. Ils déstructurent au maximum et l’assemblage des pièces joue tellement sur les proportions que cela change la forme des corps des gens qui les portent. J’aime par exemple beaucoup l’ADN de Juun.J et MAXXIJ.

Dans un autre genre, Heron Preston présentait son defilé parisien en janvier dernier. Qu’en as-tu pensé ?

Il a un aspect très old school/new school qui marche très bien. Il utilise l'esthétique des marins et certaines pièces me font penser à Helly Hansen, marque que j’adore alors qu’elle est d’abord réservée aux marins et aux travailleurs des plateformes pétrolières. J’aime aussi le fait que Heron reprenne le jaune et le orange, couleurs faites pour "indiquer sa présence » comme le font HH, The North Face, etc. Or ici, il y a un vrai parti pris style.

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La tendance des sangles et des lanières est très présente chez les marques. ALYX, Yohji Yamamoto et même Dior lors de son dernier show masculin. Qu’en penses-tu ?

À partir du moment où il y a des accroches et des sangles, on combine le vêtement comme on veut. C’est quand même un luxe de pouvoir s’imprégner de la pièce de cette façon et de la personnaliser. Je vais même te dire mieux, plus un vêtement tient ces caractéristiques, plus il prend de la valeur et ne se démode pas. Il peut-être constamment réactualisé.

Lorsque Dior présente ces pièces, c’est une manière de tendre la main vers le streetwear. Que penses-tu de cette relation entre le luxe et la culture urbaine ?

On a moins peur de mettre des pièces luxes sur des artistes qui représentent une culture très populaire. Ça ne peut être qu'une bonne chose si ça permet à ces gens de la culture populaire d’accéder à des postes dans la mode. Quand Travis Scott porte du Saint Laurent ou que A$AP porte du Dior ou du Prada, ils désacralisent ce truc très BCBG et très clivant de la haute-couture.

La dernière chaussure qui a attiré ton attention ?

Une Nike React Element 87. J’aime le fait qu’une partie de l’empeigne soit transparente. Ça permet de modifier la perception de la chaussure en fonction de la chaussette. Mais surtout, c’est très confortable et très léger.

Où puises-tu tes inspirations pour ton univers visuel et graphique ?

Ça vient souvent de la musique et de la manière dont je projette une image sur une instru. J’ai une écriture très cinématographique et synésthésique. J’ai un rapport musique/couleur perpétuel.
J’ai été très inspiré par J. Cole, Travis Scott, Sheck Wes, Joke, Angèle. Il y a un lien fort entre le stylisme et le son.

Tu sembles aller assez loin dans ton prolongement artistique et graphique puisque tu as même fait le design d’une bouteille Havana Club 7 ans.

Moi qui aime bosser les arts graphiques, c’était une super expérience. Les produits Havana ont une vraie histoire, relative à Cuba, son pays d’origine. J’ai voulu projeter mon univers sur la bouteille. Je voulais créer un contraste entre des couleurs très douces et pastels et du rhum distillé resté longtemps dans un fut dont l’esthétique est brute et terrienne. On retrouve donc sur l’étiquette le jaune, le rose et le bleu.

"Je voulais créér un contraste entre des couleurs très douces et pastels et du rhum distillé dont l’esthétique est brute et terrienne."

Pourquoi ces couleurs pastels pour ton projet initial d’ailleurs ?

C’est agréable à l’œil. Reprendre ces couleurs pour la bouteille HC7 était une manière de rappeler les codes couleurs de mon univers qui peut être doux comme plus sombre.

Tu as également fait un travail sur la typographie ?

Tout à fait. J’ai aussi fait du manuscrit. Ça me permet de faire un clin d’œil au street-art. J’admire des artistes comme Mr Brainwash, Rask ou Banksy, les bandits du graffiti. J’ai fait un lettrage vandal sur la bouteille en écrivant "Siete" en espagnol sur le 7 et j’ai transformé ma signature en graffiti. Il a plusieurs lectures sur l’étiquette. J’ai aussi dessiné une wave qui traverse les trois couleurs.

Sur quel autre genre d’objet aimerais-tu apporter ton regard ?

Mon rêve serait de faire le design d’un paquet de céréales ! Je ne sais pas pourquoi, je trouve ça vraiment beau. Je t’assure que lorsque je suis au supermarché, je bloque. (rires)

Quels sont tes projets à venir ?

Je fais beaucoup de musique tout en gardant mes yeux près du stylisme et de l’image. Je prépare mon projet, des clips et les premières sorties arriveront dans les deux mois qui viennent. Je travaille dans un cadre différent du passé, je suis beaucoup plus connecté aux instruments. Je reste producteur sur une grande partie du projet et il y a aura des collabs avec des artistes comme Croisade, Sam Tiba ou Vladimir Cauchemar.