Tom Sachs : “Mes films sont ce que les sneakers sont à la mode : une philosophie de vie”
À l’occasion d’une projection parisienne du film How to learn how to surf, réalisé par Tom Sachs en collaboration avec Hurley, nous nous sommes entretenus avec l’artiste pluridisciplinaire new-yorkais.
On se rencontre aujourd’hui car vous avez réalisé le film How to Learn how to Surf. Parlez-nous des prémices.
L’idée est née lorsque Pat Towersey et moi-même étions en train de surfer. Nous parlions d’une éventuelle collaboration pour combiner nos savoir-faire. J’ai un studio d’art et c’est un brillant ambassadeur du surf. Nous en avons rediscuter la seconde fois où nous avons surfé et nous nous sommes dit « faisons un voyage où on pourrait rassembler nos idées ». Nous avons fait environ 10 trips. Le film raconte le plus gros voyage mais nous en avons fait bien plus.
Comment avez-vous décidé du lieu ?
On voulait vraiment faire le film How to Learn how to Surf et on s’est demandé quel était le meilleur endroit. On s’est dit « pourquoi pas Waikiki ou même Biarritz » et puis on a finalement choisi stupidement le plus éloigné et le plus cher des endroits, et le plus compliqué d’accès ! (rires) Et je pense que cela a rendu le film bien meilleur, que ça valait le coup mais ça a complètement compliqué le processus !
Photo: Clément Chouleur @el_choubi
Quelle philosophie ressort de ce court-métrage et qu’espérez-vous que le public apprenne ?
On me pose souvent des questions sur mon public, pour qui fais-je vraiment de l’art ? En fait, je crois que je ne me préoccupe pas vraiment de ce qu’il en retient. Je suis plus intéressée par ce qui me concerne et ma team. Un prof d’anglais m’a dit un jour « tu devrais écrire comme si tu écrivais à toi-même il y a deux mois en arrière » Tu ne connais pas le sujet, tu ne le survoles pas, tu ne vas pas non plus en profondeur mais tu le regardes juste sous un autre angle. C’est très important. Richard, un homme de confiance qui a dit ça. Je pense dans un sens que nous avions besoin de ce film et au passage, quand je dis « moi » ou « nous », je parle de moi, de mon studio, de ma team ce qui vous inclut vous et tous vos lecteurs car nous travaillons dans un même univers. Je voulais surtout apprendre à moi-même comment apprécier cette expérience et pointer du doigt à quel point le surf peut-être compliqué ou frustrant. Et quand je parle « d’apprécier », je veux dire par là que ce qui est facile à faire s’apprécie souvent plus que les épreuves difficiles. Finalement c’est une manière de tourner la chose en heureuse découverte.
Photo: Cecilia Thibier @ceciliaphotographie
Comment avez-vous collaboré avec la marque Hurley ? Elle a notamment conçue une collection spécialement pour ce film.
Nous sommes une équipe de sportifs professionnelle avec des surfeurs non professionnels et le co-capitaine (ndlr : Pat Towersey) fait évidemment grimper le niveau de cette équipe puisque c’est son domaine. Hurley tout comme Nike font leurs produits performants avec des spécificités ahurissantes pour les meilleurs athlètes au monde. Nous sommes des athlètes donc ils nous ont fait les meilleurs produits. Par exemple les Phantom shorts Hurley sont excellents, super stretch et parfaits pour une planche. De plus, cette collaboration nous a permis de nous connecter tous ensemble et de former une équipe de dingue.
Photo: Cecilia Thibier @ceciliaphotographie
À propos de collaborations, vous avez pris une place importante dans le monde de la mode streetwear mais vous êtes tiraillés par la société de consommation. Les gens sont prêts à tout pour mettre la main sur votre travail que l’on parle d’une sneaker, d’un accessoire ou d’un vêtement. Comment vous sentez-vous face à cela ?
Et bien disons que je suis vraiment flatté et étonné dans un sens que les gens s’intéressent autant à ce que nous faisons mais c’est important de se rappeler que tout ce que nous faisons, c’est uniquement et spécialement conçu pour notre équipe. Et comme je le disais précédemment, mon équipe vous inclut également. De plus, les films comme How to learn how to surf et j’encourage les gens à regarder Ten bullets, COLOR ou encore Love Letter to Plywood car ils sont un peu comme l’équivalent des sneakers face à la mode, dans le sens où ils représentent une philosophie de vie. De plus, il ne vous en coutera rien de regarder ces films.
Vous expliquez souvent à quel point c’est important de persister dans tout ce que l’on entreprend mais vous semblez aussi toujours garder beaucoup de second degré. D’où viennent ces valeurs ?
Le focus numéro 1 du studio est la sculpture. Je fais des sculptures, et en sculpture, pour citer Marcel Duchamp, tout ne se joue pas à l’instant. C’est le fruit d’une longue maturation, et c’est sa citation, mais j’ajouterais… beaucoup d’heures de travail après. Alors pour faire une sculpture, cela part d’une idée simple mais cela coûte aussi beaucoup d’argent et de temps, de doigts sanglants etc… Surfer c’est la même chose, oui je veux rider la vague de telle ou telle façon, mais il faut des décennies pour vraiment comprendre comment faire et maîtriser la technique. Je pense donc que ça vient vraiment de la sculpture pour moi parce que vous savez, Pat il se réveille à 5h du matin, peu importe où il est parce qu’il a l’habitude de cirer sa planche, et moi de sculpter avec mes mains et créer des objets fastidieux. C’est pour ça qu’on se comprend dans notre façon de travailler.