Ode à la liberté de penser et de créer, la marque anglaise You Must Create s’est toujours jouée des diktats de l’industrie de la mode depuis plus de 20 ans. Fraser Moss, l’un des deux fondateurs, nous raconte comment la musique et son amour des belles matières et des belles coupes se sont combinées pour faire naître une marque unique.
Le nom de la marque s’inspire de la phrase « You must create your own style » prononcée par le designer industriel Raymond Loewy. Cette citation vous a-t-elle parue comme une évidence ?
Cette phrase était une douce mélodie à mes oreilles dans les années 90, j’étais de plus en plus désabusé par la mode et par la manière dont les médias nous dictaient notre manière de nous habiller (et c’est d’ailleurs toujours le cas). J’ai eu le sentiment qu’il était temps que les gens pensent par eux-même, et cette phrase est devenue notre appel aux armes.
Quel a été votre parcours avant la fondation de la marque ?
Ma passion des vêtements est venue de la musique, mais grandir au Pays de Galle n’offre pas beaucoup d’opportunités, j’ai donc déménagé à Londres à la fin de mon adolescence. J’ai commencé par travailler pour Vivienne Westwood, chez qui j’ai appris tellement de choses qu’en 1991 j’étais prêt à lancer ma propre marque, Professor Head. Je me suis inspiré de la Génération X et des branleurs de cette époque que j’ai mélangé à la contre-culture des années 70. Mais malheureusement nous vivions un peu trop intensément et nous avons fini par imploser. C’est comme ça que je suis devenu un créateur autodidacte prêt pour YMC.
Votre originalité était-elle un atout dans les années 90 ? D’après vous, comment vous démarquez-vous dans le monde de la mode aujourd’hui ?
Nous étions originaux seulement dans la mesure où nous étions l’antithèse de tout ce qui se passait dans la mode à cette époque. Nous avons puisé notre inspiration dans les vêtements de travail, les uniformes, la jeunesse et y avons ajouté une touche britannique. C’est ce qui nous a rendu unique et nous a permis de nous démarquer.
Il y a près de 20 ans, votre première collection était très épurée et se distinguait totalement de la mode des 90’s. Etiez-vous désintéressés par la tendance baggy ?
En 1995 le streetwear était dominé par la scène skate et hip-hop américaine, les plus grosses marques ne juraient que par les logos et les grands designers (Margiela, Dries etc) étaient très élitistes. Nous nous sentions emprisonnés et nous avons réagi en conséquence.
Vous revendiquez la musique comme une source d’inspiration, quels courants musicaux ?
N’importe qui ayant grandit dans l’Angleterre post 1962 aura été touché par la culture de la jeunesse qui est intrinsèquement lié à musique. Mon amour de la mode découle de cela. Comment ne pas être inspiré par David Bowie à Top Of the Pops lorsqu’on est gamin, puis assister à l’arrivée du Punk, c’était tellement enivrant. Ces scènes de la fin du 20ème siècle m’ont nourri et m’ont aidé à créer YMC. Je collectionne aussi les vinyles depuis mes 8 ans, donc vous pouvez imaginer l’ampleur de ma collection. À mon avis, il n’y a que 2 types de musique, la bonne et la mauvaise. Par conséquent, mes goûts sont très éclectiques : de la synthpop européenne du début des années 80 au funk éthiopien, rien n’est ignoré.
Cela vous intéresserait-il de faire une collaboration avec une marque de streetwear ?
En temps que marque nous aimons les collaborations, mais elles doivent se faire pour de bonnes raisons, pas juste dans un but publicitaire ou commercial. J’aime l’idée que chacune des parties amène sa contribution et qu’il y ait un respect mutuel. Nous serions absolument ouverts à l’idée de travailler avec une marque de streetwear, à condition qu’ils aient une dynamique similaire à la notre, mais ce ne serait pas juste de citer un nom.
Pensez-vous ouvrir un shop en Europe ?
Oui, nous en avons discuté. Nous aimons tous Paris et nous y avons beaucoup d’amis, ce sera donc une évolution naturelle dans le futur.