Youv Dee : génération Lil Wayne
À seulement 22 ans, Youv Dee, repéré au sein de son groupe l’Ordre du Périph, évolue également en solo dans un style qui lui ait propre. Un hip-hop imbibé aux psychotropes et une dégaine qui s’inscrit largement dans la nouvelle vague des bébés Young Thug (comme il aime ainsi les nommer) mais cette fois-ci, version frenchie. Rencontre.
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Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, qui es-tu et qu’est-ce qui te caractérise ?
Je m’appelle Youv Dee, je viens d’avoir 22ans. Je dirais que je suis le seul à faire ce que je fais pour l’instant en France. C’est quand même un atout, après je ne vais pas me jeter des fleurs mais je me décrirais comme ça. Je parle de ma musique, de mon style, ce sont des points sur lesquels je suis pointilleux. Je regarde beaucoup ce qui se fait aux states. Je pense que ça a joué au fait que ce soit aussi différent de ce que les gens sortent en ce moment.
Côté style tu fais effectivement partie des rares artistes rap qui osent l’extravagance en France.
Je suis d’accord, les gens n’osent pas encore… On dit que j’ai tendance à trop me prendre pour un ricain mais au final, il y a beaucoup de gens dans ce délire ! C’est juste qu’en France, les gens essayent de rester dans des critères de style assez précis. Ils redoutent qu’on ait l’impression qu’ils appartiennent à une autre communauté. Comme moi, on dit que je suis un bobo alors que je suis issu d’un quartier de banlieue. J’ai juste vu les choses différemment et j’aime bien acheter des sapes chères, c’est tout.
Tu as grandi dans le 95. Peux-tu nous parler de ta vie là-bas ?
Une vie normale, dans une ville avec des quartiers et une certaine mixité. Paris, c’est à plus grande échelle et si tu veux te lancer dans des projets, c’est évidemment plus simple d’être dans la capitale.
Ça fait combien de temps que tu t’es teint les cheveux ?
C’était à la fin du lycée, je devais avoir 17 ou 18ans, quand les darons ne pouvaient plus dire grand-chose, j’ai décoloré, je me suis fait blond et ça a commencé comme ça !
C’était avant ou après Lil Yachty ?
Ouais, je pense qu’il n’était pas encore très connu et moi-même je faisais du rap mais je n’avais pas encore de notoriété. Après si ça se trouve il avait déjà cette coupe ! Mais dans mes souvenirs j’avais des tresses avant lui tout comme mon petit piercing que j’ai eu avant beaucoup ! (rires)
Qui sont les artistes qui ont un look vraiment élaboré en ce moment selon toi ?
Je dirais Lil Uzi Vert. Après il faut dissocier ceux qui ont vraiment du style et ceux qui suivent le tout. Rich The Kid, A$AP Rocky aussi. Ils touchent tellement une grosse communauté qu’ils peuvent très facilement lancer une tendance.
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À quel moment de ta vie as-tu commencé à donner une véritable importance à tes outfits ?
Je pense que je l’ai toujours donné à cause de mes parents, eux-mêmes étaient comme ça. Mon père a toujours eu 70 paires de chaussures, il achetait même des paires en se disant qu’il pourrait la mettre l’année d’après. J’ai juste fait pareil qu’eux. De toute façon je n’avais pas le droit de sortir en ayant une dégaine chelou, il fallait être un minimum propre sur soi. C’est une chose que j’ai gardée.
Est-ce que le fait de rencontrer les membres de l’Ordre du Periph (Assy, Swan et Ars’n) et de te plonger dans la musique a contribué à entretenir cet amour pour le style ?
Je ne pense pas que ça ait contribué à cet amour pour le style car c’est quelque chose qu’on avait de base, avant même qu’on se lance dans le rap. Forcément on fait partie de cette génération internet qui passe du temps sur Instagram. On était au début de tout ça, on essayait de voir ce qu’il se passait dans d’autres pays. Avant même que ce soit à la mode d’être à la mode. Avant qu’il y ait les rééditions Nike des 96, 97, 98, on avait déjà les paires car on s’y intéressait déjà. On regardait ce qu’il se passait. Limite, on s’est détaché avec le temps car aujourd’hui c’est commun de s’intéresser aux sneakers. Tout le monde veut des nouvelles paires juste pour la foutre sur Instagram.
Qu’est ce qui a fait que tu t’es lancé en solo en décembre 2017 ?
C’était très logique j’ai toujours su que j’allais faire une mixtape solo et de toute façon tout le monde dans le groupe le fait. C’était très naturel et je bossais dessus depuis un moment, il était temps que je la sorte.
Parle-nous de « Gear 2 ».
C’est un peu ma première carte de visite. En groupe, tu n’as pas la place de pouvoir montrer ce que tu peux faire. C’est aussi une manière aussi de se donner l’opportunité de proposer un contenu varié. Les gens aiment bien voir ce que tu peux proposer en solo, si tu as les épaules pour la suite ou si tu vas t’enfermer dans un seul registre. Je voulais aussi savoir si j’en étais capable, moi qui fais du son depuis 3 ans, je voulais savoir si j’étais légitime et je suis plutôt content.
Y’a t-il des marques que certains membres de l’Ordre du Periph portent et que tu ne pourrais jamais envisager ?
En vrai il y a beaucoup de marques que je ne porte pas trop. Ce n’est pas par rapport à eux mais par exemple du Sergio Tacchini. En vérité, je ne suis pas trop difficile c’est juste que je me dirige vers un certain type de marques. J’aime bien Gucci, Fendi. Je portais pas mal de Bape aussi mais ça fait partie des marques que j’apprécie moins car tout le monde commence à en porter, notamment depuis qu’ils ont ouvert le Bape Store à Paris. Après il y a plein de petites marques comme Benibla qui font du bon boulot.
Qu’en est-il des sneakers ?
Côté sneakers je suis vraiment pro Nike. Là j’ai des Gucci mais j’ai du mal avec adidas par exemple. Si je dois m’écarter de Nike, je tends vers les marques de luxe.
Tes inspirations s’élargissent-elles du rock au rap ? (dans la musique comme dans la mode)
Forcément j’ai moins baigné dans la culture musicale du rock que celle du rap mais elle était quand même présente. Au collège tout le monde écoutait des trucs différents. Entre 2000 et 2010 la musique était un peu en perdition. J’ai écouté AC/DC, U2. Et comme j’étais beaucoup dans les mangas qui étaient très liés au rock côté attitude, j’ai fait un mix des deux. Dans l’énergie, le rap, c’est le rock d’aujourd’hui.
Tu fais partie de ceux qui osent porter du camo bape avec un pantalon tartan grunge. La question serait donc : quelles pièces et imprimés ne pourrais–tu pas associer du tout ?
J ‘allais dire à part un costard et une paire de Raf Simons mais même ça, ça peut être stylé. (rires) Je sais pas, je dirais des Crocs, peu importe le pantalon ou l’outfit. Franchement c’est un peu cheum, ça me dérange. Les Crocs, les ballerines, les Birkenstock, ce genre de trucs. Après c’est plus féminin que masculin mais dans l’ensemble les mecs peuvent se permettre beaucoup de choses.
Le son le plus improbable que l’on peut trouver dans ta playlist ?
Tuyo de Rodrigo Amarante. Le gars qui a fait le générique de Narcos, ça c’est le genre de titre qui passent entre deux sons de rap. Sinon j’ai du Metallica ça peut déranger, j’essaye de switcher vite avant que les gens comprennent.
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Il paraît que tu as été bercé au Lil Wayne et bien d’autres, c’est vrai ?
Ouais, mon père il a 20ans de plus que moi du coup quand je suis né, il écoutait que du Tupac etc. Dans la suite logique, il y a eu DJ Khaled, Drake mais Lil Wayne avec ses grosses dreads, ses tatouages, c’était chaud. J’avais même des pulls à son effigie, j’étais trop choqué. Je pense même que si je n’avais pas kiffé autant Lil Wayne, je ne serais pas comme ça aujourd’hui. C’est pour ça que je kiffe autant Young Thug, c’est le Lil Wayne 2.0 et toute la vague d’aujourd’hui sont des bébés Young Thug. C’est un peu l’héritage de ce gars-là qu’on a tous aujourd’hui.
Quels sont tes liens avec la 75ème session ?
C’est le premier studio où j’ai été et qui m’a fait confiance. J’ai pu vraiment bosser là-bas. C’est la famille, ils nous ont appris beaucoup de choses et ils nous ont bien aidé. Force à Sheldon.
Tu écoutes qui dans le rap français ?
Vu qu’ils viennent de sortir leur projet je dirais 13 Block. J’aime bien Cinco sinon j’écoute mes gars, mon son, Sirap, Zidi. Les sons de l’Ordre du Periph sur lesquels je ne pose pas aussi. Sinon pas grand-chose en rap français, j’essaye de ne pas trop en écouter, c’est pas très inspirant et assez restreint.
Quels sont tes projets à venir ?
Le projet de L’Ordre du Periph qui va arriver cette année. Je bosse quelques surprises mais je ne peux pas trop en parler et sinon je bosse sur un autre projet solo mais je n’ai pas prévu de date encore, c’est un peu tôt. Je me dis qu’il ne faut pas en donner trop vite aussi donc je me force à attendre.
Où est ton plus gros public ?
Je dirais Paris vu que je suis de Paris mais il y a des villes comme Rennes, Nantes, Bordeaux, Lyon, Bruxelles, Genève. Il y a du monde qui me soutient.
On t’a croisé à la Trap house de Benibla il n’y a pas très longtemps, on peut te croiser où à Paris en règle générale ?
Je ne bouge pas beaucoup, si on veut me croiser c’est à République, vers Saint Honoré, chez Benibla c’est les potos, sinon au Printemps, aux Galeries… Les endroits comme ça. Généralement je ne sors pas beaucoup donc si je sors c’est pour faire quelque-chose d’utile comme du shopping.
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