Aloïse Sauvage : fougue à l’âme
Même assise sur un tabouret, l’artiste Aloïse Sauvage ne tient pas en place. Son corps l’appelle à changer de positions mille fois. À fond à force d’être sur tous les fronts, l’actrice, chanteuse, danseuse et circassienne fait sensation dans tout ce qu’elle entreprend.
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Le public a pu te découvrir à travers le cirque contemporain, la danse, le cinéma, et maintenant la musique. Comment vis-tu ce quotidien de touche-à-tout ?
Je le vis bien car je l’ai désiré ! C’est en quelque sorte un choix de ne pas réussir à choisir. C’est juste que ça demande une organisation et une rigueur au quotidien assez soutenues. J’ai envie d’être entre guillemets excellente dans tout ce que je fais, d’aller au bout de chaque envie. Tu multiplies ça par le nombre de domaines dans lesquels j’évolue. C’est un peu épuisant et assez stressant parfois mais l’équilibre dans la balance se fait bien donc je pense que pour le pourcentage de choses magnifiques qui m’arrivent, le stress et les insomnies se gèrent.
Tu n’étais que peu prédestinée au monde artistique. Tu envisageais même de devenir prof de lettres modernes, quel a été ton déclic pour changer de voie ?
C’est toujours délicat de se rappeler précisément des éléments déclencheurs. Je dirais juste que c’est une histoire banale d’une jeune fille qui est passionnée par plein de trucs artistiques, qui en fait beaucoup depuis qu’elle est jeune à fond après les cours et ça ne l’a pas empêchée d’avoir une très bonne scolarité. J’aime apprendre, j’ai aimé l’école mais je me suis dit à un moment que si je ne le faisais pas maintenant, physiquement ça n’aurait plus été possible. En l’occurrence je parle de la danse ou de l’aspect plus scénique, certainement moins dans la musique ou dans le cinéma. Mais du coup, je me suis dit qu’il fallait vraiment essayer à ce moment-là.
À quel âge as-tu commencé la danse ?
J’ai commencé le hip-hop vers mes 12 ans. J’ai dû faire une année en CM1 et le break est arrivé au collège.
Et le cirque contemporain ?
Le cirque c’est moins une technique qu’un espace pour moi. C’est à dire que le cirque m’a permis de continuer à faire tout ce que je faisais et ça s’est enveloppé dans ce monde qu’est le cirque contemporain. Je n’ai pas changé de technique, je suis arrivée avec ma danse, mes envies corporelles, mes envies théâtrales puis je me suis insérée là-dedans. Au cirque contemporain, ce que je faisais, on appelle ça de l’accro-danse mais finalement c’est très personnel et propre à chacun. Moi c’est mon break dance à moi mêlé à de l’acrobatie au sol.
En ce moment tu es sur la scène de 5èmes Hurlants avec la scénographe et chorégraphe Raphaelle Boitel. Parle-nous de ce spectacle.
C’est donc un spectacle de cirque contemporain. Raphaelle Boitel a monté sa compagnie L’oublié(e) il y a 4 ou 5 ans et je bosse avec elle depuis le début de sa compagnie et avant, elle bossait avec James Thierrée. Ils ont tourné pendant 10 ans à travers le monde. Dans 5èmes Hurlants nous sommes cinq sur scène, de nationalités différentes et on vient tous de l’académie Fratellini. Ce spectacle est sans dramaturgie précise comme un spectacle de théâtre mais c’est une succession d’images et de tableaux qui réfèrent à une même thématique. Très basiquement on essaye de parler du cirque, de la persévérance qu’il faut avoir. Il y a donc des tentatives, des échecs, de la réussite, et de l’entraide.
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Comment es-tu arrivée sur le tournage de 120 battements par minute ?
Ils ont fait un énorme casting pour ce film, moi je n’ai pas été castée à cette étape-là. À la base, mon rôle, je crois que c’était un transsexuel qu’ils n’ont certainement pas trouvé et mon agent aimait vraiment beaucoup le travail de Robin Campillo. C’est elle qui m’a fait découvrir Eastern Boys. J’ai dû faire une vidéo que j’ai faite à fond de manière assez rigolote. Elle a un peu tournée dans le monde des directeurs de casting et elle s’est retrouvée devant les directrices de casting de ce film.
Que faisais-tu sur cette vidéo ?
Je me présentais, j’étais en Hollande, il pleuvait, j’étais dans une caravane. J’étais allée voir des potes jouer et je coupais très vite, j’avais l’impression d’être une youtubeuse (rires). Du coup je me changeais, je m’attachais les cheveux et en me présentant, je faisais des petites blagues parce que j’aime bien les blagues !
Est-ce que tu te doutais que ce film ferait l’unanimité à ce point ?
C’est difficile d’anticiper ça, ce serait mentir que de te dire oui. Néanmoins tu sais que ça va être bien parce que tu fais confiance au réalisateur. Avec les images et le travail qu’il a fait auparavant, tu sais qu’il y a une intelligence et une vision esthétique et artistique hyper intéressante. Après je sais que le premier jour de répétition tous ensemble, j’ai senti qu’il allait se passer un truc. On était tous dans un amphithéâtre et c’est tellement rattaché à l’histoire personnelle du réalisateur, des co-scénaristes et des producteurs qu’il y avait un truc fiction/devoir de mémoire qui était très émouvant. C’était très beau aussi car il y avait beaucoup de non acteurs et jeunes acteurs et j’en fais partie. Il n’y avait qu’ Adèle Haenel qui est vraiment dans le game du cinéma. Sinon c’était beau de naître presque tous ensemble en valorisant cette communauté.
C’est un film coup de poing, bouleversant, où l’on se rend compte combien la vie d’activiste est éprouvante. Est-ce une vie que tu aurais pu mener ?
Je pense que t’es affecté par quelque chose qui touche au vital, tu n’as pas d’autres choix que de soit te laisser mourir soit de transformer cette tache noire qui t’envahit psychologiquement et physiquement par une rage de vivre. Je ne peux pas me mettre à leurs places mais je crois que tu n’y réfléchis même pas. Ce qui est clair, c’est que ce film montre le pouvoir de l’engagement et du collectif, ça donne foi aux groupes et ça me parle.
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Peux-tu aussi nous parler du tournage des Fauves ?
On a tourné cet automne et ce film, c’est signé Vincent Mariette qui a tourné Tristesse Club. Le rôle principal revient à Lily Rose Depp. Il y a également Laurent Lafitte, Baya Kasmi, Camille Cotin, Yoann Zimmer et deux autres jeunes acteurs. C’est une sorte de thriller psychologique qui se passe en Dordogne dans un camping. Laura (Lily Rose) passe des vacances en famille avec sa cousine (mon rôle). Dans ce camping, il y a des rumeurs de félin qui rode avec un décès l’an passé jamais élucidé. Parallèlement, Laura va être attirée par un écrivain qu’elle affectionne et elle va se rendre compte qu’il fait peut-être un peu vivre la rumeur. Il y a donc tout un truc autour de ce qui est réel et ce qui est fantasmé.
C’était chouette à tourner ?
Hyper cool, très différent de 120 battements par minute ou de Mal de Pierre avec Marion Cotillard mais super enrichissant. J’avais un second rôle donc j’avais plus de place pour jouer plus de texte et je suis heureuse dès que j’ai plus de place pour m’exprimer. C’était un personnage qui ne me ressemble pas du tout de base donc c’était marrant. C’était super de jouer avec Lily Rose, c’est une fille très talentueuse. Je lui souhaite beaucoup de succès.
Tu t’es lancée dans le projet d’un EP avec Abraham Diallo qui doit sortir au printemps. Tu as déjà sorti les titres Ailleurs Higher et Aphone. Peux-tu nous en dire plus ?
En fait je suis en réflexion sur le fait de sortir ou non un EP car je n’avais pas anticipé tout ça. J’ai fait quatre titres dont les deux qui sont déjà sortis. Ils méritent d’exister, j’en suis fière mais ils ont tellement été faits dans un truc instinctif, pas vraiment réfléchi avec cohérence. Du coup, je réfléchis à sortir quelque chose plus tard et pensé comme un vrai projet. Je vais donc peut-être sortir les deux derniers titres avec les clips comme j’avais prévu. Tu es la première personne à qui je dis ça mais il y a des chances pour que ça se passe comme ça. Si je sors cet EP, ça fait partie d’une discographie donc j’ai encore besoin d’expérimenter, je trouve que c’est encore un peu jeune.
Est-ce que tu peux revenir sur les clips avec Zenzel ?
J’ai envie que le prochain titre se fasse avec lui car on a commencé tous les deux. Zenzel, c’est son nom d’artiste mais il s’appelle Vincent Giannesini, c’est mon meilleur pote dans la vie. Il est autodidacte, il a appris tout seul la photo et la vidéo et on évolue ensemble. Les clips, on les réalise et on les produit tous les deux et puis après comme Aphone, je fais appel à des amis qui me sont chers ou comme pour celui qui sort en février. Le concernant, ce sont ses premiers clips musicaux et il a des demandes donc c’est cool si ça l’aide aussi, j’aime cette notion d’équipe.
Tu as plusieurs fois déclaré que tu rêvais de monter un spectacle. Quel en serait le sujet ?
En fait, on est en train d’en monter un avec une amie. C’est un spectacle de cirque contemporain, et ça nous permet d’y fourrer un peu tout ce que l’on aime dedans. C’est une bonne question mais ça s’appellera surement Braves et traitera de la liberté de s’assumer, d’être soi, de la question du genre, de la prise d’action, de la prise de parole et l’acceptation.
Tu es souvent associée à des artistes hors catégorie comme Eddy de Pretto, qui mêlent de nombreuses inspirations et qui appuient sur l’importance de l’écriture. Qu’est ce que tu en penses ?
J’en pense du bien après c’est drôle parce que, sans que l’on puisse vraiment nous ranger dans une case, on nous met quand même dans une case. C’est pas négatif mais je me rends compte qu’on nous associe tous un peu, cette nouvelle vague de jeunes qui ont ce rapport à l’écriture lié à l’énergie hip-hop tout en gardant un attachement à la chanson française ou à la pop et l’électro. Et finalement on est assez différent mais on nous associe dans quelque chose de non genré, non codifié, mais bon ça me va qu’on m’associe à Eddy. C’est un artiste que j’estime et j’ai l’impression que c’est peut-être un premier pas pour qu’on arrête d’associer. On va peut-être franchir un autre cap et qu’on cloisonnera moins les définitions.
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Le hip-hop et le rap sont des milieux que tu touches de près. Qu’est-ce que tu écoutes ?
Oui j’écoute beaucoup de rap, tout ce qui sort. J’aime bien la liberté dans le rap même si parfois je trouve ça un peu léger au niveau paroles. Je n’aime pas trop quand c’est violent car ça a beau être du second degrés, c’est quand même écouté par des millions de jeunes filles et jeunes garçons et parfois ça peut donner lieu à des réflexions homophobes ou sexistes que je n’accepte pas. Sinon pour répondre à ta question, je suis de la génération zapping et souvent je me perds dans les abysses des playlists et j’adore ça. J’ai écouté le dernier album d’Orelsan, avant j’écoutais beaucoup Disiz La Peste, Diam’s, Sniper, Oxmo Puccino, j’aime bien écouter La Fouine, j’assume. Et je suis très curieuse aussi d’écouter les Niska, Ninho, PNL. Je ne suis pas totalement d’accord mais il y a un truc intéressant dans le sens où on a le sentiment qu’ils ne se prennent pas trop la tête. Sinon j’écoute aussi Ibeyi et je vais faire leur première partie.
Tu portes actuellement un half zip Walk In Paris et on t’a vu dans leur vidéo de campagne… Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Oui, nous sommes amis ! J’ai connu Gary grâce à Léo. En fait c’est marrant car parfois il y a des gens avec qui tu es liée sans le savoir et avec Léo, on avait vraiment des connaissances communes. Je crois que la personne qui me parlait souvent de lui était Marion Motin. Elle nous disait qu’on était un peu frère et sœur sans le savoir. Un jour, il a monté un projet de danse qui s’appelait La marche bleue auquel j’ai participé et on est devenu amis.
Quel est ton rapport avec la mode ?
J’adore qu’on m’habille mais je ne fais pas l’effort… J’aime trop piquer les fringues de mes potes stylés mais c’est vrai que personnellement, je ne fais pas beaucoup attention à moi au quotidien. J’aime le faire pour des photos, des vidéos ou pour des évènements comme le festival de Cannes qu’on a fait récemment. Sinon en général, j’enfile un pull et je vais m’entrainer.
Est-ce que tu portes un intérêt aux sneakers ?
Je suis Air Max, je suis un peu une Nike addict. Avec la danse, on a souvent un rapport étroit avec la sneaker, on cherche la paire avec laquelle on est à l’aise pour danser. Dans le break, il y a eu une grosse phase Puma Suede, moi je portais plutôt des Vans, j’avais envie d’avoir des petits pieds je pense. Maintenant je suis plus Air Max car elles sont à la fois street et elle passe aussi très bien avec une tenue soignée.
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