Fondée par le virevoltant Tyler, the Creator en 2011 et basée à Los Angeles, la griffe Golf Wang s’est étoffée au fil des années. Notamment grâce au savoir-faire de Phil Toselli, son associé qui donne vie aux idées de l’artiste. Après plusieurs collaborations avec Vans, qui reprenaient notamment la fantaisie du collectif Odd Future, la marque californienne s’est tournée vers Converse pour proposer les parenthèses colorées « Golf le Fleur » . À l’image de cette alliance, les collections Golf Wang reposent sur une esthétique bariolée et une revendication no gender de plus en plus affirmée. Rencontre avec Phil, créateur de LA qui suit le projet depuis ses débuts.
Peux-tu revenir sur ton parcours ?
Phil Toselli : J’ai grandi à Los Angeles et j’ai découvert le skateboard très tôt. À cette époque, c’était une échappatoire pour les marginaux qui n’aimaient pas les sports d’équipe et la musique pop. Mes parents ont divorcé et avec mon frère nous avons dû nous débrouiller seuls. La plupart de nos amis étaient dans la même situation. Le skate, le punk rock et le hip-hop nous ont montré que le DIY (« Do It Yourself » ) était le moyen de faire les choses comme nous le souhaitions. J’ai appris à ne jamais grandir (à la manière de Peter Pan) et après une intense recherche pour trouver un parcours de vie, j’ai finalement réussi à payer mes factures grâce à l’art et au design. J’ai obtenu un emploi de rêve en concevant chez Vans Shoes de 2004 à 2011, ce qui m’a permis de voyager et de rencontrer beaucoup de gens formidables. Mais en raison de conflits j’ai été renvoyé. J’étais dévasté. Certaines personnes peuvent être sans pitié, mais heureusement j’ai rencontré Tyler, the Creator grâce à la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. Cet échec s’est rapidement transformé en succès et a ouvert mon champ des possibles.
Golf Wang a été créé en 2011. Quelle est la genèse du projet ?
Phil Toselli : Tyler a créé Odd Future lorsqu’il était très jeune pour échapper aux pièges de la vie. Il a inclus un groupe d’amis dans ce projet, mais a commencé à comprendre qu’il souhaitait que Golf Wang soit son projet personnel, dans lequel il pourrait créer son propre monde sans compromis. Je participais au projet de Odd Future et je me suis par la suite focalisé sur la conception de Golf Wang.
Comment travaillez-vous ensemble aujourd’hui ?
Phil Toselli : Je concevais énormément de chapeaux, de chemises, de chaussettes, etc, en interprétant toutes ses idées. On fonctionne à peu près de la même manière maintenant, mais nous avons un peu plus d’aide et un peu plus de temps pour développer nos idées.
Pourquoi est-ce si important pour toi de t’exprimer artistiquement à travers la mode ?
Phil Toselli : Ma grand-mère m’a appris à coudre quand j’étais enfant. J’étais fasciné par sa capacité à faire des choses à partir de rien. Au lycée, j’avais l’habitude de retravailler mes pantalons et de créer mes propres motifs pour avoir des vêtements que personne d’autre ne pouvait se procurer. C’était important de me démarquer.
Que penses-tu de l’éclectisme qui touche le monde de la mode en ce moment ?
Phil Toselli : La mode est sans fin. Les tendances vont et viennent, mais il y a toujours de la place pour expérimenter et améliorer les idées.
Après huit ans de création, quelles sont tes inspirations aujourd’hui ?
Phil Toselli : Steve Rocco et sa société World Industries ont été ma principale source d’inspiration au début des années 90. De nos jours, la surcharge d’informations est telle que ma plus grande source d’inspiration vient lorsque je ne suis pas devant un ordinateur ou en train de regarder mon téléphone de façon obsessionnelle. J’adore voyager sans réception téléphonique. Cela réveille les parties endormies de mon cerveau et je suis inondé d’idées.
Qu’est-ce qui te plaît dans l’esthétique sportive du golf ?
Phil Toselli : Le golfeur John Daly, tout simplement. Il en est le parfait symbole.
Et que représentent les fleurs ? Elles font partie intégrante de l’esthétique de Golf Wang.
Phil Toselli : Semence, croissance, beauté, mort : le cycle de la vie.
Peux-tu me raconter l’histoire entre Converse et Golf ?
Phil Toselli : Je ne connais pas précisément les dessous de l’histoire mais tout a surtout été une question de feeling. Converse était prêt à faire confiance à la vision de Tyler et à lui donner la plate-forme et les ressources nécessaires pour la concrétiser.
Avec quelles autres marques aimeriez-vous collaborer ?
Phil Toselli : Je dirais Patagonia, Porsche, Nike, adidas, Burt’s Bees et JBL Audio.
Quel est le public de Golf Wang actuellement ?
Phil Toselli : Un grand nombre de fans de longue date qui font la queue et suivent les sorties de manière obsessionnelle (merci pour ça), et le public devient progressivement plus large et plus âgé. Ma mère me demande parfois des trucs (rires) !
Dans un futur proche, qui aimerais-tu toucher avec Golf grâce à ta direction artistique et les prochaines collections ?
Phil Toselli : Les gens soucieux de la défense des ressources naturelles, ceux qui respectent et protègent notre planète, ceux qui sont bons envers les humains et les animaux, ceux qui apprennent à utiliser leurs neurones… Les bonnes personnes.
Que défend Golf au travers de collections no gender ?
Phil Toselli : Une seule chose : s’habiller comme on le souhaite.
Pensais-tu en arriver là quand la marque s’est lancée en 2011 ?
Phil Toselli : Je n’aurais jamais imaginé que nous nous retrouverions là, mais en même temps, je ne suis pas du tout surpris. Tyler est un vrai avant-gardiste.
Jusqu’ici il y a un seul shop Golf Wang à Los Angeles. L’ouverture d’une boutique est-elle prévue ?
Phil Toselli : Il faut demander à Tyler…