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Jay Prince au pays des merveilles et des doutes

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Jay Prince au pays des merveilles et des doutes

Posté par Mélodie Raymond - 23 août 2019

Il va falloir s’y faire : le Royaume-Uni grouille de talents. Jay Prince est l’un d’entre eux. Des projets qui chamboulent sous le plexus, un sens du rythme inné, l’homme de 25 ans originaire d’East London transforme en or tout ce qu’il touche. Avec son dernier projet Wonder, il prouve encore une fois qu’il mérite toute notre attention. Rencontre.

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Après neuf projets entre 2013 et 2019, quel bilan fais-tu sur ton évolution musicale et quels sont les points qui t’ont permis d’avancer ?
La première chose, c’est la façon dont j’ai grandi depuis que j’ai commencé la musique sur les bancs de l’école. Lorsque j’ai terminé les cours, j’ai directement commencé à travailler puis je me suis rendu compte que mon épanouissement personnel passait vraiment par la musique. J’ai fait pas mal de petits boulots, comme la sécurité dans un stade de foot. J’ai aussi été livreur de journaux. J’ai même travaillé dans un magasin de jeans pour femmes. Pourtant, me tourner vers la musique était comme une évidence. 

Que penses-tu de la vague d’artistes UK que l’on entend de plus en plus ?
Je trouve ça génial que la musique anglaise inspire le monde. C’est valorisant pour nous d’avoir des artistes géniaux. Le hip-hop anglais est complètement intégré dans notre culture musicale et nous a tous inspiré. La jeune génération fait particulièrement du bon travail. 

Tu as par exemple travaillé avec Mahalia sur ton projet Late Summer et Cherish ?
Tout à fait, on s’est rencontré au cours d’une de ses séances en studio puis on s’est mis à travailler ensemble. Je ne la connaissais pas personnellement mais j’écoutais sa musique que j’adore. Elle est tellement talentueuse, drôle et pétillante qu’au final, travailler avec elle a été très simple.

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Jacket : adidas
Tee-shirt : H&M
Short : Diesel
Socks : Stance
Sneakers : Skechers D’LITES
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Qu’écoutes-tu en ce moment ?
J’écoute encore beaucoup Mos Def. C’est clairement un de mes artistes préférés et je suis fan de son album Black On Both Sides. Le Dark Wave fait également partie du genre de son que j’aime. Il y a aussi Noname, Saba, J. Cole… Ce sont tous de très grands artistes.

Ton dernier projet en date s’appelle Wonder. Comment le définirais-tu ?
Je pense que Wonder est une partie de moi. Ce projet était une façon d’explorer mon moi intérieur et de mettre en avant une autre période de ma vie. Quand j’ai sorti mon premier projet, je devais avoir 20 ans. Aujourd’hui, j’en ai 25. Depuis j’ai changé de visage, je prends de meilleures décisions. En comparaison avec les anciens projets, les sons de ce projet sont très différents. Je déteste faire tout le temps la même chose. J’aime aller plus loin.

 

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Que signifie le mot « Wonder » pour toi ?
Plein de choses et il veut dire plein de choses pour les uns et les autres. Il y a la notion de remise en question qui n’est d’ailleurs pas nécessairement négative. Se poser des questions, c’est apprendre sur soi-même et grandir. J’aimais mettre une notion d’émerveillement derrière ce titre.

Qu’est-ce qui t’émerveille toi ?
C’est une bonne question. Ce qui me vient en tête et qui peut paraître cliché, c’est la scène. Faire de la musique chez soi, dans sa chambre, c’est cool mais monter sur scène, c’est incroyable. C’est sûrement le moment le plus fou pour un musicien. Blessed Now, je l’avais enregistrée pour le fun dans le salon de ma mère en regardant la télévision et hier, lors de mon show, je regardais tout le public chanter cette même chanson. Je trouve ça dément l’ampleur que peut avoir un morceau sur les gens. À chaque fois je reste bouche bée et je me dis « c’est moi qui ai réussi à faire ça ? ».

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Jacket : Nike
Tee-shirt : ENFANT DU CIEL
Pants : ONECULTURE
Shoes : Camper Pix
Hat : Daily Paper
Bumbag : Bershka
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À quel point t’impliques-tu dans la réalisation de tes clips ?
Je laisse des libertés aux réalisateurs évidemment mais je suis toujours impliqué, j’ai une vision assez globale de ce que je souhaite et surtout, j’adore ça.

Quels artistes t’inspirent sur le plan esthétique ?
Je suis un grand fan d’Hiro Murai qui a réalisé certains clips de Childish Gambino comme This is America ou encore Never Catch Me de Flying Lotus et Kendrick Lamar. Il y a aussi Kahlil Joseph qui a collaboré avec Beyoncé sur Lemonade par exemple. Je trouve que le game du clip est plus fort que jamais. J’adore lorsque c’est tourné comme un court-métrage. Ces mecs m’inspirent beaucoup.

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Les Benjamins

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Posté par Floriane Raux - 15 août 2019

Les Benjamins

Implantée depuis 2011, la marque Les Benjamins est tout droit tirée de l’imagination de Bunyamin Aydin, designer d’origine turque ayant grandi entre l’Allemagne et la Suisse. Son label de prêt-à-porter masculin et féminin défile à Paris depuis maintenant six ans et présente des collections éclectiques faisant la part belle aux cultures du monde et aux sports.

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Quel était ton but avant la création de Les Benjamins en 2011 ?
J’étais en quelque sorte perdu comme la plupart des adolescents. J’ai grandi dans l’environnement de mes parents, j’étais constamment entouré de tissus et de vêtements. Mes passions pour la mode, le dessin, la photographie et les voyages se sont réunies. C’est ce qui m’a mené à lancer Les Benjamins.

Peux-tu nous raconter l’histoire derrière la marque ?
Notre slogan c’est « Journey of Discovery » (le voyage de la découverte, ndlr), cela représente le voyage et cette sous-culture de la photographie de voyage. Chaque saison, je pars à la découverte d’une nouvelle culture et je la mélange ensuite avec un sport. La culture rencontre le confort.

Pourquoi as-tu choisi de te tourner vers le streetwear ?
Le mot streetwear perd de sa valeur. Ce que je tente de faire est plus qu’une marque de mode, c’est un mouvement. Nous avons grandi avec des légendes comme Fujiwara, Nigo, Futura et James Jebbia qui ont posé les fondations pour que nous construisions et continuons ce mouvement global. Je représente cette idée dans ma région et je suis fier de changer la vision de la mode et des Arts en Turquie et plus globalement, au Moyen-Orient.

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Peux-tu revenir sur le processus créatif de la collection SS19 ?
Tout commence par de la recherche, et ma partie favorite, fouiller dans nos archives de tissus. Pour moi, le tissu et le fait de rêver à quelle forme ce matériau prendra sont les parties les plus importantes. L’influence du basketball et voir des gamins passionnés par la NBA au Japon m’a toujours surpris. Je voulais rendre hommage à ça. La première pièce qui m’est venue à l’esprit est un kimono fait dans un tissu italien, qui donne ce sentiment traditionnel, combiné avec les chiffres floqués au dos des maillots de basketball. Une fois que j’ai trouvé l’équilibre entre les deux influences, c’est assez simple de traduire cette envie sur plus de pièces. Et c’est ce que j’ai fait.

Qu’aimes-tu dans la culture japonaise et son esthétique ?
La qualité de l’artisanat et ce sens des détails. Yohji Yamamoto a été une inspiration depuis mon enfance. 

De quelle manière le streetwear évolue en Turquie ?
C’est l’âge d’or du streetwear, du hip-hop et de la street culture en Turquie, ces mouvements se développent très rapidement. Tout un tas de nouvelles marques, artistes et chanteurs sont en train d’émerger. Je suis content d’avoir eu la chance de pouvoir contribuer et développer des idées pionnières pour cette évolution.

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Parle nous de ta collaboration avec Puma.
Yassine Saidi de Puma m’a contacté il y a un an et demi pour une collaboration. Je n’avais aucune attente avant de démarrer la réunion. Mais une fois que j’ai entendu la vision et le concept des co-créations Puma, j’étais vraiment enthousiaste en tant que designer. Notre campagne SS19 avec Puma était le premier lancement de notre concept avec 13th Witness. À travers son objectif, nous avons capturé l’essence de Brooklyn, Istanbul and Cappadocia.

Tu es, parait-il, un gros consommateur de sneakers. Peux-tu nous donner tes chaussures les plus précieuses ?
Tout à fait. Puma x Bape Disc, Air Jordan 1, Nike x Tom Sachs, et une Air Max 1 signée par Tinker Hatfield. 

Quelle suite pour Les Benjamins ?
Plus de voyages pour les prochaines collections, collaborations et capsules. Nous sommes aussi très concentrés sur notre magasin à Istanbul, c’est un
endroit important pour l’expérience Les Benjamins. Je créé la collection FW20/21 qui sera présentée à Paris, en juin. En septembre et octobre, nous lancerons notre seconde collaboration avec Puma.

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Shayfeen & MADD, le rap marocain transcende les frontières

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Shayfeen & MADD, le rap marocain transcende les frontières

Posté par Mélodie Raymond - 7 août 2019

Depuis 2006, le duo de 27 ans Shayfeen composé de Shobee et Small X se hisse en porte drapeau rouge et vert de la trap. Rejoins en 2009 par le rappeur MADD, 23 ans (petit frère de Shobee), le mouvement prend une ampleur internationale lorsque Lacrim les invite sur différents projets. Puis vient le collectif NAAR, bien décidé à faire briller ceux qui ont fait de nombreux sacrifices afin d’avoir la reconnaissance qu’ils méritent. Ensemble et avec des artistes de neufs nationalités (Lomepal, Kareem Kalokoh, DrefGold et bien d’autres), ils dévoilaient il y a peu le splendide projet trap Safar.

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22 février 2018, un clip où l’identité visuelle se fait aussi bien exceptionnelle que saisissante, retient l’attention de plusieurs médias culturels français. Tourné à Meknès au Maroc, on y retrouve le très apprécié Laylow aux côtés de deux rappeurs généreux et plein d’énergie. Ensemble, ils chantent Money Call : un hymne trap faisant les louanges des billets verts, marquant le virage de l’ambition. Ces rappeurs ne sont autres que Shobee (Shayfeen) et MADD. Grâce aux paraboles et aux quelques chaînes TV auxquelles ils accèdent dans leur jeunesse, ces natifs du village de Safi (au sud de Casablanca) découvrent le rap. « Les grands cousins » font aussi tourner quelques cassettes, de quoi fonder leur culture hip-hop. « On a eu un déclic à l’époque du succès de 50Cent et d’Eminem. Ils nous ont donné envie de nous lancer. On a commencé à avoir conscience du rythme et des codes » raconte Shobee. Longtemps hors des institutions, le rap peine à trouver sa place au sein du pays même s’il s’installe timidement sur les ondes de radio. L’industrie musicale du rap est quasi inexistante tout comme une quelconque structure vouée à aider les artistes en développement. Fort heureusement, la magie d’Internet forme une génération 2.0 qui s’émancipe et les artistes trouvent et séduisent leur public. « Ce fut la chose la plus importante pour nous. Cela nous a permis de partager notre art à travers le pays, puis de nous exporter » affirme MADD. Les membres de Shayfeen quant à eux, débutent sans cette aide précieuse. Ils fondent le groupe en 2006, bossent avec assiduité pendant cinq ans, foulent leurs premières scènes puis dévoilent leur premier projet L’énergie en 2011. « Ca nous a vraiment boosté d’évoluer dans une petite ville et d’être indépendant. Nous n’avions l’aide de personne et on voulait se démarquer. Beaucoup se sont lancés dans le rap sage et conscient avec l’espoir de plaire au système, d’être mis en avant à la radio et d’échapper à la censure. Nous n’avons jamais eu cette philosophie. C’est finalement comme ça que les radios se sont pliées à ce que l’on faisait. » Shayfeen parle cru, s’exprime franchement et ne choisit pas la facilité. Des décisions et une démarche qui déstabilise tant elles effraient leurs familles à l’heure où le taux de chômage chez la jeunesse maghrébine ne cesse d’augmenter. « Non seulement, on a décidé de faire du rap mais en plus, on a choisi de ne pas faire le rap qui fonctionnait donc je te laisse imaginer ce que nos familles en pensaient. Maintenant que l’on passe en radio, en télévision, en festival, nos familles comprennent qu’on a imposé notre vision. » soutient Small X

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MADD
Sweat: LDN.ISTAN
Pants: LDN.ISTAN
Sneakers: Reebok Aztrek
Jewelry: THOMAS SABO
Sunglasses: Dior Homme (disponible chez Marc Le Bihan)
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Shobee
Jacket: Levi’s
Tee-shirt: LDN.ISTAN
Pants: LDN.ISTAN
Sneakers: Asics Gel-Kayano 5 360
Jewelry: THOMAS SABO
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Small X
Jacket: LDN.ISTAN
Tee-shirt: LDN.ISTAN
Pants: LDN.ISTAN
Sneakers: Asics Gel-Kayano 5 360
Sunglasses: Gentle Monster (disponible chez Marc Le Bihan)
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Cette vision si particulière du rap qui permet aujourd’hui sa popularité, Shayfeen la met aussi au service de différents artistes grâce à son expertise et son œil de producteur. Le duo produit plusieurs sons pour l’album Force et Honneur de Lacrim et se voit invité sur le projet R.I.P.R.03 avec MADD. Ils rayonnent sur le track 3DABI.

En février 2018 aussi, la chanteuse marocaine Manal dévoile sur YouTube le titre Taj (17 millions de vues) sur lequel la jeune femme semble s’émanciper du bien pensant : un titre en partie produit et écrit par Shayfeen. Si de nombreux médias saluent le féminisme qui en découle, Mohamed Squalli nous précise « Ça reste un féminisme édulcoré et la société marocaine est prête à prendre en compte ce degré de féminisme. Pas le degré dont le Maroc aurait besoin. Il y a des femmes qui ont un positionnement très fort mais qui sont complètement marginalisées. » Un avis que Shayfeen et MADD partagent, eux qui se sont battus pour leur liberté d’expression. « Le rap est un combat que l’on défend tour à tour. En Russie, Vladimir Poutine fait taire les artistes qui dérangent. Il demande une réforme pour contrôler et réorienter le rap. Au Maroc, c’était ça pendant longtemps. » explique Shobee avant que Small X ajoute « C’est comme le shit, tu peux tenter de le contrôler mais impossible de le faire disparaître. »

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MADD
Jacket: Valentino (disponible chez matchesfashion.com)
Pants: Valentino (disponible chez matchesfashion.com)
Sneakers: Asics GEL-BONDI
Cap: Tommy Jeans
Bag: Lacoste
Sunglasses: Jacques Marie Mage (disponible chez Marc Le Bihan)
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Shobee
Jacket: Gucci (disponible chez matchesfashion.com)
Pants: Gucci (disponible chez matchesfashion.com)
Sneakers: Asics Gel-Kayano 5 OG
Waist Bag: Supreme
Sunglasses: Dior Homme (disponible chez Marc Le Bihan)
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Small X
Jacket: COTTWEILER (disponible chez matchesfashion.com)
Tee-shirt: Carhartt WIP
Pants: COTTWEILER (disponible chez matchesfashion.com)
Sneakers: Nike Air Max2 light QS x Atmos
Jewelry: THOMAS SABO
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De son côté et avant son succès en flèche en 2017, MADD évolue en duo avec son ami d’enfance Tagne. À eux deux, ils forment le duo XACTO pendant environ quatre ans. Ils prennent finalement la décision de se séparer pour explorer d’autres horizons. MADD le sait. Pour se distinguer, il faudra faire différent, concrétiser toutes les idées qu’il se fait du rap. Son premier morceau 3310 explose les compteurs. Clin d’œil au téléphone emblématique des années 2000, l’envoûtante voix auto-tunée chante des états d’âme avec une philosophie de guerrier. « Désolé pauvreté, on va se séparer » clame t-il dans son couplet. Un message fort qui laisse entrevoir l’espoir pour toute la nouvelle génération d’artistes dont il fait partie. « Prendre des risques et laisser beaucoup de choses derrière nous pour faire ce que l’on aime. C’est le meilleur message que l’on véhicule » affirme t-il. Générer de l’argent grâce à sa musique est un challenge pour beaucoup et il l’est certainement d’autant plus quand les obstacles sont aussi grands. Pourtant, Shayfeen a ouvert la voix pour explorer le champ des possibles, et MADD n’a, par conséquent, pas eu peur d’en faire de même. « En voyant Shayfeen se développer et réussir à vivre de leur musique, ça m’a donné de l’espoir. » 

Pour se vendre et surtout s’exprimer le plus justement possible, ils développent un univers visuel marquant. Ils font appel à différents créatifs de leur entourage comme les réalisateurs Drisigner, Essadik Asli, Hakeem Erajai ou encore Hisham Beshri. 

Images saccadées, effets psychédéliques, néons : l’avènement se fait dès lors que les codes de la trap américaine sont réinterprétés, repensés et s’entrechoquent avec l’esthétique et le paysage arabe. « On fait confiance à des réalisateurs talentueux. On a une vision moderne, flashy. On a fait des clips vintages, en Dickies avec une inspiration old school américaine tout comme on a essayé de toucher à une esthétique très bling-bling avec un stylisme pointu. »

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MADD
Jacket: K-Way
Tee-shirt: ENFANT DU CIEL
Pants: Champion (disponible chez Zalando.fr)
Sneakers: Nike Huarache E.D.G.E TXT QS (disponible chez Sneakersnstuff)
Sunglasses: Dior Homme (disponible chez Marc Le Bihan)
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Shobee
Sweat: OBEY
Pants: Asics TIGER
Sneakers: Hoka One One Challenger Art 5
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Small X
Jacket: adidas Originals
Pants: adidas Originals
Sneakers: Nike Air Zoom Alpha (disponible chez Sneakersnstuff)
Jewelry: THOMAS SABO
Sunglasses: Dior Homme (disponible chez Marc Le Bihan)
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COMME des GARÇONS, True Vision, Palm Angels, Off-White ou Heron Preston : autant de marques adoubées par l’imagerie street que l’on retrouve au sein de leurs vidéos ou dans leur feed Instagram. Pourtant, « à part Small X, fan de Billionaire Boys Club, qui dépenserait toutes ses tunes dans les sapes » nous disent-ils en riant, le Maroc n’a pas cette culture de la marque. « On porte ce qui nous plaît, peu importe la notoriété de la marque. » soutient Shobee. En septembre 2015, Shayfeen lance une collection sous le nom de Wa Drari Wear (Wa Drari Squad est le nom de leur collectif) que l’on peut apercevoir sur la cover de l’EP 07« On aimerait se lancer dans quelque chose de plus créatif, qui va au-delà du merch » déclare Small X. En sillonnant les routes du Maroc, les voix s’élèvent aussi pour dire que la mode occupe une belle partie du devant de la scène. Que l’on parle de Nouredine Zouagui aka Chameleon à Hassan Hajjaj (à retrouver dans SHOES UP 054) en passant par Amine Bendriouch ou Yassine Morabite, la terre maghrébine est fertile de talents et se retrouve souvent évincée par l’occident comme le soulignent Mohamed Squalli et Ilyes Griyeb (fondateurs de NAAR) sur le blog medium.com dans une tribune intitulée « Et si on laissait enfin les artistes arabes raconter eux-mêmes leur(s) histoire(s) ? » 

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Ce besoin viscéral de faire briller les artistes émergents avec pour point de départ la scène arabe, le collectif NAAR s’y atèle. Contactés par Mohamed Squali, Shayfeen et MADD suivaient déjà de près la soigneuse agitation grouillant autour de cette résidence artistique. Conscient de l’ampleur mondiale du rap, NAAR matérialise la richesse de cette nouvelle vague avec un merveilleux outil vers l’ascension, l’opus Safar. Un disque dont l’histoire commence par des artistes marocains accueillant des rappeurs français à Casablanca, dans une villa comptant quatre chambres et un salon entièrement transformés en studio d’enregistrement. La suite durera deux ans pour donner naissance à un projet singulier dans lequel différentes langues s’associent sans jamais se heurter, dans lequel Shobee rencontre Lomepal sur l’émouvant titre Ciel tandis qu’une flûte envoûtante croise la route du rappeur Issam au détour du morceau Caviar. Sans parler des bangers Kssiri, rendez-vous entre Small X et Dosseh, Mula signé par l’accrocheur grec Kareem Kalokoh ou encore l’entêtant City interprété par MADD et Nelick

« La musique n’a pas de langue. Exchange and vibes » répètent à plusieurs reprises les chaleureux méditerranéens durant notre rencontre. Aucun doute que portés par ce bon sens, l’aventure continuera de s’écrire pour eux, bien au-delà des frontières et de leurs espérances.

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