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Lefa, OG visionnaire

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Posté par Osain Vichi - 12 December 2018

Lefa, OG visionnaire

Membre actif de la nébuleuse Sexion d’Assaut, véritable phénomène à l’aube des années 2010, Lefa officie seul désormais, armé d’une identité visuelle qui le distingue. Arborant des outfits de plus en plus travaillés et s’associant à des labels mode tels que M+RC Noir, Unknown et bientôt Daily Paper, le rappeur parisien défend une esthétique qui ne cesse de se réinventer.

Creative Director: William Roden 
Art Director: Floriane Raux 
Journalist: Osain Vichi
Stylist: Axelle Gomila 
Stylist assistant: Margaux Fillette
Photographer: Axel Vanhessche
MUA & Hairstylist: Fatna Bouras
Model: Lefa

À l’époque de la Sexion d’Assaut tu cachais souvent ton visage derrière la visière de ta casquette. Aujourd’hui, tu t’affirmes bien plus face à la caméra. Comment s’est faite cette évolution visuelle ?

À un certain âge, tu changes de goût, que ce soit artistique ou vestimentaire. J’en avais marre de la casquette ! (rires). Puis, ce n’était pas pratique, ma visière devait toujours être bien enfoncée, je ne voyais pas grand chose. Avec ce nouveau départ, j’en ai profité pour revenir avec une nouvelle esthétique.

Par ailleurs, tu portes toujours des lunettes, que ce soit dans tes clips ou lors de tes sorties médiatiques. Pourquoi ?

C’est le même principe que pour la casquette : cacher les yeux pour éviter qu’on me reconnaisse. Je cherche à garder l’anonymat. Quand j’enlève mes lunettes, je me fonds dans la masse.

Au niveau des looks, tu te montres avec des ensembles adidas, Puma, Ellesse, Lacoste ou Columbia. Comment choisis-tu les pièces que tu portes ?

Ce qui m’importe tout d’abord c’est la coupe et la ou les couleurs. Sinon j’aime beaucoup les ensembles de survêtements parce qu’ils me rappellent les années 96, 97, 98… Je pense que ce sont les mecs de ma génération qui ont fait revenir cette mode justement. C’est nouveau pour les jeunes mais nous, on sait que ce n’est qu’un cycle.

Qu’est-ce qui te fidélise chez une marque ?

Forcément la qualité du textile, pour que le vêtement dure un certain temps. Mais aussi les marques qui arrivent à se renouveler grâce aux tendances tout en gardant une forte identité.

Tu portes également des pièces de marques plus niches telles que Marché Noir (M+RC) ou Unknown UK. Peux-tu m’en parler ?

J’aime bien le côté street de Marché Noir. Puis, ce sont des marques qui sont jeunes et j’ai envie de miser dessus parce que demain ce seront elles qui contrôleront le game de la mode. Tout est en train de basculer vers l’urbain, mêmes les marques de luxe proposent des baskets, du survêtement etc. Concernant Unknown, j’habite à Londres et j’ai rencontré des membres de la marque là-bas.

Sunglasses Tod’s Sweat Asics Tiger T-Shirt ASOS Pants ASOS Sneakers Reebok Daytona DMX

Tu sembles aussi apprécier les pièces de créateur, des noms ou des créations te viennent en tête ?

Je pense à Patta ou Daily Paper, une marque d’Amsterdam avec qui je vais commencer à collaborer. En ce moment les responsables de la marque sont à Londres et j’étais avec eux la semaine dernière. On a fait quelques photos avec leurs nouvelles pièces. Elles ont un univers africain et un peu guerrier.

Pourrais-tu prendre des risques pour singulariser ton style vestimentaire ?

Il y a certains vêtements que je ne porterais pas dans la vie de tous les jours mais que je me permets d’essayer en tant que Lefa. Tout va dépendre du réalisateur et du photographe avec qui je vais travailler, sa manière de mettre en avant la tenue par rapport au décor ou au code couleurs. Sinon, au quotidien, je suis assez sobre.

Sunglasses Tom Ford Down Vest Moncler x Craig Queen Parka K-Way Pants Stone Island Sneakers Nike Air Max Deluxe

Quelles collaborations ou collections t’ont mis une claque récemment ?

J’ai bien kiffé la collaboration entre Sergio Tacchini et Andrea Crews. D’ailleurs pour le clip de Potentiel, avec Orelsan, on porte tous les deux un ensemble de cette collection. Autrement, j’ai deux maillots Patta x Umbro, que je trouve très chauds.

Avec la Sexion vous aviez proposé plusieurs collections “Wati B”. Aimerais-tu te lancer personnellement ?

Bien sûr, mais je n’y pense pas tellement pour le moment. C’est quelque chose sur lequel je me pencherai plus tard. Ça se fera naturellement, parce que je sais que j’ai du goût quand même (rires).

Une tendance mode actuelle que tu apprécies ?

(Il réfléchit) Je kiffe vraiment les accessoires, par exemple les gilets pare-balles, les sacoches, les bananes, les sacs avec bandoulières, etc. Un délire militaire 2.0, tu vois.

Une que tu trouves inintéressante ?

Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec les paires de baskets qui ont des grosses semelles, type Balenciaga Triple S.

Sunglasses Ermenegildo Zegna Jacket ROSSIGNOL T-Shirt ASOS Bumbag Napapijri Pants P.A.M Sneakers Vans x NASA

Qui sont les rappeurs qui ont une longueur d’avance dans la mode selon toi ?

Déjà, il y a ceux qui sont connus pour leur esthétique, A$AP Rocky ou le A$AP Mob, mais sinon niveau imagerie, je mets Kendrick Lamar numéro 1. Dans les tenues il ne va pas forcément mais la mise en scène et l’attitude sont hors du commun, c’est très intelligent.

Quelles sont les prochaines sneakers que t’aimerais avoir ?

En ce moment, je suis très Air Max. J’ai pris une petite paire noire et rouge à Marseille l’autrefois, et ça m’a donné envie de me replonger dans la recherche de petites pépites !

Le clip Paradise, avec Lomepal, repose sur une mise en abyme très inventive. Quel a été son processus de création ?

Quand on s’est rencontré pour faire le morceau, je lui ai dit que c’était un des morceaux qui étaient le plus susceptibles de tourner en radio ou en playlists. On savait donc qu’il fallait l’illustrer par un clip à un moment ou un autre. J’aime beaucoup l’un des clips de Lomepal, qui s’appelle Pommade. Il travaille visuellement avec Adrien et Oussman (ndlr Adrien Lagier et Oussman Ly), et je lui ai dit que j’étais chaud de travailler avec eux, parce qu’ils sont très bons. On s’est fait un rendez-vous et je leur ai demandé de m’emmener au soleil (rires). On a été tourné à Los Angeles et ils ont eu l’idée générale du clip, avec la rupture et l’aspect assez satirique.

Plus largement, quel rôle joues-tu dans la réalisation de tes clips ?

Toujours, par exemple là ça fait deux semaines qu’on travaille sur la version finale de Je me téléporte, parce que je trouve à chaque fois des éléments à améliorer. Que ce soit en amont ou sur le tournage, j’essaie de toujours apporter ma vision.

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Casa 93, l’école d’une nouvelle mode

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Posté par Osain Vichi - 10 December 2018

Casa 93, l’école d’une nouvelle mode

Au cœur du département de la Seine-Saint-Denis (93) s’écrit discrètement mais sûrement le futur de la mode française, européenne et peut-être mondiale. Installée à Saint-Ouen, l’école Casa 93 a pris ses distances de l’élitisme et du tumulte parisien pour mieux se construire et enrichir un domaine en pleine transition. Gratuit et sans demande de diplôme, l’établissement reprend le même modèle que son cousin brésilien et est affilié à l’association Modafusion. Un cadre associatif qui permet de protéger son indépendance économique et sa liberté intellectuelle. Immersion dans ce vivier artistique. 

Journalist: Osain Vichi
Photographer: Osain Vichi

“Le pouvoir ce n’est pas l’argent, mais la créativité”

“C’est une des seules écoles que je connaisse qui fonctionnent ainsi. Elle est fondée sur le respect des matières premières et des créateurs. En réalité, c’est une association donc c’est vraiment engagé, et ça me plaît.” déclare avec détermination Naouel Amiri, étudiante à l’école. Formation professionnelle d’un point de vue légal, il faut passer par la surpeuplée ligne 13, direction Saint-Denis Université, et s’arrêter à la station Garibaldi pour arriver à Casa 93. Après quelques minutes de marche dans Saint-Ouen, nous y voilà : à l’angle de deux rues, une devanture rouge pourpre surplombée par l’inscription “Casa 93”, blanc sur noir. La petite enceinte, transformée en atelier, est alors en pleine ébullition : Nadine Gonzalez, fondatrice de la structure, nous a donné rendez-vous à l’occasion d’une collaboration avec le Red Star, club emblématique de football francilien, et plus précisément avec son association, le Red Star Lab. Entre mannequins en plastique, machines à coudre et divers maillots du club audonien, hoodies colorés, tracksuits, pantalons cargo, et sneakers en tout genre sont omniprésents. Une mosaïque visuelle qui tire sa créativité de son environnement urbain et multiculturel.

Lors de notre échange, Nadine affirme à plusieurs reprises “Le pouvoir ce n’est pas l’argent, mais la créativité”, qui sonne comme un leitmotiv fondamental. Après avoir passé douze ans au Brésil pour lancer l’initiative Casa Geracão, première école de mode installée dans une favela qui a ouvert ses portes en 2013, l’ancienne journaliste a voulu rapidement étoffer ce beau projet et introduit Casa 93 en septembre 2017, suite à son retour en France il y a deux ans,. L’intention est audacieuse : “Offrir l’opportunité d’une formation et d’un accès au monde de la mode à des talents qui s’ignorent ou des talents existants, inexploités, voire révélés mais qui ont perdu confiance et sont convaincus que le milieu de la mode et de la création est inaccessible pour les jeunes issus des zones prioritaires.” peut-on lire sur le site web. “Qu’ils soient déscolarisés, en manque d’argent ou trop engagés pour entrer dans les normes” précise Nadine avant d’expliquer “J’ai répliqué la même mécanique brésilienne pour Casa 93 tout en l’adaptant aux besoins locaux. L’idée était d’aller à la rencontre de ces différents profils afin de vite commencer (…) Nos objectifs majeurs sont : identifier les talents, les former, les promouvoir et les insérer dans le marché du travail. Ce n’est pas seulement la formation, on met aussi l’accent sur l’orientation et l’insertion professionnelle.” Plus qu’un simple tremplin, l’école mêle éveil créatif, développement personnel et préparation professionnelle avec un programme varié, complet et intense. “La Casa 93 forme les jeunes créatifs aux métiers de la mode et de la création afin d’assurer leur insertion professionnelle. Le programme pédagogique est sur-mesure et adapté pour 20 jeunes pendant la PREPA puis 12 pendant la formation et l’incubation.” est indiqué sur casa93.fr. Un agenda qui se divise en trois actes : la préparation, de septembre à décembre, la formation, qui comprend six pôles (Création, Image, Savoir-faire, Projets spéciaux, Collection Collective, Culture) et s’étend de janvier à juin. Et enfin l’insertion professionnelle, qui prend place après juin.

“Sublimer son quotidien”

Au-delà de ce calendrier et de tous ces travaux en commun, se greffent des projets majeurs telles que des missions associatives et collaboratives. Des collaboration spéciales qui privilégient le local mais qui n’oublient pas d’être ambitieuses. De la mode plus traditionnelle à la prise de pouvoir de l’urbain, en passant par l’univers sportif, elles ouvrent des portes inattendues et révèlent l’identité hétéroclite de l’établissement. Dès la première année, Maroussia Rebecq, créatrice de la marque Andrea Crews, et Monia Sbouaï, instigatrice de l’entité Supermarché, ont notamment supervisé la “collection collective” en tant que directrices artistiques. Les élèves ont également pu travailler avec Jérôme Dreyfus mais aussi Nike ou adidas, si bien que certains ont eu l’occasion d’imaginer le maillot de l’équipe de France de football pour le match anniversaire des 20 ans du sacre 98. Une première promotion qui s’est avérée être une réussite et a levé de nombreux doutes. “L’année dernière, quatre élèves ont intégré l’Institut français de la mode (IFM) et deux sont entrés à l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne (ECSCP). Ils ont réussi à décrocher des bourses et séduire des mastodontes de la mode, je ne m’attendais pas à un tel aboutissement dès la première année. Tous les autres sont en stage, dans le monde du travail ou continuent leurs études.” rappelle Nadine Gonzalez, qui s’autorise à voir encore plus grand pour la suite.

Lors de notre passage fin octobre, le deuxième partenariat entre le Red Star et Casa 93 touche à sa fin. “On a déjà fait un partenariat entre le Red Star et la Casa 93 pour le lancement des maillots de la saison 2017-2018, avec les sponsors du club, adidas et Vice. Tout est supervisé par les étudiants de Casa 93, du stylisme à la mise en scène, en passant par la photographie.” relate Christelle Quillévéré, responsable du Red Star Lab. “L’atelier consiste au stylisme et à la customisation de maillots. Dans un premier temps, il y a eu les présentations, entre les licenciés et les élèves. Le mardi, tout le monde a commencé à travailler en collaboration : d’une part, on est allé voir les boutiques où le maillot du Red Star est référencé, de l’autre, on est allé à la rencontre de Youssouf Fofana, fondateur de la marque Château Rouge. Cette marque représente tout à fait l’esprit de Casa 93 et du Red Star Lab.” ajoute-t-elle. Une semaine de travail en commun entre étudiants et licenciés du club qui s’est conclue sur un match du Red Star à Beauvais. Le lendemain, une customisation de maillots en direct est organisée par adidas à Saint-Ouen.

“Il y a un vrai échange de bons procédés, c’est réellement un partenariat. Chaque partie apporte à l’autre. Des affinités se créent naturellement, et la collaboration est humaine et respectueuse.” ajoute Olga, chef du projet. Une coopération qui symbolise le renouveau social et créatif que veut véhiculer la structure audonienne “J’apprécie énormément le rythme de nos cours car chaque semaine le programme change, surtout que chacun est très différent. On peut tous trouver notre voie.” confirme l’étudiante Kauda Pharaon. Nadine Gonzalez clôt notre entretien en ses mots “On leur rappelle que ce n’est pas forcément mieux ailleurs, qu’il faut observer son environnement, son quotidien, et les sublimer (…) On espère que ces jeunes pourront transformer la mode de demain.” À bon entendeur.

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En images : le report SU060 release party x Asics

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Posté par Mélodie Raymond - 10 December 2018

En images : le report SU060 release party x Asics

Jeudi 6 décembre dernier, on fêtait la sortie du nouveau numéro de SHOES UP. Merci à notre partenaire ASICS, qui nous a permis d’investir le 191 Quai de Valmy et merci à vous pour l’avoir parfaitement retourné !

Encore une fois, vous étiez nombreux à nous apporter votre soutien.

Vous avez turn up fort et cela n’aurait pas été possible sans les membres de Good Dirty Sound ou encore sans le cagoulé le plus connu au monde : Kalash Criminel !

On vous laisse découvrir en images la soirée et on vous invite à vite commander votre magazine ici.