Lefa, OG visionnaire
Membre actif de la nébuleuse Sexion d’Assaut, véritable phénomène à l’aube des années 2010, Lefa officie seul désormais, armé d’une identité visuelle qui le distingue. Arborant des outfits de plus en plus travaillés et s’associant à des labels mode tels que M+RC Noir, Unknown et bientôt Daily Paper, le rappeur parisien défend une esthétique qui ne cesse de se réinventer.
Creative Director: William Roden
Art Director: Floriane Raux
Journalist: Osain Vichi
Stylist: Axelle Gomila
Stylist assistant: Margaux Fillette
Photographer: Axel Vanhessche
MUA & Hairstylist: Fatna Bouras
Model: Lefa
À l’époque de la Sexion d’Assaut tu cachais souvent ton visage derrière la visière de ta casquette. Aujourd’hui, tu t’affirmes bien plus face à la caméra. Comment s’est faite cette évolution visuelle ?
À un certain âge, tu changes de goût, que ce soit artistique ou vestimentaire. J’en avais marre de la casquette ! (rires). Puis, ce n’était pas pratique, ma visière devait toujours être bien enfoncée, je ne voyais pas grand chose. Avec ce nouveau départ, j’en ai profité pour revenir avec une nouvelle esthétique.
Par ailleurs, tu portes toujours des lunettes, que ce soit dans tes clips ou lors de tes sorties médiatiques. Pourquoi ?
C’est le même principe que pour la casquette : cacher les yeux pour éviter qu’on me reconnaisse. Je cherche à garder l’anonymat. Quand j’enlève mes lunettes, je me fonds dans la masse.
Au niveau des looks, tu te montres avec des ensembles adidas, Puma, Ellesse, Lacoste ou Columbia. Comment choisis-tu les pièces que tu portes ?
Ce qui m’importe tout d’abord c’est la coupe et la ou les couleurs. Sinon j’aime beaucoup les ensembles de survêtements parce qu’ils me rappellent les années 96, 97, 98… Je pense que ce sont les mecs de ma génération qui ont fait revenir cette mode justement. C’est nouveau pour les jeunes mais nous, on sait que ce n’est qu’un cycle.
Qu’est-ce qui te fidélise chez une marque ?
Forcément la qualité du textile, pour que le vêtement dure un certain temps. Mais aussi les marques qui arrivent à se renouveler grâce aux tendances tout en gardant une forte identité.
Tu portes également des pièces de marques plus niches telles que Marché Noir (M+RC) ou Unknown UK. Peux-tu m’en parler ?
J’aime bien le côté street de Marché Noir. Puis, ce sont des marques qui sont jeunes et j’ai envie de miser dessus parce que demain ce seront elles qui contrôleront le game de la mode. Tout est en train de basculer vers l’urbain, mêmes les marques de luxe proposent des baskets, du survêtement etc. Concernant Unknown, j’habite à Londres et j’ai rencontré des membres de la marque là-bas.
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Tu sembles aussi apprécier les pièces de créateur, des noms ou des créations te viennent en tête ?
Je pense à Patta ou Daily Paper, une marque d’Amsterdam avec qui je vais commencer à collaborer. En ce moment les responsables de la marque sont à Londres et j’étais avec eux la semaine dernière. On a fait quelques photos avec leurs nouvelles pièces. Elles ont un univers africain et un peu guerrier.
Pourrais-tu prendre des risques pour singulariser ton style vestimentaire ?
Il y a certains vêtements que je ne porterais pas dans la vie de tous les jours mais que je me permets d’essayer en tant que Lefa. Tout va dépendre du réalisateur et du photographe avec qui je vais travailler, sa manière de mettre en avant la tenue par rapport au décor ou au code couleurs. Sinon, au quotidien, je suis assez sobre.
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Quelles collaborations ou collections t’ont mis une claque récemment ?
J’ai bien kiffé la collaboration entre Sergio Tacchini et Andrea Crews. D’ailleurs pour le clip de Potentiel, avec Orelsan, on porte tous les deux un ensemble de cette collection. Autrement, j’ai deux maillots Patta x Umbro, que je trouve très chauds.
Avec la Sexion vous aviez proposé plusieurs collections “Wati B”. Aimerais-tu te lancer personnellement ?
Bien sûr, mais je n’y pense pas tellement pour le moment. C’est quelque chose sur lequel je me pencherai plus tard. Ça se fera naturellement, parce que je sais que j’ai du goût quand même (rires).
Une tendance mode actuelle que tu apprécies ?
(Il réfléchit) Je kiffe vraiment les accessoires, par exemple les gilets pare-balles, les sacoches, les bananes, les sacs avec bandoulières, etc. Un délire militaire 2.0, tu vois.
Une que tu trouves inintéressante ?
Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec les paires de baskets qui ont des grosses semelles, type Balenciaga Triple S.
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Qui sont les rappeurs qui ont une longueur d’avance dans la mode selon toi ?
Déjà, il y a ceux qui sont connus pour leur esthétique, A$AP Rocky ou le A$AP Mob, mais sinon niveau imagerie, je mets Kendrick Lamar numéro 1. Dans les tenues il ne va pas forcément mais la mise en scène et l’attitude sont hors du commun, c’est très intelligent.
Quelles sont les prochaines sneakers que t’aimerais avoir ?
En ce moment, je suis très Air Max. J’ai pris une petite paire noire et rouge à Marseille l’autrefois, et ça m’a donné envie de me replonger dans la recherche de petites pépites !
Le clip Paradise, avec Lomepal, repose sur une mise en abyme très inventive. Quel a été son processus de création ?
Quand on s’est rencontré pour faire le morceau, je lui ai dit que c’était un des morceaux qui étaient le plus susceptibles de tourner en radio ou en playlists. On savait donc qu’il fallait l’illustrer par un clip à un moment ou un autre. J’aime beaucoup l’un des clips de Lomepal, qui s’appelle Pommade. Il travaille visuellement avec Adrien et Oussman (ndlr Adrien Lagier et Oussman Ly), et je lui ai dit que j’étais chaud de travailler avec eux, parce qu’ils sont très bons. On s’est fait un rendez-vous et je leur ai demandé de m’emmener au soleil (rires). On a été tourné à Los Angeles et ils ont eu l’idée générale du clip, avec la rupture et l’aspect assez satirique.
Plus largement, quel rôle joues-tu dans la réalisation de tes clips ?
Toujours, par exemple là ça fait deux semaines qu’on travaille sur la version finale de Je me téléporte, parce que je trouve à chaque fois des éléments à améliorer. Que ce soit en amont ou sur le tournage, j’essaie de toujours apporter ma vision.