Quel est le lien entre les studios Ghibli, Sailor Moon, Asos et Young Thug? La rappeuse 3.0 Lean Chihiro. Dix-huit ans, cheveux roses, flow aérien et envoûtant : découvrez qui se casche derrière cette rappeuse au style éclatant.
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Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Lean Chihiro, j’ai 18 ans. J’ai grandi à Paris et ça va faire quatre ans que je fais de la musique. Je rappe en anglais et en japonais.
Que font tes parents dans la vie ?
Ma mère est artiste, elle fait des collages et mon père fait de la musique et de la boxe.
Quelles sont tes origines ?
Ma mère est guadeloupéenne, gabonaise et indienne et mon père est congolais et guinéen.
Te considères-tu comme une enfant d’internet ?
Oui je pense que c’est le cas. C’est une chose qui prend une grande place dans ma génération et c’est clairement grâce à internet que je suis là aujourd’hui. C’est un outil qu’on doit utiliser à bon escient et c’est ce que j’ai fait. Je me suis inscrite très tôt sur Instagram, j’ai passé beaucoup de temps sur Tumblr aussi. C’est en 2014, 2015 que je me suis mise à Soundcloud et que j’ai commencé à poster mes sons. Aujourd’hui c’est sur Instagram que je suis la plus active mais je ne pensais pas que ça prendrait un jour une part aussi importante dans ma vie.
Aujourd’hui, si tu as développé ta communauté, c’est aussi grâce à ton style et ton amour pour la mode ?
Carrément. Ma mère était mannequin donc je t’avoue qu’elle a toujours aimé m’habiller, choisir les bonnes pièces. Avec ma sœur, nous étions un peu ses poupées. On avait un style qui n’était pas forcément commun pour des enfants. On pouvait porter des petites jupes de temps en temps mais on portait aussi des baggys avec des grosses baskets ou des Timberland. D’ailleurs, on me prenait assez souvent pour un garçon mais je kiffais comme ma mère m’habillait donc je l’ai laissé faire jusqu’à assez tard. J’avais pas à me plaindre, ça me permettait de dormir un peu plus tard le matin. (rires) Ensuite j’ai commencé à m’habiller moi-même mais je n’avais pas un style aussi développé. Au collège, on a du mal à s’assumer. Finalement, mon style s’est affirmé le jour où j’ai teints mes cheveux en rose. Ça va faire deux ans et c’est ce qui a vraiment marqué les gens. J’ai commencé à faire plus de choses, plus de photos etc.
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Comment qualifierais-tu ton style ?
Je dirais aléatoire. Ça dépend vraiment de quel pied je me lève ! En ce moment je suis dans ma période full rose mais je peux aussi avoir des moments tout en noir, hyper dark.
Cela t’a valu de participer à des campagnes de petites marques comme Kromozom, Boyhood, Benibla. On t’a aussi vu sur des plus grosses opérations pour Reebook, Nike x SneakerNstuff et maintenant ASOS. Comment tout cela a commencé ?
Je pose depuis que je suis petite. J’ai toujours aimé ça et encore une fois, ma mère a grandement contribué à ça car elle me prenait beaucoup en photo. Quand j’avais dix ans, j’ai fait une première campagne pour Okaïdi. La suite, c’est évidemment Instagram. J’ai commencé à recevoir des demandes de shoots non rémunérés pour des petites marques. À force d’en faire beaucoup, tu passes de petites marques à Nike du jour au lendemain. Je me suis déjà demandé si c’était vraiment ce que je voulais car ma passion, c’est vraiment la musique mais je me suis rendu compte que faire des shootings était aussi une bonne carte de visite.
Quel genre de sneakers portes-tu et quelle importance leur donnes-tu ?
J’ai toujours adoré ça. Comme mon père était un sportif, il nous a toujours acheté des paires de baskets. C’est une passion qui ne s’est jamais essoufflée. Tu peux avoir autant de fringues que tu veux, si tu as seulement deux ou trois paires de chaussures, s’habiller perd tout son intérêt. Quand j’étais gamine, je manquais de moyen pour m’acheter des paires. Il m’arrivait même de pleurer de ne pas avoir pu m’acheter une paire de Nike pendant une année entière et aujourd’hui je me retrouve sponsorisé par Nike. C’est un truc de dingue.
Dernier coup de cœur ?
Je porte beaucoup de Air Max et j’aime les chaussures avec des semelles imposantes. Mon dernier coup de cœur, je dirais les Vans x Lazy Oaf. Ça me ressemble tellement que j’aurais pu designer cette paire !
Une icône en termes de style et pourquoi ?
Left Eye des TLC. Elle m’a beaucoup inspiré. Aaliyah aussi. Même si elles ne font plus partie de ce monde, ce sont vraiment des icônes pour moi. Encore aujourd’hui, elles ont de l’influence sur la mode. J’attends d’avoir des bonnes pièces pour faire des outfits comme ça genre bandana, bandeau, baggy, boxer, grosses chaussures. Dans l’idée, c’est simple mais quand tu le vois porter sur ces meufs, ça fait rêver.
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À quel moment la musique arrive dans ta vie ?
Comme mon père fait du rap, j’ai beaucoup baigné dedans. Ma mère avait une bonne culture musicale aussi : que ce soit soul, rap, rock. De mon côté, j’ai eu très jeune une lubie pour le japon et par conséquent, j’ai écouté énormément de musique japonaise. Un jour, je me suis dit que je devais me lancer et faire ma propre musique, j’aimais chanter, rapper, écrire. Je n’imaginais pas non plus en arriver là.
Pourquoi ce choix de chanter/rapper majoritairement en anglais ?
Je ne visais pas particulièrement la France, j’ai toujours souhaité toucher un maximum de personne dans le monde. Enfant, j’avais des amis aux 4 coins du globe, des correspondantes donc j’ai rapidement bien parlé anglais.
Tu as parfois des lyrics en japonais. Est-ce que tu le parles couramment ?
Non pas couramment car c’est une langue très difficile. Surtout quand tu n’y es jamais allé mais je le parle un peu, et je le comprends plutôt bien. J’ai toujours kiffé la musique japonaise et les mangas. J’avais envie de comprendre. J’ai donc tout simplement appris sur internet vers mes 8 ans à écrire les deux alphabets basiques. J’ai par la suite pris des cours et j’ai continué à apprendre au lycée.
Percer dans la musique ou la mode là-bas, ce serait la consécration ?
Complètement. Niveau mode, les japonais sont super pointus et super développés mais j’ai le sentiment que ça reste beaucoup à l’intérieur du pays et que ça ne dépasse que peu les frontières. Ça commence un peu mais je suis persuadée qu’il y a plein de tendances à exploiter et à exporter.
Quelles sont les meilleures tendances japonaises qui n’ont que peu été adoptées en France ?
Je pense que certaines ne seront jamais adoptées. Elles ont été essayées par des gens qui suivent leur culture mais c’est souvent incompris. Par exemple, le look de lolita, même si certaines meufs se proclament « sweet lolita » en France, c’est pas vraiment la même chose, c’est souvent cliché. J’ai rarement vu une française sapée comme ça en me disant que c’était vraiment réussi. Je trouve que tout ce qui tourne autour de la culture japonaise est super cliché. Comme les restaurants japonais en France, 85% sont des restaurants de sushis alors les japonais n’en mangent pas tant que ça.
Qui peux-tu nous suggérer d‘écouter comme artiste nippon ?
Il y a Kyary Pamyu Pamyu. Elle avait un titre qui l’avait fait grave percer qui s’appelait Ponponpon. J’adore son univers, ses tenues, ses graphismes. Pour moi c’est trop un goal d’avoir une identité aussi forte même si je reconnais que c’est très fantaisiste. J’écoute aussi des groupes plus soft, des girls band comme Morning Musume.
J’imagine que le voyage de Chihiro est ton animé préféré ?
Oui enfin en tout cas, c’est celui qui m’a le plus marqué et qui a marqué beaucoup de gens. Il est hyper traumatisant comme film la première fois que tu le vois, et selon ce que tu as vécu tu peux vraiment l’interpréter différemment. Et plus tu le regardes en grandissant, plus tu le perçois d’une manière différente. Tous les studios Ghibli sont fous mais celui là, à la fin tu te demandes ce qu’il vient de se passer pendant 2h30.
Quels sont tes liens avec Tommy Genesis ?
C’est une très bonne amie. Quand j’ai commencé à vouloir me mettre sérieusement dans la musique, j’ai découvert Tommy dans un clip de Father, elle n’était pas encore très connue. Je l’ai DM en lui disant que je rappais, que j’avais 16 ans et que j’aurais bien aimé lui demander des conseils car je la trouvais en dehors des codes. Elle ne m’a pas répondu et un jour elle a aimé un de mes tweets. Je lui ai demandé de répondre sur Instagram et elle l’a fait. Elle a grave kiffé ce que je faisais et elle m’a proposé qu’on se rencontre à Paris. Depuis on se voit à chaque fois qu’elle vient sur Paris, elle est aussi bienveillante qu’une grande sœur. Elle m’encourage beaucoup.
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Qu’en est-il de Princess Nokia ?
C’est ma manager qui l’avait rencontré dans un festival et elles s’étaient super bien entendu. Elle lui a donc fait écouté ma musique et elle avait grave envie qu’on se rencontre. Un jour, elle a fait une story en train d’écouter Summer Hunter. Il s’est écoulé par mal de temps avant que notre rencontre se concrétise mais du coup, on a passé un moment ensemble lors de son dernier passage à Paris à la fondation Louis Vuitton. Elle m’a dit qu’elle était fan de ma musique et qu’elle aimerait bien qu’on collabore donc j’espère que ça va se faire !
Quels sont les artistes que tu écoutes le plus en ce moment ?
J’écoute beaucoup Goona, il me fait un peu penser à Young Thug. J’écoute Trippie Red aussi. Je trouve que sa musique est profonde.
Récemment, tu as dévoilé le clip de HardWork, premier extrait de l’EP de Jazir. Parle-nous du clip qui est clairement à ton image.
Jazir est la première personne avec qui je travaille qui s’est totalement adapté à mon univers. LISWAYA, le réalisateur du clip m’a bluffé aussi. Ils se sont vraiment inspirés du monde des mangas japonais et toutes les idées que j’avais, LISWAYA les avaient eu de lui-même. Sinon, le tournage du clip a été très difficile, il faisait super froid. Si il y avait eu des Behind the scenes, les gens auraient vu à quel point on était en train de mourir et de trembler. (rires)
Ton premier EP Reborn est sorti sur Soundcloud. Quels sont tes projets à venir ?
Je vais sortir mon EP au mois de mai, il est prêt depuis longtemps mais on attendait le bon moment pour le sortir. Pas de feats sur cet EP mais il y en a pas mal qui vont arriver !
IG : @leanchihiro