Avec ses collègues Makala et Slimka, Di-Meh incarne le rap Suisse avec un brio que bien du monde s’accorde à souligner. Après son projet Focus sorti le 10 mai 2017, il remet le couvert en 2018 avec la seconde partie Focus 2. À cette occasion, on a discuté avec le Genevois de ses crush mode incompris, des galères avec ses grillz ou encore de la culture skate.
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Comme le veut le rituel, Focus 2 sort le 10 mai. Parle nous du projet.
Je suis satisfait. Il y a de la progression par rapport au premier. La musicalité est plus travaillée, les flows le sont aussi. Au niveau des prods, c’est plus diversifié. J’ai travaillé avec Eazy Dew, Freaky! un beatmaker canadien, le beatmaker Suisse Klench Poko qui est super chaud, Sercab qui vient de Rennes, il y a mon gars Varnish La Piscine qui a fait la prod d’un son et il est aussi en featuring. Il y a aussi Jamvvis, un autre canadien.
Tu as beaucoup de connexions avec les Canadiens ?
Carrément, j’ai aussi invité Rowjay, un rappeur canadien. Il y a également Krisy sur ce morceau. Sinon côté feat il y a celui avec Laylow qui s’appelle Western Union. C’est un son sur l’Afrique, il est chaud.
En quelques années, avec les Xtrem Boys vous êtes devenus les principales têtes d’affiche du rap Suisse. Il suffit de googliser le terme pour comprendre. Comment se porte le rap en Suisse en dehors du crew Super Wak ?
Il se porte bien. Les gens commencent à se motiver et à sortir de leurs tanières. Ils se rendent bien compte qu’il y a de plus en plus de possibilités.
On a pas mal entendu parler de KT Gorique et Danitsa. Doit-on en déduire que le hip hop féminin prend une grande place où elles font partie des rares à avoir percé ?
Ce serait cool que le rap féminin soit plus présent mais je n’ai pas l’impression qu’il y en est énormément. Danitsa et KT Gorique, ça fait super longtemps qu’elles sont dedans. On est arrivés à peu près en même temps. Danitsa c’est vraiment ma sœur, j’ai fait mes premières scènes avec elle et on a un son qui s’appelle Good Coffee, notre premier gros morceau ensemble. Je ne connais pas personnellement KT Gorique. Sinon il y a Ella Soto, une meuf de Lausanne. Côté rappeurs, il y en a énormément.
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Il paraît que SuperWak, ça veut dire « super nul » et que c’est un nom qui a été lancé en 2012 par ton acolyte Makala. Pourquoi ce nom ?
C’est plus un état d’esprit être Super Wak, ça veut dire ne plus se soucier du regard des gens, ne plus se mettre de barrières et s’aimer comme on est. Quand tu te rends compte que le ridicule ne tue pas, quand tu sais qui tu es, il n’y a plus de problèmes. Ne pas mentir, ne pas se donner un genre aussi, c’est super important. On ne vient pas de la cité, on vient de Genève t’as vu. C’est le fait d’oser et d’assumer qui nous a permis d’arriver là où nous en sommes. On a tous du vécu et ça suffit, il y a de la place pour tout le monde dans le rap.
Que vous apportez-vous côté musique ?
Déjà sur scène on progresse follement. À chaque scène, on fait les choses un peu mieux. On progresse aussi en studios et dans le chant. On essaye d’harmoniser tout ça et on se motive entre frères. C’est ça la réelle concurrence, on se motive. Genre « oh il a lâché ce couplet-là, il est trop chaud, il faut que je sois encore plus chaud ! »
Vous avez la réputation d’être des bêtes de scène et vous avez bien tourné avec le Xtrm Tour. Tu te verrais faire une tournée tout seul aussi ?
Pourquoi pas, un jour avec plaisir ouais. Pour l’instant le Xtrem Tour ça le fait mais j’aimerais bien défendre mon projet sur scène tu vois. Ça fait plaisir quoi ! J’ai hâte surtout.
Ton premier souvenir musical puissant, c’était quoi ?
Ce qui m’a quécho quand j’étais petit ? Je crois que c’était au bled, au Maroc. Tu sais quand t’es sur la route avec tes parents, t’écoutes beaucoup de musique. C’était un son de Raï que je kiffais de ouf. Je me rappelle du flow mais je ne me rappelle pas du nom !
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Tu es issu de la culture skate. En quoi a t-elle contribué à ton amour pour le rap ?
En tout. Je pense que si je n’avais pas fait de skate, je ne ferais pas du rap. Ou alors je ferais du rap mais ce serait peut-être un autre genre. Le skate c’est en moi depuis que j’ai genre dix ans. J’ai commencé le rap à 12 ou 13 ans, c’est vraiment grâce au skate que je fais du rap et non à cause. Les mecs du skatepark me faisaient écouter du vrai son. Après t’as capté, le skate c’est pas forcément un style, c’est un état d’esprit. Tout le monde peut faire du skate, il y a des skateurs de toute catégorie, il y a des mecs qui kiffent le reggae, d’autres le rap, d’autres le classique, certains sont banquiers, d’autres sont au chômage ! Il y des skateurs de tous les horizons, c’est ça qui est cool avec cette communauté.
Côté style, tu portes encore des marques qui ont une connotation skate ?
Oui complètement. Et honnêtement, j’ai des photos de moi petit, tu verrais que mon style n’a pas changé. Ça fait 7, 8 ans que j’ai le même style. Je portais des habits larges, j’avais des Nike Dunk : mes chaussures de prédilection ! J’avais que ça pour faire du skate. Je n’étais même pas Nike SB. Il y avait aussi la marque Lakai. En textile, je m’étais du Eckō, je portais beaucoup de LRG, Skatefire… DGK aussi, c’était trop ma marque, Dirty Ghetto Kids !
Apparemment tu as déjà eu des galères avec tes grillz. C’était quoi ces galères ?
Ah ouais ! J’en ai eu plusieurs. Genre une fois je suis sur scène, tac je rappe avec mes grillz, et là mes grillz partent en l’air et je vois la foule en face. Je sais pas comment je fais mais je les rattrape au vol avec ma bouche, laisse tomber. (rires) Une autre fois, j’étais au milieu d’un pogo, j’écarte le cercle trop chaud, et là mes grillz tombent par terre. Je crie « non, arrêtez vous » ! Genre j’ai annulé le pogo pour les récupérer. (rires)
On t’a vu dans un clip avec du True Vision. J’ai aussi aperçu Slimka avec du Walk In Paris. Tu supportes les jeunes marques parisiennes ?
Carrément, avant tout j’adore supporter les marques locales. Quand je vois des petites marques qui sont déter, ça me fait plaisir de les porter. True Vision, Walk in Paris, Benibla, Mélange, Champagne, ça se voit qu’ils se bougent, c’est cool !
Et les marques Suisses ?
Carrément, je supporte même plus les marques locales. J’ai mon cousin qui a fait une marque avec un de ses potes qui s’appelle Archive. Ils sont chauds, ils ont une bonne vision. Ils sont motivés. Je vais sortir une collab’ avec eux. Ensuite il y a 242 Shop, j’y ai travaillé pendant six ans, je les soutiens de ouf. Je vais aussi faire une collab’ de board avec eux.
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Si on part en Suisse, tu nous conseilles d’aller dans quel shop ?
242 évidemment. Sinon à Lausanne, il y a un shop qui s’appelle Cromwell, il est incroyable.
Où est-ce que tu puises tes inspirations vestimentaires ?
Dans la rue, quand je me promène je fais attention aux styles des gens. Après c’est la vie qui m’inspire tout simplement. Je suis un caméléon, je peux mettre des trucs super flashs, super originaux et le lendemain être très sobre. J’ai le style du non style, t’as capté.
Une pièce que tu as dans ton armoire et que personne ne comprend ?
Oui j’en ai plusieurs. J’ai des converse qui brillent. Genre les J.W Anderson mais pas les Chuck Taylor montantes, les autres ! Ça les gens ne comprennent pas.
Effectivement, ce ne sont pas celles qui ont eu le plus de succès dans la collaboration !
De ouf ! (rires) Moi je les met, pas de souci, sur scène c’est stylé ! Y’a de la lumière, ça shine ! J’ai des trucs vraiment bizarres. J’ai des ensembles un peu farfelu genre en Wax. C’est cool mais tout le monde ne comprend pas forcément !
Une chose que tu ne porterais jamais ?
Philipp Plein. Jamais.
Tes pièces fétiches ?
J’ai une petite veste noire Fubu que je kiffe. C’est une marque assez rare. Ensuite j’ai ma veste Helly Hansen jaune que je portais dans mes premiers clips et je l’ai toujours, elle m’a donné un peu de shine tu vois !
Tes sneakers les plus indispensables ?
En vrai Nike et Converse me mettent bien. En modèle je dirais les Flip x Converse de Lomepal, je les skate, c’est cool. Je kiffe bien Dr. Martens aussi.
Pour finir sur la musique, comment tu envisages l’avenir ?
Franchement au feeling. Si le projet prend, je suis heureux. Si ça ne prend pas, je larguerais d’autres bombes, tu connais ! Je ne me fais pas trop de soucis. Pour présenter le projet, il y aura une date à la boule noire le 27 mai, ça va être chanmé. Ensuite festival Paléo en Suisse, Couleur Café en Belgique. On va se régaler.
IG : @dimehtodo
FB : @DIMEHTODO