Il n’était ni destiné au rap, ni à devenir égérie adidas. Pourtant son charisme, sa carrure et son ADN musical en imposent. Un esprit créatif qui se retranscrit dans l’univers de ses clips comme dans son style. À la veille de la sortie de son premier album Masque Blanc, nous l’avons rencontré.
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Tu as la réputation d’être un personnage assez mystérieux. Est-ce que tu peux nous dire une chose que les gens ne savent pas sur toi ?
Je ne sais pas si les gens le savent mais je suis diplômé. J’ai un Bac+3. J’ai fait des études en BTS technico-commercial et j’ai enchaîné sur une licence en Marketing. J’ai d’abord taffé dans l’immobilier, je vendais des locaux commerciaux et puis j’ai voulu bosser dans le marketing entre 2011 et 2012. C’était au début de ma carrière musicale, un peu par défaut.
Finalement d’où vient cette réputation ? Tes textes sont très introspectifs, tu parles de sujets sensibles et souvent personnels.
Ça vient peut-être des réseaux sociaux. Quand je parle sur les réseaux je filtre ma voix, je me mets rarement en avant et je ne fais pas beaucoup d’interview. Peut-être que l’univers de mes clips y contribue aussi. Souvent quand je rencontre des gens dans la rue ils me disent « ça va en fait, tu es abordable ». Je pense que les gens se font une certaine image de moi… ça fait partie de moi mais je suis un humain comme tout le monde. Je préfère renvoyer les gens vers mes textes pour comprendre à peu près qui je suis même si les textes ne disent pas tout. C’est très aléatoire, quand tu les écris c’est selon ton humeur du moment.
Quand on t’écoute, on a le sentiment que tu te places en porte-parole d’une jeunesse révoltée mais que tu le fais avec sagesse. Est-ce que tu trouves que c’est une bonne définition ?
Merci ! Oui, c’est une bonne définition. Après je n’ai pas la prétention de dire que je suis un porte-parole. C’est juste que je suis la politique depuis tout petit, je ne dirais pas que je suis un politicien ou que j’ai des connaissances poussées dans le domaine mais j’ai suivi. L’époque Jospin, Pasqua… ce sont des époques que j’ai grave suivi depuis Mitterrand car mes parents s’y intéressaient et j’ai mon avis sur la question. Aujourd’hui je suis assez révolté contre les politiciens, ils font des campagnes pour que l’on vote pour eux alors qu’au final il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Et comme je le dis dans plusieurs de mes textes je ne me sens représenté par personne, je ne sens pas quelqu’un qui pense aux gens comme moi et à ceux qui vivent dans le même milieu que moi. J’ai un peu de mal avec la politique, je n’encourage pas les gens à ne pas voter, chacun fait ce qu’il veut, mais moi en tout cas je ne vote pas, je n’ai pas envie de voter par défaut ou par dépit. Après s’il y a un candidat fasciste qui a de grandes chances de remporter les élections par exemple, je pourrais voter contre lui.
Comment te sens-tu dans ta carrière musicale ?
Je me sens bien, j’étais un peu anxieux par rapport à l’album dans le sens où j’ai fait beaucoup de sons. Je n’étais pas anxieux par rapport aux retours des gens mais plus par rapport à moi-même : choisir les bons sons, savoir où je vais selon mes multiples inspirations. Maintenant que c’est rendu ça va mieux.
Parle-nous de Masque Blanc, dans quelle condition as-tu bossé dessus ? Tu offres un généreux 22 titres.
J’ai commencé à taffer mon album il y a à peu près un an et demi. Comme j’ai pu le dire dans mes textes, il y a eu le décès de ma mère et c’était compliqué car j’avais plein de choses à gérer. Pas seulement émotionnellement, je me suis retrouvé seul avec mon petit frère, il a fallu faire toute une réorganisation de la vie etc… c’est pour ça que l’album a pris un peu de temps. Comme le temps passait, je me suis dit que c’était dommage de ne rien sortir. J’avais besoin d’avoir des retours sur mes clips et mes sons donc j’ai balancé des titres de l’album mais je ne voulais pas non plus sortir un album où il y a 50% des sons qui sont déjà sortis. D’où ma décision d’avoir un 22 titres.
Quels sont les titres qui te tiennent le plus à cœur sur ce projet et pourquoi ?
Finesse, car ça correspond à ce à quoi j’aspire. J’ai plutôt bien réussi à faire le type de musique que j’affectionne particulièrement, il y a un mélange de rap et de mélodie. C’est l’un de mes préférés si ce n’est mon préféré. Ensuite il y a Seck qui est le titre sur ma mère qui me tient à cœur. Il y a aussi Viviane N’Dour qui chante dessus, c’est la belle sœur de Youssou Ndour, elle est très connue au Sénégal. Je sais que ma famille commence à découvrir que je rap et ce titre là sera l’un des premiers qu’ils vont apprécier. Pour ma famille qui a des réticences sur la musique et l’exposition, je trouve que c’est un beau cadeau. C’est un son qui parle d’une personne qui leur est chère donc pour moi la boucle est bouclée.
Qu’en est-il des autres feats ?
Il y a le titre avec Nekfeu que j’aime beaucoup et la manière dont ça s’est fait, c’est super marrant. J’étais en tournée, lui de son côté était très occupé aussi, donc nos emplois du temps étaient assez compliqués. Ça fait environ 2 ans qu’on parle de faire un titre ensemble pour mon premier album. On s’est vu au Japon, là-bas on a chillé mais on a commencé à écouter quelques instrus. Bref, fin de ma tournée, je dois rendre mon album donc je trouve un jour off pour qu’on se capte sur Paris. Son ingé son nous a fait une espèce de cabine avec des matelas, c’est à dire que pour rentrer dans la cabine il fallait passer sous un matelas en rampant à plat ventre. Évidemment j’étais KO de mon rythme de tournée et durant l’enregistrement, entre deux réglages, je me suis endormi et impossible de me réveiller pendant dix minutes. Tu penses bien que ça a fait marrer tout le monde. Je kiffe ce morceaux, il est cool et il me rappelle de bons souvenirs.
Quand on écoute S.Pri Noir, on comprend rapidement qu’on a affaire à un cinéphile. Ça te plairait de faire du cinéma ?
Oui de ouf ! Nawell Madani m’a proposé de participer à son premier film C’est tout pour moi. Ça va être un projet cool, on a déjà commencé à bosser et je pense que le tournage ne va pas tarder à arriver. Je suis super impliqué dans le projet, je participe même un peu au scénario.
Si tu avais eu à jouer un rôle dans un film marquant, tu aurais aimé être qui ?
J’aurais joué Creasy dans Man On Fire incarné par Denzel Washington. Il a du charisme, il ne parle pas trop. Même si il rigole, il dégage quelque-chose d’assuré. J’aime bien aussi Pierce Brosnan dans James Bond, j’aurais kiffé avoir ce rôle.
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Difficile de s’entretenir avec toi sans parler mode. Tu es devenu égérie adidas l’an dernier. Ca représentait quoi pour toi ?
C’est dingue. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas encore réalisé ce que ça représente vraiment avec du recul. Il n’y a pas très longtemps j’ai fait une campagne avec Courir, j’avais ma tête sur les magasins, c’est juste ouf. Quand j’étais petit ma mère m’emmenait avec ses chèques cadeaux Sport pour acheter des crampons adidas, aujourd’hui j’incarne des paires et je participe même à l’élaboration de certaines paires.
Dans une interview, Oxmo Puccino a dit « On ne porte pas des vêtements, on porte un état d’esprit », quelles sont les marques dont tu aimes l’état d’esprit, les valeurs ?
C’est vrai, il a raison. Il y en a d’autres qui disent « Peu importe ce que tu portes mais c’est la manière dont tu le portes qui est importante » et je suis complètement d’accord. Dans mon quartier les gens s’habillaient d’une manière et moi d’une autre et ça m’arrivait d’être incompris. Côté marque, j’aime beaucoup Dior, Dolce & Gabbana. J’aime les marques qui ont de l’audace. Pour te citer un exemple, si je m’interroge sur le look de quelqu’un et que je me dis « Je ne sais pas si j’aurais été capable de porter cette pièce mais ça lui va très bien. » C’est qu’il m’a interpellé, c’est ça avoir du style.
Comment as-tu évolué dans ton style ?
Mon état d’esprit n’a pas évolué parce qu’il a toujours été le même dès mon plus jeune âge. J’ai toujours essayé de marier des couleurs, de tester des ensembles. Aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir m’acheter les choses que je veux, j’ai plus les moyens pour laisser parler ma créativité mode. De plus, en collaborant avec les stylistes qui m’entourent, j’ai la possibilité d’imaginer avec eux des looks selon les styles qui m’inspirent.
Dans le milieu du rap, les américains ont une longueur d’avance dans la mode. Ils donnent presque autant d’importance à leurs codes vestimentaires qu’à leur musique. Est-ce que c’est vers cela que tu te diriges ?
Pour moi l’image est très importante et quand je te parle d’image je ne te parle pas que de style vestimentaire, c’est un automatisme. Je ne sais pas si c’est propre aux renois ou non mais je sais que dans notre culture au Sénégal, les daronnes font super attention aux tissus wax etc. Ensuite au niveau de l’image, de la vidéo, c’est super important et certains sons ne peuvent être compris que grâce aux clips. Skywalker par exemple n’aurait pas eu la même portée sans le clip. Quand j’écris je suis déjà dans un clip, dans une atmosphère. J’essaye de clipper au maximum et je participe toujours à la réalisation et au scénario.
Porter du blanc, c’est devenu ta marque de fabrique ?
Non du tout ! C’est marrant mais c’est un paradoxe involontaire. Au final quand tu me dis ça je me dis que si j’y avais pensé, j’aurais pu décider de ne porter que du blanc. Et des stylistes m’ont déjà fait remarquer que c’était un peu relou que l’on me voit tout le temps en blanc même si j’aime bien.
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Tu as l’air d’aimer aussi bien les vêtements très techniques que les pièces beaucoup plus luxes. Quelles sont tes dernières belles acquisitions ?
Je n’achète pas énormément de marques de luxe car je trouve que l’on peut faire des trucs stylés avec des trucs pas chers. Les dernières pièces que j’ai achetées étaient une veste Moncler, une veste Gucci et un costume Dior. Je fais aussi beaucoup de pièces moi-même. Par exemple, j’ai créé le manteau dans Skywalker. Je fais ça avec une pote styliste qui s’appelle Léa avec qui on travaille depuis environ 5 ans. On essaye en fait de prendre des chutes de tissus de grandes marques et de créer des pièces.
Fonder ta marque, tu y penses ?
Ça pourrait me plaire, j’y pense. Le fait de créer les pièces dont je te parle, ça permet de connaître un peu les tissus, les coûts. Si je monte une marque, je souhaiterais faire de belles choses avant tout mais aussi de faire entrer des bénéfices. Pour le moment je dirais que je suis en formation sur les matières et sur le temps que ça nécessite.
Une pièce ou un accessoire que tu ne pensais pas porter un jour et que tu as finalement validé ?
Une casquette. Quand j’étais gamin, j’en portais tout le temps. Après le collège, je m’étais juré de ne plus porter de casquettes car je trouvais que ça ne m’allait plus. Je portais des chapkas, des bonnets… Il n’y a pas très longtemps j’ai fait un shooting pour la marque ‘47. J’ai failli refuser et j’ai finalement tenté. Ça m’a réconcilié avec les casquettes.
Côté chaussures, tu portes quoi ?
adidas évidemment. Sinon j’aime les Doc Martens, Fear of God, Filling Pieces.
Une collaboration entre deux griffes qui t’a marqué ?
La dernière collaboration Alexander Wang x adidas, j’ai vraiment kiffé.
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