Si Luidji se lance dès 2009, l’artiste parisien a pris le temps de se trouver aussi bien artistiquement que personnellement avant de livrer son premier album, dix ans après ses débuts. Entre quelques clips à l’esthétique tant contemplative que tamisée, un label indépendant, une playlist de singles qui perdure à travers les mois et un merchandising qui laisse entrevoir de belles ambitions, le chanteur est enfin prêt à nous offrir la meilleure version de lui-même.
“Foufoune Palace”, expression que l’on doit à l’un de ses anciens ingénieurs son, est aujourd’hui la pierre angulaire de la proposition artistique de Luidji. Titre de son morceau le plus reconnu, le clip a atteint les deux millions de vues, l’énoncé illustre également le mantra existentiel de l’auteur des essais Station 999 et Mécanique des fluides. “Foufoune Palace est aujourd’hui un label, mais correspond initialement à un état d’esprit. Une philosophie que l’on retrouve dans le morceau éponyme. La famille avant l’oseille, l’oseille avant les salopes. C’est une devise qui m’a permis de rester solidement attaché à mes objectifs.” décrypte-t-il. Mais plus qu’une simple éthique ontologique, le parolier francilien a élargi son champ des possibles pour construire un véritable univers graphique à partir de celle-ci.
Jacket: Asos
Jacket: Stone Island
Hoodie: Walk in Paris
Pants: Stone Island
Sneakers: Sandro
Un label, une playlist ou plus récemment une sélection de t-shirts et de hoodies, tous portent ce même nom. “Mon premier critère d’achat est la qualité, et j’ai essayé de l’appliquer à cette première collection” indique le rappeur avant de préciser “On projette de développer une véritable marque même s’il faut de grands investissements et une excellente logistique. On veut vraiment le faire parce que d’autres se sentent représentés par cette vision.” Une aspiration transdisciplinaire assumée qui reflète un bien-être et une stabilité bienvenus. “Mon goût pour les sapes est arrivé très tardivement, il y a à peine un an.” observe Luidji, qui justifie ce long processus par une complexe et intense recherche musicale : “Je suis l’un des artistes actuels qui a le moins de clips parce que j’y prête attention depuis peu. Avant ça, je me cherchais trop musicalement pour m’attarder sur mon identité visuelle.”
“Je veux faire des morceaux que personne ne fait, sinon je ne vois pas l’intérêt”
Puffer Kappa sur les épaules et sneakers de couleurs vives aux pieds lors de notre rencontre, l’artiste a su rapidement rattraper son retard et cite aisément les enseignes qui garnissent sa garde-robe. Sandro, Uniqlo, The Kooples, Ralph Lauren mais aussi Pièces Uniques ou Acne Studio tandis que pour les vestes et les pièces singulières, les regards se tournent vers les friperies. Admiratif du travail réalisé par le créateur Faqyyr Bey ou de l’emblématique manteau en fourrure rose du new-yorkais Cam’ron, l’interprète du mélancolique Marie Jeanne ne veut plus rien laisser au hasard et affirmera ce tournant à la sortie de son premier album :“On va très certainement concevoir une tenue dédiée à la scène, qui reflètera l’esthétique de mon album et donc de l’univers marin.”
Un tournant visuel qui transparaît dans l’esthétique de ses clips : que ce soit Vent d’hiver, Néons Rouges / Belles chansons ou Champagne, les corps et les silhouettes sont plongés dans l’obscurité et sont habilement éclairés par des filtres colorés. La narration de Luidji prend alors une dimension romanesque, entre onirisme et contemplation, et rappelle à son échelle les chefs-d’œuvre de Wes Anderson. Marqué notamment par le clip Si l’on ride d’Ichon et Muddy Monk, le chanteur confie “Je suis sensible à la réalisation et à l’esthétique cinématographique sans forcément connaître les termes techniques et l’histoire de cet art” tout en soulignant “Depuis Foufoune Palace, j’essaie de toujours co-réaliser mes clips. Il y a d’ailleurs des corrélations entre mes textes et mes vidéos.” Une certaine osmose qui symbolise de longues années de doute, de travail et d’expérimentation.
Jacket: Asos
Jacket: Walk in Paris
Hoodie: Sandro
Pants: ASICS
Socks: Stance
Sneakers: Nike Air Max Plus
(disponible chez Sneakersnstuff)
“Un outfit iconique ? Le manteau en fourrure rose de Cam’ron”
Depuis Freshness Mixtape, perdue désormais dans les tréfonds d’Internet, et par la suite les projets plus élaborés tels que Station 999 et Mécanique des fluides, l’évolution de Luidji est inconstante, sinueuse. “Je me suis pas mal cherché, tant artistiquement qu’humainement. Je n’étais pas forcément entouré des bonnes personnes et mon environnement joue beaucoup sur ma créativité. Aujourd’hui, je pense avoir gagné en stabilité et en régularité.” observe le parisien, qui ajoute “La playlist m’a permis de reprendre du plaisir à travers la musique, en m’affranchissant des règles et des normes. Je voulais plus de spontanéité et de sincérité. J’ai également pu voir la réaction du public et trouver la direction musicale de mon prochain album.”
Jacket: Sandro
Hoodie: Cheap Monday
Pants: SUNCOO
Socks: Stance
Sneakers: Nike Air Max 95
(disponible chez Sneakersnstuff)
Sunglasses: Roberi & Fraud
(disponible chez Marc Le Bihan)
Un premier opus qui aura la lourde tâche de confirmer les belles promesses qui jalonnent et rythment ce catalogue de morceaux en ligne depuis 2017 et enrichi au fil des mois. De 7h59 à Appel manqué, en passant par Champagne, l’éloquence de Ludiji oscille entre un egotrip exacerbé et des confessions à l’arrière-goût amer de tristesse. “Au fait, moi c’est Luidji, j’aime les feumeus graves connes / J’ai deux passions dans la vie, j’aime la drogue et l’alcool / J’aime me mettre des mines, j’aime me mettre des races / J’ai un penchant pour tout ce qui m’est néfaste / Oui je vends du rêve sous forme de carotte.” peut-il lancer tout en sarcasme sur Pour deux âmes solitaires (Part.1) mais également lâcher froidement sur Marie Jeanne “Je n’vis que quand il est tard / Je n’vois que dans le noir / Je ne me sens bien qu’à l’abri des regards / Le cœur vide, les poches vides, tout comme le regard.” Une réalité “parfois ennuyeuse” que le francilien s’évertue à retranscrire, théâtraliser, sublimer, comme les drogues ou l’alcool qu’il consomme quand les blessures du quotidien sont trop profondes et les remords trop durs à affronter. “J’essaie d’être subversif, je veux faire des morceaux que personne ne fait, sinon je ne vois pas l’intérêt.” conclut le protagoniste du clan Foufoune Palace avec cette franchise qui le caractérise.