Si Polaroïd n’est pas un véritable album par « manque de maturité et de cohérence » , ce disque est un moment charnière puisqu’il permet « une première tournée et un premier merchandising. » Seize morceaux fondateurs qui enrichissent la musique du chanteur francilien et dessinent les nuancés Dans ta ville et Internet. Différents efforts qui l’ont aidé à savoir où il voulait vraiment aller. « Drapeau Noir est le fruit de mes premières désillusions en tant qu’adulte. Cet EP a été très thérapeutique car je voulais expier mes démons et pêchés. Avec le temps, je me suis assagi grâce, en partie, à mon épanouissement professionnel. Drapeau Blanc est un premier album un peu plus lumineux, où je suis en paix avec moi-même. » explique-t-il. Soutenu par Majeur-Mineur, qui le conforte à conscientiser son propos et lui offre une production musicale hybride, Esperanza essaie tant bien que mal de se libérer de son fantôme narcissique, incarné par le « Lord » , qui continue de le hanter. Admiratif du travail de Stromae, Orelsan, Lomepal ou James Blake, le rappeur se dit sur la voie de la simplification et de l’authenticité : « Je m’efforce de conserver cette création instinctive parce que c’est ce qui me réussit le mieux (…) On a peu de temps sur Terre et je réalise aussi que j’ai envie de faire passer des messages. » Plus mature, personnel et mélodique, Drapeau Blanc annonce une transition désormais assumée « J’en suis là grâce au rap mais j’aimerais aller plus loin. J’ai vraiment envie de faire de la chanson. » confie Théodore. De nouvelles ambitions qui diversifient son public : « Mes fans sont plus vieux que par le passé, et ça me conforte dans ma démarche parce que j’aime cette idée d’être intergénérationnel. Sans oublier les petits qui m’écoutent, qui achètent mes CDS, qui me suivent, et qui sont là depuis le début. »

En parallèle de cette ouverture artistique, Théo parfait son identité visuelle « Je suis très exigeant, en moyenne il y a entre 15 et 20 versions (rires). Par contre paradoxalement, plus j’avance et plus je laisse de liberté quant à mon image. J’ai compris que vouloir tout contrôler et maitriser peut engendrer l’effet inverse. Il faut qu’il y ait une part de naturel. Et mon entourage m’aide à concrétiser ma vision et développer mon esthétique. Tout d’abord Célia Foussé alias imageseclectic, qui s’occupe de mon Instagram en mosaïque, mais aussi 3:14 ou Mims Video pour les visuels. » Une imagerie qui s’inspire du clip L$D d’A$AP Rocky, référence à Enter The Void de Gaspar Noé, de l’esthétique Hi-Vis de l’album Testing du même Rocky, de l’intensité de Rosalia qui « a repris les codes traditionnels espagnols pour les rendre hype » ou encore de l’audace du kickeur madrilène C. Tangana. Une imagerie qui défend également des prises de position politiques et écologiques puisque Esperanza tient compte de l’éco-responsabilité et l’éthique des marques qu’il souhaite mettre en avant. Que ce soit Valentoine, enseigne suisse qui produit ses vêtements au Portugal et pratique l’upcycling, Nadh, qui propose divers accessoires workwear, la maison Arthur Avellano (SHOES UP 059) ou Northill, dont les ateliers sont situés à Montmartre Paris, le rappeur les porte non sans raison. Tandis que le design épuré de AVNIER et l’élégance streetwear de Andrea Crews rythment ses derniers clips, l’incontournable Lacoste est évoqué. « C’est l’une des marques que je respecte vraiment car une partie de leur production n’a pas été délocalisée et il faut avouer que Lacoste m’évoque beaucoup de choses. Roland Garros évidemment et toutes les grandes figures sportives qui ont personnifié la marque mais aussi des souvenirs plus personnels. À chaque Noël, quand elle le pouvait, ma mère offrait des polos Lacoste à ma grand-mère par exemple. J’ai aussi un col roulé en cashemire que j’ai trouvé dans un vide-grenier au fin fond des Etats-Unis auquel je tiens beaucoup. » déclare avec nostalgie Théodore. De nombreuses anecdotes qui habitent la créativité de ce dernier et lui indiquent le chemin à prendre : donner un sens à son art afin de rendre hommage à ce riche héritage. En espérant que Lord Esperanza trouve enfin son royaume.
