Avec un premier EP solo et une nouvelle structure intitulés Bo y z, le prince de M.City (imaginaire nocturne de la ville de Montreuil) accroît un empire artistique de plus en hybride et universel. Si sa musique mêle malicieusement les codes hip-hop des années 90 à ceux d’aujourd’hui, son esthétique reprend un schéma similaire lorsqu’il se montre à la caméra : un savant mélange entre tendances old school new-yorkaises et inspirations actuelles.
Après 10 ans aux côtés de Fiasko Proximo pour former le binôme Big Budha Cheez, étirer un son analogique impeccable à travers trois EPs et instaurer un univers crépusculaire grâce aux albums L’heure des Loups (2016) et Epicerie Coréenne (2018), Moussa, aka Prince Waly, est enfin prêt à prendre son envol et gouverner seul son royaume. Dans la lignée de ces deux sublimes opus signés BBC, l’artiste du 93 se lance à la conquête d’une musique onirique et céleste, hors de notre espace-temps. Ni passéiste, ni futuriste, ce premier EP en solitaire agrandit la faille spatio-temporelle qu’avait commencé à créer Junior, projet collaboratif avec le bon gamin Myth Syzer sorti en novembre 2016.
Un 7 titres scrupuleusement travaillé et fondateur dans l’évolution musicale de Waly, “Syzer m’a énormément conseillé et m’a poussé à innover” explique-t-il. Membre du collectif Exepoq organisation depuis quelques années et signé sur le jeune label Chez Ace, Moussa décide de suivre son propre chemin et s’entoure d’un nouvel équipage pour parvenir à cet ambitieux dessein : “réaliser des projets qui durent dans le temps.” Il s’associe alors à Gino Pambi pour monter la structure indépendante Bo y z et fait appel à son acolyte Dooky, au talentueux réalisateur Valentin Petit, et aux producteurs Fordstems, Jbusy, Timothee Joly, 1upWorld, Mofak ou encore Saintard pour fournir un effort collectif poignant.
“JE NE PEUX PAS PORTER CERTAINES MARQUES CAR ELLES NE CORRESPONDENT PAS À MON PERSONNAGE”
Référence évidente au long métrage de John Singleton, Boyz N The Hood, le nom de cet EP introductif se veut également fédérateur et princier “Quand j’ai commencé le rap, je voulais être apprécié des plus grands, des anciens, mais je me suis rendu compte qu’ils ne me donnaient pas tant de force que ça. Au final, ce sont les gars de ma génération et les plus jeunes qui me soutiennent vraiment. J’ai donc voulu que mon projet soit intergénérationnel, surtout pour les générations Y et Z.” relate le montreuillois. À 26 ans, il perfectionne un rap cinématographique aux multiples facettes, qui vise grand et tire son inspiration de films tels que Paid In Full, American Gangster, Hurricane Carter, Will Hunting mais aussi Dead Poets Society ou les créations des Frères Cohen.
Une mosaïque hétéroclite et nuancée qui permet à Waly d’entrecroiser réalité et fiction, pour se livrer avec élégance et interpeller son auditoire, à l’image de Martin Scorsese avec les intrigants Inception et Shutter Island. Attaché aux dynamiques old school des new-yorkais Mobb Deep, Wu-Tang Clan et Nas, Prince Waly se fait violence pour moderniser une introspection qui révèle un personnage paradoxal, tiraillé entre la pureté de la religion et les vices de notre société. “On reste pieux, c’est ma politique. Mais on aime le beurre.” chante-t-il sur le sombre Marsellus Wallace, avant d’ajouter en interview “Il est dur de rester pieux dans le monde actuel.” Un tiraillement que beaucoup partagent et qui affirme le caractère universel de ses morceaux. Un tiraillement qui prend simultanément les contours de la trap (Yz, Plan), du cloud rap (Rain Man, Smoke) ou de la chanson française (Girl).