Ce cocon familial est ainsi le terreau d’une créativité cosmique, où tout s’entrechoque, se télescope, s’entrelace. La relation avec le pays nippon devient métaphysique lorsque Théo souligne le rôle essentiel de la spiritualité et la poésie dans la société japonaise. Deux concepts qu’il trouve aseptisés en Occident. “Il est essentiel pour moi de voir le monde sous un œil poétique, sinon je me perds en tant qu’être humain” observe-t-il. L’imagerie de John est logiquement le résultat d’une effervescence graphique, entre frénésie et contemplation, à l’instar des clips de Keith Ape, ou Kohh. Une hybridation moderniste qui se retrouve chez le look du francilien, qui aime arborer des pièces futuristes et colorées. L’intéressé cite alors la marque d r ô n e, qui l’a habillé pour le clip renversant de Tortank et propose des coupes innovantes et autres pièces réfléchissantes. À l’image de la cover de son sixième projet Multicolore, référence à la BD Dr Manhattan, Théophile a longtemps été introverti et préférait les voyages oniriques à une réalité un peu plus rude. “Parfois j’ai l’impression d’être un peu autiste, j’ai du mal à me représenter dans le monde réel. La plupart du temps, je suis plutôt introverti et peu communicatif. Heureusement, aujourd’hui je suis beaucoup moins solitaire parce que je suis entouré de gens géniaux” confie-t-il.
“CERTAINES PERSONNES NE SONT PAS ASSEZ SEULES”
L’art devient ainsi un vecteur social pour l’artiste de 22 ans, qui fait des rencontres essentielles pour son futur et crée de véritables amitiés. Le producteur-DJ Ocho, le chanteur montreuillois Prince Waly ou Mickaël Rainier, avec qui Tengo s’associera pour monter sa propre structure indépendante, Turquoise Productions. Au fil de notre entretien, John répète “J’essaie de faire tout ce que j’aime faire” et révèle, peut-être inconsciemment, le leitmotiv de sa métamorphose perpétuelle. “Mes changements de look illustrent ma versatilité aussi bien humaine que musicale. Je n’aime pas la monotonie” poursuit-il. Une recherche artistique qui forge son identité et le distingue de plus en plus. “Malgré les possibilités et la diversité que propose le rap français actuel, je trouve qu’il y a un nouveau conformisme qui se met en place. Avec de nouvelles normes et de nouvelles délimitations” décrypte Tengo John. S’il n’hésite pas à évoquer ses inspirations, Damso, SCH, Freeze Corleone, Infinit’, Chance The Rapper, Noname, Kali Uchis, Tyler, The Creator ou encore Eminem, le Val-de-Marnais affirme sa singularité “J’ai besoin d’être seul, il me faut cette solitude pour me retrouver et me poser les bonnes questions. Certaines personnes ne le sont pas assez, et d’autres ont peur de l’être. Il ne faut pas fuir la solitude, au contraire.” Un travail d’élévation individuelle ambitieux qui requiert du temps et de la persévérance. D’ici là, Tengo John continuera son odyssée existentielle jusqu’à atteindre, lui aussi peut-être, son périhélie.