À travers une proposition artistique qui titube entre fiction et réalité, le parisien Gracy Hopkins déconstruit ses peurs et réalise une introspection aussi narrative qu’intense. À l’image du personnage principal de SPLIT, le chanteur a donné vie aux différentes versions de lui-même pour mieux s’accepter. Pour ce faire, si l’anglais s’est imposé comme une évidence, Gracy n’oublie pas de puiser au sein de son riche métissage culturel.
« Je me suis longuement cherché avant de me trouver humainement et artistiquement. Cette acceptation de soi est passée par l’arrivée de Gracy Hopkins. » confie le rappeur francilien. Une exploration intérieure qui transperce de part et d’autre les puissants Atychiphobia: The Higher High et For Everyone Around Rage [S01] mais également le court-métrage FEAR : Day 0. Première réalisation qui suit l’évolution tourmentée de Grizzly, personnalité majeure de Hopkins, qui lutte au cœur d’un monde oppressant, impitoyable. « Dans le court-métrage de FEAR, ce n’est pas de l’interprétation mais du vécu. À travers Grizzly, j’accentue certains de mes traits de caractère. » précise l’artiste, qui ne se voit pas encore acteur et n’imagine pas encore une échappée cinématographique. Pour autant, rien n’est laissé au hasard. « Je suis impliqué sur tout le processus créatif. Je supervise tout ce qui se fait et cela peut devenir un problème (rires). » explique-t-il quand sont évoquées ces avancées extra-musicales.
« L’ultra-large a toujours fait partie de ma vie »
Jacket: Stone Island
Pants: CP Company
Socks: Stance
Sneakers: Hummel EDMONTON 92
Bag: ANDREA CREWS
Sunglasses: HAPTER (disponible chez Bastille Optic)
« J’ai du mal à déléguer parce que j’ai besoin de travailler avec des per- sonnes qui partagent la même vision que moi. » poursuit Gracy Hopkins avant de revenir sur le rôle de Grizzly « Derrière lui, plein d’autres personnages se cachent et toutes ces intrigues vont se mettre en place (…) De même que mon évolution personnelle, seul le temps nous dira quelle direction Grizzly va prendre. » Une aspiration créative toujours plus exigeante et visuelle, comme le révèle le principal intéressé : « Dans le mini- film, si vous faîtes bien attention, je porte les mêmes couleurs que la voiture dans laquelle je suis. » Une réflexion qui théâtralise la musique scénarisée de Gracy et poétise émotions, sentiments, phobies, et qui rappelle l’esthétique du contemplatif Man. Co-réalisé par Lokmane et Lossapardo et sorti en octobre 2016, le clip présente un univers homogène, symétrique, où couleurs et perspectives se répondent, et s’avère être une référence pour le parisien.
« L’ultra-large a toujours fait partie de ma vie »
Jacket: CP Company
Sweat: Puma x SANKUANZ
Pants: Stone Island
Socks: Stance
Sneakers: Caterpillar INTRUDER SHOE
Bag: EASTPAK x RAF SIMONS
Sunglasses: MYKITA x DAMIR ROMA (disponible chez Bastille Optic)
Hat: LE FLOW Paris
Si la saison 2 de la série FEAR s’écrit à l’abri des regards, Gracy insiste sur l’authenticité et la sobriété de son imagerie, bien qu’il laisse la place à quelques extravagances. Alors qu’il avoue « vouloir collaborer avec Uniqlo » , l’artiste raconte être fasciné par les maisons de haute-couture Louis Vuitton et Chanel depuis enfant, sans oublier l’inévitable Nike. La mouvance oversize de New- York, symbolisée notamment par le Wu-Tang Clan et surtout l’insaisissable Ol’Dirty Bastard, est ensuite citée comme un incontournable : « L’ultra-large a toujours fait partie de ma vie » affirme Hopkins. Une autre obsession qu’il illustre en se référant à la veste Carhartt démesurée qu’arbore A$AP Ferg dans son clip Let It Go : quatre minutes qui tombent dans l’absurde lorsque les manches fantasques du Trap Lord se transforment en canons. Plus la conversation s’étend et plus la liste d’exemples s’allonge. Tandis que la créativité de Pharrell Williams et Kanye West est louée avec insistance, l’auteur de l’agressif Nyctophobia : Quiproquo souligne l’audace visionnaire de Michael Jackson, Prince, Rick James ou MC Hammer « Si j’avais les ressources nécessaires, j’adorerais porter les outfits de MJ ou Prince et rapper sur scène. » Une ambition scénique qui contraste avec l’imaginaire épuré de la griffe française True Vision, « La marque me plaît parce que les designs sont simples mais efficaces » observe Gracy.
Autant d’influences qui cohabitent à l’instar d’une musique plurielle. « Aujourd’hui quand je fais ma musique, je fais ce que j’aime. J’en ai strictement rien à faire du reste (…) J’ai la rage de réussir au sein d’un sytème qui ne me plaît pas, de dépasser mes propres limites. » déclare le chanteur. Symbole d’une liberté artistique presque absolue tant pour ses prouesses que ses récents faux-pas, le même Kanye West est alors invoqué pour appuyer ce propos. Une indépendance que Hopkins n’a pas immédiatement embrassée « Par le passé je savais ce que je ne voulais pas, désormais je sais ce que je veux aussi. Je sais exactement où je veux aller. » annonce-t-il, puis clame « Peu m’importe si je choque ou non. Oui je suis français et je chante en anglais, mais c’est la personne que je suis. Si tu aimes ce que je fais, tu peux me suivre, si tu n’aimes pas, ne me suis pas. J’ai accepté cette situation. » Après une année charnière, la suite de la série sonore devrait être repoussée au profit d’une approche plus personnelle en 2019.
« Une peur est faite pour être surmontée. »
« 2018 a été synonyme de remaniement artistique et personnel pour moi. Des portes se sont ouvertes par rapport à qui j’étais, où je voulais aller et les étapes se sont enchaînées plus aisément (…) J’ai également connu en parallèle une période difficile lors de laquelle j’ai sérieusement pensé à me détacher de la musique parce qu’elle me prenait trop de temps. Et j’ai compris que ce n’est pas la musique qui me construit mais bien moi qui fais de la musique. » relate le rappeur. Même s’il déplore « J’ai beaucoup d’échanges culturels et intellectuels avec de nombreuses personnalités du milieu de la musique, mais j’ai le sentiment d’être enfermé dans une case parce que je propose quelque chose de différent. Notamment cette barrière de la langue. »
Sweat: Kaporal
Pants: Uniqlo
Socks: Stance
Sneakers: Puma x SANKUANZ Cell Endura
Hat: Under Armour
Sunglasses: MYKITA STUDIO (disponible chez Bastile Optic)
Gracy Hopkins continuera d’écrire sa propre histoire, prêt à en payer le prix. « Même si mon éducation est basée sur la foi, qui est pour moi l’opposé de la peur, j’ai vécu différentes peurs dans ma vie. Par exemple la peur de l’échec, et elle m’a poussé à ne pas échouer. Une peur est faite pour être surmontée. » Un véritable électron libre.