Oppressé et tiraillé par les vices symptomatiques de notre époque, Wit. contemple les astres pour essayer de façonner son propre microcosme. Une fascination spatiale qui pousse le montpelliérain à essayer de se jouer de la temporalité et peut-être atteindre le futur, même illusoire. Après quatre EPs protéiformes entre 2016 et 2017 et une année 2018 d’exploration tant introspective qu’artistique, le 10 titres Nēo s’avère être un nouveau départ déterminant et ambitieux.
“Je suis fasciné par le lointain : l’espace, les étoiles et le soleil. J’y fais référence inconsciemment. Ces réflexions font vraiment partie de ma vie.” confie l’artiste, qui s’envole pour faire face à l’astre solaire dans le renversant clip de Dahlia. Aussi bien ses métaphores cosmiques que ses instrumentales atmosphériques révèlent un magnétisme psychologique qui le hante et perdure au fil des années. “Pour le visuel de Dahlia, on s’est vraiment inspiré de l’atmosphère sonore du morceau et de mon propos.” explique Wit., qui précise “Même au quotidien je suis quelqu’un de spatial, de lunaire.” Un personnage presque lunatique au vu de la versatilité et parfois de la complexité de sa musique.
Tel un prisme de lumière, le rappeur du sud filtre, fusionne tout ce qui l’a construit et toutes les fulgurances artistiques qui l’ont traversé à un moment de son existence. L’impressionnant Mamacita signé Travis Scott, l’audace de Young Thug, les lyricistes du label californien Top Dawg Entertainment, Schoolboy Q et Kendrick Lamar en tête, et l’énergie des SoundCloud rappeurs floridiens enrichissent une créativité toujours plus incandescente et aguerrie. “J’aimerais réaliser la synthèse de tout ce qui se fait en ce moment pour marquer mon temps.” espère le protagoniste du flamboyant Illumine, qui précède et anticipe l’hybridation de Nēo, entre triste réalisme et fantaisie céleste. Un morceau déterminant dans son évolution qui a été conçu à la vitesse de la lumière “TBMA m’a proposé de les suivre au Japon avec Jey. J’ai écrit le morceau dans le train et je l’ai posé chez Lay. Puis on est parti le lendemain à Tokyo.” raconte l’intéressé.
“Je m’inspire de ce futurisme pour essayer d’être en avance sur mon temps”
Une nouvelle direction que le montpelliérain emprunte discrètement l’an dernier : les sons postés ici et là sur SoundCloud sont des expérimentations sonores qui deviendront les fondations de ce cinquième projet. Au-delà d’un clin d’œil évident à Matrix, “Nēo signifie également “nouveau”. Ce projet est comme un nouveau départ, je n’avais jamais proposé une musique aussi aboutie.” explique Wit., qui poursuit “J’ai fait un pas vers la forme mais j’ai dû délaisser le fond par moments, et je dois y faire attention. Il y aura toujours de la profondeur dans mes sons et je dois mieux l’exploiter.”
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Un dévouement intellectuel, presque militant, qui voit son équilibre être bouleversé par le quotidien agité et changeant de son porte-parole. “Le mode de vie parisien m’a perverti. Dans Nēo, j’évoque davantage cette envie d’argent, de posséder, de briller même si je sais que là n’est pas l’essentiel.” observe le rappeur, lucide.
Un dévouement intellectuel qui tourmente ce monde naissant contrôlé par la polyvalence de Wit., producteur et interprète depuis ses débuts. Un dévouement intellectuel genèse de cette indépendance créative, qui n’omet pas de convoquer les racines algériennes de son instigateur : “Je suis parti de la maison familiale assez tôt mais enfant, on écoutait énormément de musique traditionnelle algérienne ou de raï. Aujourd’hui ces morceaux me prennent au cœur.” Un dévouement intellectuel qui remet en question notre civilisation et bouscule nos perspectives sociétales, à l’instar de l’iconique Matrix.
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“Je suis plus attiré par une pièce que par la marque en général”
“Pour moi, la matrice représente le monde dans lequel nous vivons. Quand je fais référence à Néo, je ne me prends pas forcément pour l’élu mais je pense avoir une autre réalité. Plus personnelle, plus sincère.” affirme Wit. Lui-même au cœur de cette superficialité et ce consumérisme difficilement évitables, il s’accroche à cette vision personnelle et existentielle face à “une société de consommation où l’on a l’impression de ne pas vraiment décider et de ne pas être totalement libre.” Une réflexion sur le libre-arbitre qui structure le long-métrage des sœurs Andy et Larry Wachowski mais également les intenses Blade Runner, Dune ou encore Total Recall. “J’ai toujours été en marge, notamment en ayant toujours su faire la différence entre le superficiel et le concret.” continue l’artiste, tout autant marqué par “l’esthétique avant-gardiste” de ces œuvres d’anticipation.
Jacket: Stone Island
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“Je m’inspire de ce futurisme pour essayer d’être en avance sur mon temps.” : une aspiration ambitieuse que Wit. partage avec son frère d’une autre mère, Laylow, et le réputé collectif de réalisateurs “TBMA”. Partisan des prises de risques transgressives de Young Thug, l’auteur du solaire
Non-Stop annonce “Tant que ça me plaît, je peux tout essayer. Je n’ai pas de limites mise à part les vêtements féminins (rires).” S’impose alors un travail visuel exigeant afin de se distinguer : “Alors que la majorité se focalise sur le streetwear, je suis en pleine recherche pour continuer de me démarquer et aller chercher d’autres inspirations.”
“Je choisis les tenues de mes clips selon l’énergie du morceau”
Il souligne ensuite “Je suis plus attiré par une pièce que par la marque en général (…) Je choisis les tenues de mes clips selon l’énergie du morceau en question.” À l’image du label coréen Ader Error, des créations du japonais Yohji Yamamoto ou de la marque toulousaine Fa††oyz, qui s’empare des univers digitaux et bioniques, Wit. sublime le réel et vise grand. “J’ai voulu faire mieux que par le passé mais pour moi il y a encore bien mieux à proposer.” présage-t-il. Une ambition qui vient forcément des étoiles et qui n’a pas encore trouvé de pied-à-terre. “Où vais-je aller là, maintenant ?” se demande ainsi l’artiste dans Aller sans retour, dernier morceau de Nēo.