Auteur d’une trap qui s’enfonce lentement dans les ténèbres, Night Lovell n’excelle jamais autant que dans la noirceur de ses rêves et cauchemars. Si les expérimentaux Concept Vague et Red Teenage Melody faisaient preuve d’une maîtrise remarquable, le troisième album GOODNIGHT LOVELL synthétise et parfait un imaginaire artistique aux visions angoissantes.
Jacket: Icosae
Sweat: Mitchell & Ness
Shirt: ONECULTURE
Pants: Diesel
Socks: Stance
Shoes: Dr. Martens Jadon Vintage
Durag: Prestige 55
Mask: Romain Thevenin
5 octobre 2014. En plein automne, le clip du nocturne Dark Light sort sur YouTube et affirme le succès intercontinental du morceau. Réalisée à l’iPhone sur un coup de tête, la vidéo atteint rapidement les 20 millions de vues et illustre à souhait la noirceur brute de l’artiste canadien. Alors âgé de 17 ans, embrassé par la nuit, l’enfant d’Ottawa se meut avec nonchalance devant l’objectif, tel un spectre, et nous fixe de son regard perçant et habité. S’ensuivent deux disques acérés, Concept Vague et Red Teenage Melody, où prédomine une puissante horrortrap, entre fantasmagorie et réel. Tandis que la voix rauque de Night Lovell, résonnant parfois comme si elle venait de l’au-delà, et ses métaphores sanglantes donnent des sueurs froides, les instrumentales écrasantes, partiellement composées par le rappeur, imposent une intensité sonore qui envoûte l’esprit. Une densité oppressante que partage notamment le rock abrasif de Led Zeppelin ou AC/DC, inspiration majeure chez Shermar Paul.
« Mon côté démoniaque se présente lorsque je compose ma musique, tout se passe intérieurement. Je suis torturé mais dans la vie de tous les jours, je suis heureusement quelqu’un de normal » précise-t-il, comme si l’art lui permettait de donner libre cours à ce double maléfique et de se libérer des tourments qui le rongent jours et nuit. Notamment la mort, qui hante en silence les 18 tracks de GOODNIGHT LOVELL. « Je ne sais pas quel est vraiment mon rapport à la mort, c’est un concept très vague en réalité pour moi. J’en parle parce que c’est la seule chose que l’on ne peut pas éviter dans notre vie. C’est dur à entendre, mais on vit pour mourir. Je n’ai pas peur de cette finalité mais j’ai peur de ne plus jamais voir mes proches » indique le chanteur canadien, conscient de la fascinante complexité de sa musique mais quelque peu désarmé quand il faut l’expliciter. Malgré cet univers aussi riche que sinistre, beaucoup relève de l’instinct : « La première année (2017 ndlr) m’a fait un peu peur parce que je n’avais aucune inspiration, puis il y a eu un déclic, et j’ai pu enchaîner pour ce nouvel album. Je voulais une musique plus mature et un ensemble plus cohérent, notamment grâce à la production de Ginseng. Derrière le titre GOODNIGHT LOVELL, il fallait proposer un concept : tous les morceaux représentent une nuit où plusieurs rêves s’enchaînent jusqu’au dernier morceau THE SUN, dans lequel je me réveille. Ensuite, j’ai eu l’impression que tout s’est réalisé de manière subconsciente. Je ne rentre pas dans les détails de mes rêves mais il y a différentes ambiances. Je veux offrir un monde à mes fans. »
Torturé car prisonnier des limbes, Lovell n’a d’autre choix que de se laisser submerger par cette spirale de peurs, de doutes, de pulsions et de rage pour mieux l’affronter et tenter de s’en échapper. Ainsi se veut ce troisième opus. Long cauchemar qui nous prévient dès sa glaçante cover. « Le squelette, avec cette veste cloutée, me représente et est enfermé dans une cage, qui symbolise mes rêves. C’est le message que j’ai voulu faire passer » raconte Shermar. Comme pour rester du bon côté, ce dernier marque inexorablement sa peau de ce qui le rattache à son existence humaine : « Mon premier tatouage est le nom de ma mère. Je lui ai dit que ce serait le seul et je suis devenu accro (rires). Pendant une période, presque tous les mois j’en avais un nouveau. Quant au visage, je me suis levé un matin et j’ai décidé de le faire, ce fût une décision spontanée. Il me représente en tant que Gémeaux, avec cette bipolarité qui nous caractérise. »